Plus que de l’argent, un réseau à la grandeur de la province

Hélène Roulot-Ganzmann Collaboration spéciale
Bois BSL est une entreprise qui a été soutenue par le Fonds.
Photo: Bois BSL Bois BSL est une entreprise qui a été soutenue par le Fonds.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Les entreprises soutenues par le Fonds de solidarité FTQ sont formelles : ce partenariat a été crucial pour elles afin de développer leurs activités et de franchir un palier. Le Devoir s’est entretenu le fondateur de Bois BSL à Mont-Joli et le propriétaire de Jaymar à Terrebonne.

Nous joignons par téléphone le propriétaire de Jaymar, Daniel Walker, à la veille d’un voyage d’affaires à Barcelone. Après s’être concentré pendant plus de soixante ans sur le marché nord-américain, il souhaite maintenant analyser les possibilités de développement en Europe.

« Nous sommes devenus la plus belle usine de fabrication de lits, de sofas et d’autres meubles rembourrés au Canada, affirme-t-il d’emblée. Ces dernières années, nous avons intégré plus de technologies et travaillé énormément sur de nouveaux designs. C’est ce que ça prend pour rester compétitif. »

L’histoire démarre en 1956 à Terrebonne. George Reinitz lance une usine de fabrication de meubles rembourrés moyen et haut de gamme. Pendant plus de quarante ans, il dirige l’entreprise, n’hésitant jamais à investir pour demeurer à la pointe de la technologie et se faisant un devoir de maintenir toute la chaîne de production au Québec. En 2000 cependant, il prend sa retraite. L’usine passe aux mains d’intérêts américains. Elle est plusieurs fois revendue et fusionnée avant qu’un jour de 2014, Daniel Walker décide de racheter l’entité Jaymar. L’entreprise redevient 100 % québécoise.

Il fait alors appel au Fonds régional de solidarité (FRS). L’entrepreneur avait déjà son plan de financement ficelé, mais il se disait que l’argent du Fonds lui permettrait de se développer plus rapidement et d’innover. Le FRS lui prête un demi-million de dollars et le Fonds de solidarité investit quant à lui 3 millions.

« Mais ce qu’il apporte, c’est plus que de l’argent, précise M. Walker. À l’époque, je n’avais pas de conseil d’administration. J’en ai mis un sur pied et le Fonds y participe. Nous avons travaillé sur un plan stratégique sur dix ans. J’ai 60 ans, je vais bien, je suis en forme aujourd’hui. Mon but ultime, c’est que l’entreprise demeure la plus innovante dans son domaine. On travaille à cela de manière intelligente. »

Salles de cinéma

Même discours de la part de Gino Ouellet. Cet homme originaire du Bas-du-Fleuve a fondé en 1995 l’entreprise Bois BSL. Par goût de l’entrepreneuriat et par passion pour les activités forestières, il se lance dans la fabrication de planchers de bois franc. Il démarre alors avec trois employés, mais dix ans plus tard, l’entreprise compte déjà 320 personnes. En 2003, il décide de faire appel au Fonds de solidarité FTQ.

« C’est plus que de l’argent, le Fonds, explique-t-il. C’est tout un réseau à la grandeur de la province. Et puis, c’est un prêteur patient. Nous avons eu de belles années depuis 1995, mais il y a aussi eu des moments plus difficiles, en 2010-2011 notamment. Jamais nous n’avons senti quelque pression de sa part. Au contraire, on a pu travailler ensemble pour trouver des solutions concrètes. Il a été de très bon conseil et nous a mis en contact avec des gens au moment où nous en avions besoin. »

Gino Ouellet a revendu son entreprise en février dernier après avoir été à sa barre pendant 24 ans. Ces dernières années, il avait de nouveau fait appel au Fonds, par l’entremise du Fonds local de solidarité (FLS) cette fois, et pour des sommes plus petites.

« Si vous voulez une preuve que le Fonds est un bon prêteur ayant une belle réputation, sachez que c’est le seul investisseur que nos acheteurs ont souhaité garder », souligne-t-il.

Retour à Terrebonne. En quatre ans, Daniel Walker n’a pas chômé. Son département de recherche et développement s’est agrandi. Il a dû recruter du personnel et le former pour permettre à sa main-d’oeuvre de s’approprier les nouvelles technologies mises en place. L’usine fait aujourd’hui notamment les coupures de cuir par automatisation. Mais beaucoup de travail est encore fait à la main.

C’est plus que de l’argent, le Fonds. C’est tout un réseau à la grandeur de la province. Et puis, c’est un prêteur patient. Nous avons eu de belles années depuis 1995, mais il y a aussi eu des moments plus difficiles, en 2010-2011 notamment. Jamais nous n’avons senti quelque pression de sa part.

Pour développer de nouveaux marchés, l’entrepreneur s’est lancé dans la production de sièges de cinéma. D’abord à petite échelle pour des cinémas maison, puis il a équipé de véritables salles de cinéma : 1600 sièges en Floride et 1500 au lac Tahoe un peu plus tôt cette année.

« La vie est faite d’occasions, estime-t-il. On s’est lancés là-dedans et on est très fiers d’avoir réussi à les produire. Les clients sont satisfaits ! Ils nous ont dit qu’on était meilleurs que ceux avec qui ils faisaient affaire précédemment. »

Pénétrer le marché européen

C’est d’ailleurs dans ce créneau que M. Walker souhaite développer son entreprise en Europe, et son voyage à Barcelone lui permettra d’évaluer les possibilités.

« Je connais déjà certains manufacturiers là-bas, indique-t-il. Et notre usine ici a une très bonne capacité de production. Puis, l’euro est fort en ce moment, c’est donc une belle occasion pour les entreprises d’ici d’aller chercher des marchés de l’autre côté de l’Atlantique. Cela dit, il s’agit de visées à moyen et à long terme. Pour 2018, nos marchés privilégiés demeurent le Canada et les États-Unis. »

Depuis février, Bois BSL est quant à elle aux mains d’une société d’investissement privée. Une transaction qui signifie que l’entreprise est en bonne santé puisque ces acteurs achètent des sociétés qui ont de bonnes possibilités de croître. En plus du Canada, l’usine de Mont-Joli exporte aujourd’hui 40 % de sa production aux États-Unis et elle a commencé à pénétrer le marché européen par le Royaume-Uni.

Quant à Gino Ouellet, s’il a accepté de demeurer dans le giron de son entreprise durant deux ans afin de procéder à une transition en douceur, il compte bien consacrer tout son temps et son énergie à sa nouvelle passion : le sirop d’érable. Il possède en effet les commerces Ma Cabane en Gaspésie, où il vend les produits de ses érablières.

Une nouvelle activité qui, qui sait, le mènera peut-être de nouveau à frapper à la porte du Fonds de solidarité FTQ.