Toujours autant de téléphones cellulaires saisis en prison

Le nombre de téléphones cellulaires saisis dans les cellules a bondi depuis 2011.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le nombre de téléphones cellulaires saisis dans les cellules a bondi depuis 2011.

Le nombre de saisies de téléphones cellulaires dans les établissements carcéraux qui relèvent du Québec ne diminue pas, malgré l’intention répétée du ministère de la Sécurité publique d’attaquer ce problème de front.

Des données obtenues en vertu de la Loi d’accès à l’information révèlent que 491 appareils ont été confisqués du 1er avril 2017 au 31 mars 2018, soit exactement la même quantité que l’année précédente. Ce nombre record a bondi depuis 2010-2011, année où 113 saisies de téléphones ont été effectuées.

Ces chiffres sont « positifs », affirme la directrice de la sécurité à la Direction générale des services correctionnels du ministère, Chantal Robert.

Selon elle, cela signifie qu’on est « plus performant » que les années précédentes, ce qui a permis de saisir davantage d’appareils.

« On a mis différentes choses en place » pour être plus efficients, explique-t-elle, citant notamment les fouilles de secteur, l’ajout de caméras et l’analyse du renseignement.

Les brouilleurs d’ondes écartés

Le ministère étudie actuellement « différentes technologies » qui pourraient être mises en place afin de contrer le fléau des téléphones cellulaires en prison, de concert avec le gouvernement fédéral, indique Mme Robert. « C’est un problème mondial », souligne-t-elle.

 
Source: ministère de la Sécurité publique

En 2015, le ministère de la Sécurité publique avait pourtant confirmé que l’installation de brouilleurs d’ondes serait permise dans les prisons qui relèvent du gouvernement provincial, rapportait Le Journal de Montréal.

Or, cette option a été écartée, explique Mme Robert. « Les brouilleurs d’ondes n’ont pas été retenus parce que les effets collatéraux étaient plus grands que la problématique. »

Parmi ces effets, elle mentionne l’impact sur le voisinage et les risques d’interférence. « Nos établissements de détention sont en zone urbaine. Si on installe des brouilleurs d’ondes, on va brouiller les ondes de nos voisins, que ce soit des commerces ou des résidences privées. »

Il a été impossible de savoir jeudi quelles sont les technologies actuellement envisagées par les autorités. « On pense avoir trouvé quelque chose avec le fédéral, mais c’est encore en évaluation », a avancé Mme Robert.

Comme des investissements « importants » sont requis pour déployer un tel système, « on veut s’assurer que la technologie sera performante », précise-t-elle.

Un enjeu problématique

L’utilisation de téléphones cellulaires par des détenus est hautement problématique. Cet outil leur permet de diriger leurs opérations criminelles à distance, de même que de communiquer avec des opérateurs de drones, notamment.

« Ça représente des risques importants pour la sécurité des établissements », ajoute le président national du syndicat des agents de la paix en milieu correctionnel, Mathieu Lavoie.

Le problème ne date pas d’hier. Il avait été soulevé publiquement en 2013 après que le rapport d’enquête sur l’évasion spectaculaire de deux détenus de la prison de Saint-Jérôme a révélé qu’un téléphone cellulaire avait été utilisé pour orchestrer le coup d’éclat avec des complices à l’extérieur.

« C’est un enjeu depuis plusieurs années et ça ne diminue pas. Ça fait longtemps qu’on parle de cette problématique », martèle M. Lavoie.

Le syndicat des agents de la paix en milieu correctionnel presse le ministère d’agir rapidement pour contrer ce problème. Selon son président national, des technologies efficaces existent et ont déjà porté leurs fruits dans d’autres prisons à l’international.

« On attend depuis des années, on se fait dire qu’on ne peut pas à cause du voisinage, mais nous, avec des firmes, on a eu l’assurance qu’on peut brouiller [les ondes] à l’intérieur de la bâtisse [sans nuire au voisinage] », assure-t-il.

Selon M. Lavoie, la lenteur à mettre en place des mesures s’explique par les investissements requis. « Le vrai enjeu, ce sont les moyens financiers. »