Outiller les travailleurs aujourd’hui pour assurer le développement de demain

Rabéa Kabbaj Collaboration spéciale
Les dirigeants de l’entreprise Premier Tech ont fait preuve d’ouverture en collaborant avec les ressources humaines pour qu’elles puissent influencer et contribuer à la performance de l’entreprise et au mieux-être de leurs emplois, selon François L’Heureux.
Photo: Premier Tech Les dirigeants de l’entreprise Premier Tech ont fait preuve d’ouverture en collaborant avec les ressources humaines pour qu’elles puissent influencer et contribuer à la performance de l’entreprise et au mieux-être de leurs emplois, selon François L’Heureux.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Créé en 1983 pour apporter aux travailleurs du Québec des solutions à l’importante récession économique qui frappe alors tant la province que le Canada et le reste du monde, le Fonds de solidarité FTQ place très vite la formation économique de ceux-ci au coeur de sa mission. À compter de 1989, il met sur pied la Fondation de la formation économique — devenue ensuite le Centre de formation économique —, qui offre aux travailleurs de divers syndicats et entreprises les outils nécessaires à la bonne compréhension de l’épargne-retraite, mais aussi de la réalité économique de leurs milieux de travail ou de celles des différentes régions du Québec. Une vulgarisation économique d’utilité sociale qui a profité à pas moins de 110 000 participants ces 20 dernières années.

« À cette époque, les taux d’intérêt pour renouveler une hypothèque atteignaient les 18 à 20 %… Donc beaucoup perdaient leurs maisons. Les banques étaient frileuses, ce qui fragilisait les entreprises qui fermaient à tour de bras. Au point où il y a eu quelques expériences de travailleurs qui essayaient de racheter leurs compagnies. C’est à ce moment-là qu’on a compris qu’on ne connaissait pas grand-chose en économie », raconte François L’Heureux, directeur principal du Centre de formation économique du Fonds de solidarité FTQ. « C’est pour cela qu’on a mis dans la loi constituant le fonds l’importance de la formation pour être capables de comprendre ce qu’est l’économie, parce qu’on a des choses à faire et à dire. On pense qu’une économie qui respecte nos valeurs est fondamentale, et c’est cette idée qui est à la base de la création du Fonds », poursuit M. L’Heureux.

Dans cette optique, les formations offertes progressivement par le Fonds épousent les principales lignes directrices de sa mission. Ainsi, il s’agit de donner des services aux entreprises et syndicats qui en font la demande et d’informer les travailleurs pour qu’ils comprennent le contexte et la façon d’influencer le développement économique. « Cela démocratise un petit peu plus les relations de travail. Par exemple, il n’est pas rare qu’on reçoive des demandes de syndicats désireux de comprendre les états financiers, les orientations ou encore les défis de leurs entreprises. On leur donne l’information et après cela, ils prennent leurs propres décisions », souligne François L’Heureux. Enfin, en formant des responsables locaux (les RL) à promouvoir, auprès de leurs collègues d’entreprises, l’utilité d’y adhérer ainsi que de souscrire à l’épargne-retraite, le Fonds sensibilise les travailleurs à épargner pour leurs vieux jours.

 

Évolution des formations à travers le temps

Petite structure à ses débuts et comptant beaucoup moins d’entreprises partenaires que les quelque 2000 avec lesquelles il collabore à ce jour, le Fonds a grossi au fil des années, et avec lui l’importance prise par ses formations. « Concernant le dossier de la formation économique, on a commencé à l’époque par celle de nos responsables siégeant aux comités d’investissement. Désormais, notre perspective s’est beaucoup plus élargie et touche même à la formation au niveau du leadership. En collaboration avec le service d’éducation de la FTQ, on a donc développé un programme de formation s’adressant à tous les militants qui s’occupent de développement économique dans les différentes localités. On leur apprend à communiquer, à savoir prendre leur place au sein des comités. Il s’agit également de comprendre l’économie ou encore les enjeux liés à la mondialisation », souligne François L’Heureux.

La formation des RL — des bénévoles nommés par leurs syndicats — a également pris de l’envergure au fil des années, fait valoir le directeur principal du Centre de formation économique du Fonds. Là où une personne pouvait tout gérer dans les commencements, ils sont désormais cinq à s’occuper à plein temps de l’ingénierie des programmes, tandis que le réseau de formateurs est aujourd’hui constitué d’une quarantaine de personnes.

L’accompagnement des entreprises partenaires et la formation de leurs travailleurs ont également connu des changements au cours des années, pour répondre à l’évolution de leurs besoins et leur proposer une offre de services plus élargie. « C’est toujours vraiment le volet formation économique, mais avec les années on s’est aperçus qu’il y avait aussi des besoins bien réels pour le volet humain. On a de l’expérience et des connaissances quand on parle de l’humain dans l’entreprise. Par conséquent, on les met à contribution pour améliorer l’expérience client, la gestion des projets de l’entreprise, ou encore apporter une meilleure compréhension de l’impact de certains coûts. On travaille donc beaucoup avec l’ouverture des dirigeants qui veulent impliquer les ressources humaines pour qu’elles puissent influencer et contribuer à la performance de l’entreprise et au mieux-être de leurs emplois », explique Serge Gauthier, conseiller en formation pour le volet entreprise du Centre de formation du Fonds.

Selon lui, l’entreprise Premier Tech en est un bon exemple. « La toute première formation a eu lieu le 18 juillet 1989, et depuis près de 30 ans, ce sont 1210 participants qui l’ont suivie. Celle qui, en 1989, était une petite entreprise est aujourd’hui une multinationale. Son dirigeant, M. Bélanger, croyait que si on informait et formait les travailleurs, cela permettrait justement d’influencer l’entreprise. C’est un beau succès [et Premier Tech] demeure une entreprise partenaire du Fonds », fait valoir M. Gauthier.

 

Un virage récent réussi

Il y a tout juste trois ans, le Centre de formation a opéré un virage dans sa modalité d’accompagnement des entreprises partenaires. Au lendemain d’une planification stratégique, l’offre a ainsi été revue pour passer d’un programme de formations proposées « plus statique », indique M. L’Heureux, à des interventions plus ciblées et conçues sur mesure. « Actuellement, on déploie cette nouvelle approche. On se rend à travers le Québec dans les entreprises partenaires des fonds régionaux, qui sont souvent des PME. La majorité de nos partenaires ayant moins de 100 employés, ce ne sont donc pas des entreprises disposant d’importants services de ressources humaines. On leur propose gratuitement une intervention de 150 heures : une analyse de besoins, des propositions de devis d’intervention, etc. C’est très bien accueilli sur le terrain », assure M. L’Heureux.

Là encore, l’offre s’adapte aux nécessités de l’entreprise. Si une seule activité annuelle ou un accompagnement de seulement 10 ou 15 heures lui suffisent, ainsi soit-il. À l’inverse, ce n’est pas parce qu’une entreprise a déjà fait ses 150 heures, qu’elle ne pourra pas en redemander. « Au final, si les résultats sont au rendez-vous, c’est une entreprise partenaire de plus qui contribue à la création d’emplois », conclut M. Gauthier.