Dialogue actionnarial

Hélène Roulot-Ganzmann Collaboration spéciale
En 2017, les actionnaires de ExxonMobil ont voté à la majorité une résolution demandant à l'entreprise d'améliorer la divulgation d'information au sujet de l'impact financier de ses politiques.
Photo: Matthew Brown Associated Press En 2017, les actionnaires de ExxonMobil ont voté à la majorité une résolution demandant à l'entreprise d'améliorer la divulgation d'information au sujet de l'impact financier de ses politiques.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Le Fonds de solidarité FTQ favorise le dialogue avec les entreprises dont il est actionnaire afin de les amener à modifier leurs pratiques de gouvernance, de responsabilité sociale et de gestion environnementale.

« Depuis quarante ans, les actionnaires ont perdu le lien qui existe entre le capital qu’ils investissent et le fait qu’en faisant cela, ils deviennent propriétaires de l’entreprise, regrette Mario Tremblay, vice-président aux affaires publiques et corporatives au Fonds de solidarité FTQ. Les dirigeants des compagnies inscrites en Bourse ne sont pas leurs propriétaires. Or, aujourd’hui ce sont eux qui les orientent. Ce n’est pas normal, mais c’est en train de changer. »

M. Tremblay explique que les actionnaires qui détiennent une part d’une multinationale se disent, surtout lorsqu’ils ne sont que des petits porteurs, que leur voix ne portera pas. Il ajoute que c’est le même principe qui pousse nombre d’électeurs à rester chez eux quand vient le temps d’élire nos dirigeants.

« Or, au Fonds de solidarité FTQ, nous avons 645 000 actionnaires, poursuit-il. Ce n’est pas rien. Surtout si nous nous allions avec d’autres fonds. Au final, nous pouvons représenter 4, 5, 8, parfois 10 % d’une compagnie. Et alors, nous avons assez de poids pour cogner à sa porte. » Et avoir ainsi un dialogue constructif avec elle pour la mener à adopter des comportements en adéquation avec les valeurs du Fonds.

Il travaille pour cela avec Shareholder Association for Research and Education (SHARE), une OBNL basée à Vancouver qui sensibilise les entreprises à l’importance d’améliorer leurs pratiques de gouvernance, de responsabilité sociale et de gestion environnementale.

« Nous avons convenu d’oeuvrer en faveur de la réconciliation avec les peuples autochtones, illustre Mario Tremblay. Concernant les changements climatiques, nous appelons les entreprises à mesurer et à divulguer leurs risques. Nous souhaitons également qu’elles s’engagent à assurer à tous un travail et un salaire décents même lorsqu’elles sont implantées en Afrique ou en Amérique latine. Enfin, nous exigeons la mise en place d’une politique de santé et sécurité, et pas seulement au siège social. Aussi tout au long de la chaîne d’approvisionnement. »

Changement de culture

SHARE cible les entreprises auxquelles s’adresser en fonction des différents enjeux. Elle propose également des moyens d’action qui peuvent aller d’une lettre au président à une demande de rencontre, voire à un ajout à l’ordre du jour d’une assemblée générale.

« Il y a encore des compagnies qui se mettent à paniquer lorsque les actionnaires veulent se mêler de leurs affaires, avoue M. Tremblay. Mais elles sont moins nombreuses. Elles nous remercient surtout de ne pas afficher le problème sur la place publique. »

Ce que le Fonds de solidarité FTQ n’a pas intérêt à faire puisqu’une atteinte à la réputation pourrait avoir un effet désastreux sur l’action et ne servirait donc pas ses investisseurs.

Mario Tremblay assure que le dialogue est bien plus efficace. Il rappelle qu’au printemps 2017, l’assemblée des actionnaires de la pétrolière ExxonMobil a voté à la majorité une résolution demandant à l’entreprise d’améliorer la divulgation d’information au sujet de l’impact financier des politiques publiques environnementales sur ses activités. Une demande formulée au départ par plusieurs groupes de petits actionnaires.

« Il y a un changement de culture dans les entreprises et chez les actionnaires, conclut-il. C’est une bonne nouvelle. Toute la société va y gagner. »