Faire ses valises en quête du tatouage de ses rêves

À Montréal, Michaël Cloutier a embrasé l’épaule d’Isabelle, qui partira bientôt en Espagne pour ajouter une autre œuvre à son bras.
Photo: Michaël Cloutier À Montréal, Michaël Cloutier a embrasé l’épaule d’Isabelle, qui partira bientôt en Espagne pour ajouter une autre œuvre à son bras.

Férue de comptes Instagram consacrés aux artistes du tatouage, Isabelle se découvrait il y a près d’un an une passion pour le style d’un tatoueur espagnol. Dans quelques jours, elle fera ses valises et s’envolera vers l’Espagne pour confier son avant-bras à l’aiguille experte de son artiste préféré, Cristian Casas, dont la liste d’attente s’étire jusqu’à un an.

« Beaucoup de gens font ça. Mon fil Instagram regorge de personnes qui vont dans divers pays rencontrer des artistes pour se faire tatouer. Moi, cet artiste, ça m’a pris trois mois pour le convaincre, en lui écrivant par messagerie électronique, en “likant” toutes ses publications sur Instagram. Puis un jour, il m’a répondu : « Quand viens-tu en Espagne ? » J’ai attendu sa confirmation un mois avant d’acheter mon billet d’avion », explique Isabelle, qui ajoutera bientôt cette « oeuvre » corporelle à une autre réalisée sur le même bras par son artiste fétiche de Montréal, Michaël Cloutier.

Pour cette adepte, le tatouage est avant tout un art. En s’abonnant aux comptes de divers artistes sur Instagram, elle a fini par percer la bulle du petit monde des artistes tatoueurs et par connaître les genres et les styles de chacun. « Instagram, c’est un musée portable du tatouage. On peut y voir les réalisations du monde entier, c’est une source d’inspiration pour savoir ce qu’on veut », explique celle qui a mis dix ans à « choisir » son premier artiste.

Avec l’arrivée d’Instagram, les tatoueurs les plus en vue sont eux aussi souvent sur la route, à la rencontre de clients sur divers continents ou de salons consacrés aux tatouages. Membre du groupe The Arts Corporation, Michaël, qui a embrasé l’épaule d’Isabelle d’une tête d’aigle écarlate enveloppée de fleurs de cerisier, s’est rendu en Allemagne, en Irlande du Nord et à Paris pour essaimer ses tatouages au réalisme altéré à tendance graphique.

Dès le pied posé en Espagne, Isabelle mettra le cap sur les Asturies pour aller à la rencontre de Cristian et entamer un marathon de gravure sur peau d’une durée de six à huit heures, avec une idée approximative de l’oeuvre qui naîtra sur son épiderme. « Je lui ai dit que je voulais un personnage féminin. Mais c’est lui qui décide entièrement du look final. C’est un acte de confiance, car je connais ce qu’il fait. On ne dirait pas à un peintre qu’on admire comment et quoi peindre avant d’acheter ses toiles. C’est la même chose. »

Si des Québécois vont à l’étranger pour livrer leur peau aux virtuoses de la peinture sur chair, l’inverse est aussi vrai. Des artistes montréalais connus, dont Michaël Cloutier, F is the Key, Eilo Martin, David Brown et Yann Black, voient aussi débarquer des ressortissants de France et d’ailleurs rêvant d’immortaliser à Montréal leur fantasme pictural cutané. En plus de leurs valises, ils repartiront chez eux avec un peu de leur passion sous la peau, une passion née d’un premier coup de coeur virtuel.