L’attachement des Québécois pour leur province

L'attachement des francophones au Québec demeure « considérablement plus élevé » que celui des non-francophones. Au total, neuf francos sur dix se déclarent « très attachés » (55 %) ou « plutôt attachés » (36 %) à leur province, tandis que le seuil retombe à deux sur trois pour les anglos et les allophones.

Les francophones les plus attachés au Québec avouent aussi une opinion « légèrement plus négative » des anglophones comme des relations entre les deux solitudes.

Par contre, chez les anglophones, plus le lien affectif déclaré est fort, plus la perception des rapports entre les deux communautés linguistiques devient positive. Leur perception des francophones comme de la Charte de la langue française s’avère aussi plus élevée.

Ces conclusions proviennent des données d’un sondage universitaire sur l’attachement au Québec publié par Le Devoir et The Gazette à l’occasion du 24 juin, Fête nationale du Québec.
 

« Dans le cas des non-francophones, les résultats paraissent normaux : plus on est attaché au Québec, plus on voit les choses favorablement », commente Jack Jedwab, président de l’Association d’études canadiennes (AEC), qui a commandé le sondage.

« Dans le cas de l’opinion plus négative des anglophones par les francophones qui se disent plus attachés au Québec, le résultat ne me semble pas anormal, mais paradoxal. La différence importante dans le degré d’attachement au Québec entre anglophones et francophones, elle, ne bouge pas : on trouve les mêmes données en 2012 et 2007. »

Le sondage s’inscrit dans une série. Le premier volet du portrait de groupe diffusé samedi dernier s’intéressait aux perceptions mutuelles entre les deux groupes linguistiques, somme toute de plus en plus positives. Le prochain, à venir à l’occasion du 1er juillet, traitera de l’attachement des Québécois au Canada.

Voici d’autres révélations du sondage.

Jeunes. Les 18-24 ans des deux langues se disent moins attachés au Québec que les répondants plus âgés. Près de la moitié des jeunes ayant l’anglais comme première langue ne se disent « pas très attachés » (30 %) ou « pas du tout attachés » (23 %) au Québec. Les francophones du même âge font la même réponse à 10 % et 7 %. Chez les baby-boomers de 55 ans et plus, le taux de liaison fort ou assez fort monte à 90 % dans les deux groupes linguistiques. « Les mêmes variations s’observent ailleurs, dit-il. C’est un peu le reflet de l’engagement dans la société. Les jeunes votent moins aussi. »

Français. Les francophones les plus liés affectivement au Québec sont plus susceptibles de croire que la protection du français est insuffisante. Ils sont 65 % dans ce cas, par rapport à 46 % pour les répondants se disant « plutôt attachés » au Québec. Par contre, neuf anglos sur dix pensent que la langue française est bien protégée au Québec.
 

Événements. La Révolution tranquille est désignée comme l’événement le plus important des 50 dernières années de l’histoire québécoise par les trois groupes, les francos (30 %), les anglos (20 %) et les allophones (23 %).

Le quart des francophones (26 %), mais un anglo sur dix (11 %) seulement, optent plutôt pour l’adoption de la Charte de la langue française. Ces derniers positionnent plutôt l’élection du PQ en deuxième choix avec 17 % des voix, le choix de 16 % des francos et de 11 % des allophones.

Le sondage a été réalisé par la firme Léger Marketing pour l’Association d’études canadiennes et le Quebec Community Groupes Network auprès d’un échantillon de 1226 Québécois, dont 871 francophones, 275 anglophones et 106 allophones. Les sondeurs les ont questionnés par Internet du 14 au 17 mai. Un sondage probabiliste semblable aurait une marge d’erreur de 3,5 points 19 fois sur 20.

D’autres données suivront et le professeur Jedwab, historien de formation, associé à son collègue le sociologue Jean-Philippe Warren, s’en serviront pour un livre à paraître cette année.

Ils les utiliseront également pour un enseignement sur le sujet des rapports entre les deux solitudes en dialogues, donné en ligne à la saison d’automne. Il s’agira du premier cours entièrement bilingue de l’Université Concordia.

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