Le site archéologique de Fort-Lorette protégé

Dessin du fort de la Nouvelle-Lorette, réalisé par Charles Beaubien. On ignorait jusqu’à tout récemment où se trouvait avec précision ce fort important dans l’histoire de Montréal.
Image: Ville de Montréal Dessin du fort de la Nouvelle-Lorette, réalisé par Charles Beaubien. On ignorait jusqu’à tout récemment où se trouvait avec précision ce fort important dans l’histoire de Montréal.

Le ministère de la Culture et des Communications annonce qu’il classe aux fins de protection le site de l’ancien fort de la mission de la Nouvelle-Lorette au Sault-au-Récollet. Ce fort important pour Montréal, érigé dans la décennie 1690, était situé à la jonction de ce qui est aujourd’hui le boulevard Gouin Est et la rue des Jésuites, au bord de la rivière des Prairies. En vieux français, un « sault » est un rapide.

On ignorait jusqu’à tout récemment où se trouvait avec précision ce fort important dans l’histoire de Montréal. La vente du terrain des soeurs de la Miséricorde au promoteur immobilier Antonio Rizzo a entraîné des fouilles. Depuis la découverte du fort au printemps 2017, le lieu était sous avis d’intention de classement par le ministère, lequel avait jusqu’au 18 juin prochain pour matérialiser ses intentions. La ministre Marie Montpetit avalise ainsi les mesures avancées par son prédécesseur Luc Fortin.

Sur le vaste terrain du fort qui, au fil du temps, finira par appartenir aux religieuses et à l’archevêché de Montréal, le potentiel archéologique est jugé très important.

Dans l’enceinte des fortifications et dans les environs, on trouvait à l’origine plusieurs bâtiments, dont une maison seigneuriale, une école, une église, la maison des fermiers, une écurie, sans compter un village amérindien. Le lieu servait de centre d’évangélisation. Plus de deux cents personnes ont vécu là, profitant de la présence avantageuse de moulins et des ressources en eau.

Les dangers de l’alcool

Ce lieu poursuit, à la fin du XVIIe siècle, l’effort religieux amorcé à la mission de la Montagne, située là où se trouve aujourd’hui le Collège de Montréal, rue Sherbrooke. Les dangers de l’alcool s’y faisaient sentir. Les Sulpiciens jugeaient l’endroit trop près du peuplement européen pour en arriver à leurs fins. Si bien qu’ils décidèrent de déplacer cette portion de leurs activités près de la rivière des Prairies.

À la suite de travaux menés par Hydro-Québec sur les murets qui protègent des eaux les terrains des soeurs de Miséricorde, des tonnes de roches ont été ajoutées. Sans compter que le sol à cet endroit a été submergé à la suite de la construction du barrage Walker. En 1928, la construction de ce barrage et d’une centrale électrique ont fait disparaître les rapides tels qu’ils étaient et ont de surcroît modifié substantiellement la configuration des îles et des berges des environs.

Selon l’avis du gouvernement, les fouilles archéologiques de 2017 « ont permis la découverte d’une riche collection d’objets témoins associés à la mission de la Nouvelle-Lorette datant de la fin du XVIIe siècle et du début du XVIIIe siècle. Les fouilles ont également révélé la présence de trois tranchées parallèles qui correspondraient à des portions de la palissade de pieux de bois du fort. […] Le site archéologique de Fort-Lorette, dont plusieurs sections n’ont pas encore été explorées, présente un potentiel de recherche considérable ».

C’est la firme Arkéos qui a effectué les fouilles archéologiques qui ont mené à cette découverte d’une grande richesse historique.

Le site a finalement fait l’objet d’un avis de classement en juin 2017. C’est dans la foulée que la ministre annonce jeudi qu’il lui accorde sa protection. Cependant, d’autres parties du site n’ont jamais fait l’objet jusqu’ici de la même attention, déplore Monique Deslauriers, qui s’est employée à faire valoir la richesse du site auprès de l’UNESCO.

Mme Deslauriers regrette « l’indifférence qui entoure le site patrimonial de l’ancien village du Sault-au-Récollet ». « Le site des moulins est dans un état de dégradation avancé. À tel point qu’une étude de caractérisation a dû être effectuée pour faire le point sur la situation, mais on a refusé de nous donner le rapport, comme d’ailleurs le projet de conservation de la maison du Meunier », laquelle doit en principe être reconvertie en restaurant. À son sens, c’est un ensemble qui doit être envisagé et non pas seulement une portion du lieu.