Les deux solitudes se rapprochent au Québec

Les deux groupes linguistiques estiment que l’autre ne parle pas suffisamment bien la deuxième langue.
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir Les deux groupes linguistiques estiment que l’autre ne parle pas suffisamment bien la deuxième langue.

Fini le temps des deux solitudes, clame Jack Jedwab de l’Association d’études canadiennes, qui vient de publier un sondage sur les perceptions mutuelles des anglophones et des francophones au Québec. Les contacts sont de plus en plus nombreux entre les deux groupes linguistiques, qui s’apprécient respectivement. Mais il reste plusieurs stéréotypes et zones d’incompréhensions sur des enjeux clés, comme la protection de la langue et le respect des droits de la minorité.

La plupart des anglophones ont des contacts réguliers avec des francophones sur leur lieu de travail et à peine 6 % affirment n’avoir aucun ami parlant français. Chez les francophones, c’est environ une personne sur cinq qui n’a pas d’ami anglophone, révèle le sondage « Bonjour Hi », mené en partenariat avec la firme Léger.

Ceux qui voient la loi 101 le plus négativement sont plus enclins à avoir une vision négative des francophones

Près de 70 % des répondants jugent de façon « positive » ou « très positive » les relations entre les deux groupes linguistiques.

Là où les vues divergent, c’est lorsqu’il est question de la protection de la langue. Ainsi, 40 % des francophones estiment que leur langue est bien protégée au Québec, contre 87,5 % pour les anglophones. À l’inverse, 72 % des francophones estiment que les droits des anglophones sont respectés, alors que ces derniers ne sont que 17 % à le croire.

Les droits des anglophones sont-ils bien protégés?

 

Leur appréciation respective de la loi 101 est aussi diamétralement opposée. Ainsi, 89 % des francophones jugent positivement la Charte de la langue française, contre à peine 35 % chez les anglophones. Toutefois, ces derniers estiment à 67 % que la loi 101 est efficace pour protéger le français, alors que les francophones ne la considèrent comme efficace qu’à 46 %.

« Ceux qui voient la loi 101 le plus négativement sont plus enclins à avoir une vision négative des francophones », constate Jack Jedwab, qui souhaite analyser plus en profondeur cet aspect.

Enfin, les deux groupes estiment que l’autre ne parle pas suffisamment bien la deuxième langue.

Autre paradoxe, les francophones sont nombreux à penser que les anglophones gagnent davantage d’argent, alors que les anglophones pensent au contraire que les francophones gagnent plus. À peine un répondant sur trois a répondu que les deux groupes gagnent le même salaire.

Un francophone sur deux estime que les anglophones n’apportent pas une contribution importante à la culture québécoise et qu’ils ne font pas partie des peuples fondateurs de la société québécoise. Pourtant, ils reconnaissent leur apport à l’histoire et à l’économie du Québec.

« Des généralisations persistent, qui peuvent mener à des préjugés, mais elles diminuent », note Jack Jedwab qui parle d’« anxiété linguistique » et d’« insécurités de part et d’autre ».

 

« Très souvent, ce sont les gens qui ont le moins de contacts qui sont le plus insécures, plus aptes à appuyer des généralisations et plus réfractaires à vouloir en apprendre plus sur l’autre communauté », résume Jack Jedwab.

Le sondage « Bonjour Hi » a été mené en ligne, du 14 au 17 mai 2018, auprès de 871 francophones, 275 anglophones et 106 allophones. La marge d’erreur est de 3,5 points, 19 fois sur 20.

Ceux qui voient la loi 101 le plus négativement sont plus enclins à avoir une vision négative des francophones

8 commentaires
  • Jean Lapointe - Abonné 16 juin 2018 07 h 18

    Monsieur Jedwab s'illusionne

    «Fini le temps des deux solitudes, clame Jack Jedwab de l’Association d’études canadiennes, qui vient de publier un sondage sur les perceptions mutuelles des anglophones et des francophones au Québec.» (Jack Jedwab)


    Je trouve que monsieur Jedwab s'illusionne s'il pense que plus il y aura de relations entre les anglophones et les francophones au Québec ça sera fini le temps des deux solitudes au Québec et il n'y aura plus de problèmes.

    D'abord il faudrait parler de Québécois de langue française et de Québécois de langue anglaise parce que ce qui nous distiingue c'est plus une question d'identité que de langue. Un bon nombre de Québécois de langue française, sinon la majorité d'entre eux, se considèrent comme des Québécois qui ont la citoyenneté canadienne bien malgré eux alors que la majorité des Québécois de langue anglaise semblent se considérer comme des Canadiens vivant dans la province du Québec.

    Donc les Québécois de langue française et les Québécois de langue anglaise ont beau se côtoyer tous les jours, ils ne vivent pas dans le même pays et ce n'est pas la multiplication des relations entre les deux groupes qui va régler leproblème..


    Ce qu'il faudrait ce serait que les Québécois de langue française puissent vivre dans un pays réel au lieu de vivre dans un pays qui n'existe que dans leur tête et que pour eux à moins qu'on veuille à tout prix les noyer dans le grand tout canadien malgré eux, ce qui ne serait pas disons très démocratique.

    Pour que les relations entre les Québécois de langue française et les Québécois de langue anglaise soient plus chaleureuses il faudrait que les premiers puissent enfin se dire qu'ils ont leur propre pays et que les seconds reconnaissent qu' ils constituent une minorité linguistique dans un pays de langue française.

    A ce moment-là ce serait clair pour tout le monde et en particulier pour les néo-Québécois parce que les relations entre les deux groupes seraient établies sur les mêmes bases.

    • Jérémy Champagne - Abonné 16 juin 2018 13 h 33

      « On n'habite pas un pays, on habite une langue. »
      Cioran

  • Christian Beaudet - Abonné 16 juin 2018 09 h 58

    ...se rapprochent mais encore loin

    Le titre de l'article et les premiers mots «fini les deux sollitudes» sont pour le moins confondants car les chiffres montrent au contraire des perceptions opposées. Il serait intéressant de faire le même sondage chez les francophones et les anglophones de l'Ontario et du Nouveau-Brunswick. Qu'en dites-vous M. Jedwab?

  • Jacques Patenaude - Abonné 16 juin 2018 10 h 37

    Des conclusions écrites d'avance

    "40 % des francophones estiment que leur langue est bien protégée au Québec, contre 87,5 % pour les anglophones. À l’inverse, 72 % des francophones estiment que les droits des anglophones sont respectés, alors que ces derniers ne sont que 17 % à le croire."

    "Ainsi, 89 % des francophones jugent positivement la Charte de la langue française, contre à peine 35 % chez les anglophones. "

    "Autre paradoxe, les francophones sont nombreux à penser que les anglophones gagnent davantage d’argent, alors que les anglophones pensent au contraire que les francophones gagnent plus."

    « Ceux qui voient la loi 101 le plus négativement sont plus enclins à avoir une vision négative des francophones » J Jedwab

    "Fini le temps des deux solitudes, clame Jack Jedwab de l’Association d’études canadiennes,"

    Trouvez-vous vraiment que ce sondage nous permet de conclure qu'il y a un changement par rapport au passé? Les conclusions du commanditaire du sondage étaient déjà écrites avant que le sondage ne soit réalisé. Le sondage ne démontre pas qu'il y a une différence significative entre le passé et aujourd'hui.

  • Jean-René Jeffrey - Abonné 16 juin 2018 12 h 51

    L'art du vœux pieux.

    Tout rapprochement entre les francos, les anglos et les allos ne se fait en réalité qu'au détriment des francos. Observez ce qui se passe au jour le jour sur la rue, dans les boutiques, dans les entreprises: partout à Montréal et ailleurs au Québec et vous verrez que s'il y a rapprochement il est toujours au désavantage des francos.

    Allez dans n'importe quelle commerce ou observez ce qui se passe sur la rue, et vous verrez qu'à chaque fois qu'un anglo ou qu'un allo-anglo se manifeste, tout son environnement va automatiquement interagir avec lui en anglais. Observez les caissières dans les commerces... Les gens sur la rue... Si une personne parle, en anglais ne serais-ce qu'à son téléphone, elle obtiendra une réaction en anglais de n'importe quel francophone. S'il vous plait, prenez la peine d'observer!

    Alors, s'il y a un rapprochemnt entre les deux solitudes, ce n'est pas qu'il y a meilleure compréhension des uns par les autres. C'est seulement parce que les francos ont apprennent lentement mais sûrement à plier encore plus bas l'échine.

    Revoyez bien les statistiques de ce sondage et vous ne pourrez que conclure que le rapprochement relève du voeux pieux. «La plupart des anglophones ont des contacts réguliers avec des francophones sur leur lieu de travail...» Bien sûr, mais dans quelle langue? En anglais bien sûr! À force de se marcher dessus on fini pas croire que c'est de la gentillesse. On fini toujours par justifier sa faiblesse à son avantage ça empêche d'avoir envie de frapper.

  • Gilles Théberge - Abonné 16 juin 2018 16 h 28

    C’est du Jedwab habituel assaisonné de pensée magique.

    La vérité c’est que les anglais, et particulièrement ceux de l’ouest de l’ile continuent de vivre dans leur superbe schizofrénie, tandis que les francophones du ROC n’ont pas le choix de la langue eux. Ils parlent anglais...

    • Michel Thériault - Inscrit 17 juin 2018 07 h 26

      Exactement M. Théberge. Et ce texte est tellement insignifiant que j'ai arrêté de lire après le 2e paragraphe. Nous nous dirigeons vers notre extinction et tout ce que nous trouvons à faire ce sont des sondages. Have a great day.