Justin Trudeau répond aux questions de «L’Itinéraire»

Josée Panet-Raymond, rédactrice en chef, et Mostapha Lofti, camelot
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Josée Panet-Raymond, rédactrice en chef, et Mostapha Lofti, camelot

Mostapha Lotfi n’est pas peu fier. Le 31 mai dernier, avec deux collègues, ce camelot du journal de rue montréalais L’Itinéraire s’est rendu à Ottawa pour réaliser une entrevue avec Justin Trudeau. Le fruit de leur travail est publié dans le numéro de L’Itinéraire qui vient de sortir.

Les camelots-journalistes Mostapha Lotfi (métro Université-de-Montréal), Isabelle Raymond (métro Jolicoeur) et Jean-Claude Nault (métro Champ-de-Mars) ont questionné le premier ministre sur la stratégie gouvernementale en matière d’itinérance, la légalisation du cannabis, le droit au logement et les enjeux touchant les femmes, les migrants et les autochtones. Ces thèmes sont étroitement liés à la mission de L’Itinéraire, qui vient en aide aux personnes marginalisées.

L’entretien, préparé depuis des semaines, aurait pu ne jamais avoir lieu, reconnaît la rédactrice en chef, Josée Panet-Raymond, qui a accompagné le groupe à Ottawa. « C’était le jour où la guerre des tarifs a éclaté entre le Canada et les États-Unis. Le premier ministre avait certainement bien des soucis en tête cette journée-là. Mais il nous a reçus et nous a accueillis avec chaleur », relate-t-elle.

La guerre commerciale

Ce matin-là, le gouvernement de Donald Trump a annoncé qu’il maintiendrait les tarifs douaniers sur les importations d’acier et d’aluminium en provenance du Canada. En après-midi, Ottawa a répliqué avec des mesures similaires.

Mostapha Lotfi n’est pas près d’oublier cette journée. Ce Marocain d’origine, arrivé au Québec il y a seize ans, parle avec enthousiasme de cette rencontre avec le premier ministre : « On était dans une expérience inédite, dans le centre névralgique d’un pays démocratique. En tant qu’immigrant devenu citoyen canadien après, j’étais fier ce jour-là d’être citoyen canadien. »

Les camelots-journalistes se sont levés à 4 h du matin afin de prendre le train pour Ottawa à 6 h. L’entrevue avec Justin Trudeau a duré vingt minutes. Sans complaisance. Les trois camelots s’étaient partagé la tâche pour rédiger les questions soigneusement préparées. Justin Trudeau a notamment promis que Montréal obtiendrait « sa juste part » du financement prévu de 2,2 milliards pour réduire de 50 % l’itinérance au Canada. Il a dû justifier la légalisation du cannabis, une drogue qui peut avoir un effet dévastateur sur les personnes souffrant de psychose. Il a aussi dû expliquer pourquoi il refusait d’inscrire le droit au logement dans la Charte canadienne des droits et libertés.

La fibre journalistique

Mostapha Lotfi est camelot à L’Itinéraire depuis trois ans. Il a occupé différents emplois auparavant, mais le journalisme lui plaît beaucoup. « J’avais peut-être la fibre journalistique avant, mais je l’ignorais. Mieux vaut tard que jamais ! » dit-il en riant.

Pour mener à bien leur tâche, les trois camelots ont été épaulés par Laurent Soumis, ancien journaliste au Devoir et au Journal de Montréal. « C’est l’architecte du projet », insiste M. Lotfi.

« Ça faisait longtemps qu’on voulait faire une entrevue du genre », indique Josée Panet-Raymond en soulignant que c’est la première fois que L’Itinéraire est reçu par un chef de gouvernement.

L’Itinéraire a lancé un concours parmi ses camelots. Ceux qui étaient désireux de réaliser une telle entrevue devaient rédiger une lettre expliquant leurs motivations. De la quinzaine de candidatures reçues, trois ont été retenues. « Ils ont été étonnants dans leurs démarches, qu’ils ont menées avec sérieux et intérêt, dit Mme Panet-Raymond. La beauté de ça, c’est que les lecteurs vont se rendre compte de tout le travail qu’on fait. »

Le numéro de L’Itinéraire avec l’entrevue avec Justin Trudeau est en vente depuis vendredi auprès des camelots dispersés dans la ville. Pour l’occasion, le tirage a été augmenté à 13 000 exemplaires.

L’article aura un rayonnement international, puisqu’il sera diffusé sur le fil de presse de l’INSP (International Network of Street Papers), qui regroupe une centaine de journaux de rue à travers le monde.