Le «sage de la cuisine» n’est plus

Le chef américain Anthony Bourdain a permis de faire comprendre que le Québec avait une cuisine spécifique grâce à ses émissions culinaires.
Photo: Frank Gunn La Presse canadienne Le chef américain Anthony Bourdain a permis de faire comprendre que le Québec avait une cuisine spécifique grâce à ses émissions culinaires.

L’expression « onde de choc » est un euphémisme pour décrire la réaction de la grande famille de la restauration à l’annonce vendredi de la mort du célèbre chef et animateur Anthony Bourdain, à l’âge de 61 ans. Au Québec, des chefs ont salué son approche profondément humaine et son immense influence sur la scène gastronomique locale.

Tour à tour cuisinier, écrivain et raconteur, Anthony Bourdain était surtout connu pour ses différentes émissions culinaires, pour lesquelles il a voyagé dans plus de 100 pays, allant à la rencontre des populations locales et de leur gastronomie.

Le réseau CNN, diffuseur de sa série Parts Unknown, a confirmé en matinée qu’Anthony Bourdain s’était enlevé la vie à Kaysersberg, en Alsace, où il se trouvait pour un tournage.

Un « impact Bourdain » au Québec

Au Québec, le milieu de la restauration était très ébranlé vendredi. Anthony Bourdain était proche de plusieurs chefs locaux et affectionnait particulièrement la gastronomie québécoise, qu’il qualifiait d’« unique et originale, comme nulle part ailleurs ».

« Je suis un immense admirateur, fidèle et évangéliste du travail de Martin Picard et de Fred [Morin] et Dave [McMillan] chez Joe Beef », avait-il déclaré à La Presse canadienne en 2016.

David McMillan, chef et copropriétaire du Joe Beef, a souligné l’immense apport de Bourdain à la cuisine d’ici, parlant d’un « impact Bourdain ». « C’est vraiment après ses premières émissions ici que les journalistes d’ailleurs ont compris qu’on faisait une cuisine spécifique au Québec », a-t-il dit au Devoir vendredi.

Celui qui est aussi propriétaire du Liverpool House est également reconnaissant envers Bourdain pour l’influence positive qu’il a eue sur l’amélioration des climats de travail en restauration, qui avaient la mauvaise réputation d’être vulgaires et machos. « Il a fait de nous de meilleures personnes, assure-t-il. Il y a une quinzaine d’années, on était un peu des abrutis, en cuisine. Bourdain nous a incités à créer des environnements de travail sains. »

Anthony Bourdain a aussi eu une grande influence sur le chef du Joe Beef et copropriétaire du Vin Papillon, Marc-Olivier Frappier, notamment avec son best-seller Kitchen Confidential, publié en 2000. « Ce livre m’a donné une nouvelle perspective sur le monde de la cuisine », dit celui qui a eu l’« honneur » de travailler avec lui le temps de quelques tournages.

C’est vraiment après ses premières émissions ici que les journalistes d’ailleurs ont compris qu’on faisait une cuisine spécifique au Québec

 

« C’était comme un sage de la cuisine. Il a vécu une folle jeunesse, et en vieillissant, il a pris le rôle de modèle pour toute la communauté de cuisiniers dans le monde. »

Sur Twitter, le chef du Toqué !, Normand Laprise, a qualifié le décès d’Anthony Bourdain de « triste nouvelle ». « Merci pour tout ce que tu as fait pour Montréal. Tu en demeureras un grand ambassadeur », a-t-il écrit. Comme plusieurs autres acteurs du milieu de la restauration, il a relayé une image noire accompagnée des contacts des ressources d’aide pour les personnes suicidaires.

Un rassembleur

Les hommages pleuvaient à la mémoire d’Anthony Bourdain vendredi. Son bon ami Éric Ripert, celui-là même qui l’a retrouvé sans vie dans sa chambre d’hôtel en début de journée, a qualifié l’animateur d’« être humain exceptionnel, tellement inspirant et généreux ».

Le chef de renommée internationale Gordon Ramsay a également salué son héritage. « Il a amené le monde dans nos maisons et inspiré tellement de gens à explorer des cultures et des villes par leur gastronomie. »

Même l’ancien président américain Barack Obama, avec qui Bourdain a partagé un repas au Vietnam en 2016, lui a rendu hommage. « Il nous a éduqués sur la nourriture, mais de façon plus importante, sur son habileté à nous rassembler. À nous rendre un peu moins craintifs face à l’inconnu. »

Si Anthony Bourdain était admiré par un si large éventail de personnes, c’est en effet par son habileté à rassembler. La cuisine devenait un prétexte pour aller vers l’autre, découvrir sa culture, toujours avec écoute et sans préjugé.

Le succès de ses émissions repose en grande partie sur son approche simple et humaine, que le principal intéressé avait résumée dans ces mots : « Nous posons des questions simples : qu’est-ce qui vous rend heureux ? Qu’est-ce que vous mangez ? Qu’aimez-vous cuisiner ? »

Le New Yorker, qui lui consacrait un long et fascinant portrait l’an dernier, l’a décrit vendredi comme un homme qui incarne à la fois « ton frère, ton oncle relax [rad], ton papa incroyablement cool, ton ami le plus brillant ».

En 2013, les juges qui lui ont remis le prix Peabody pour Parts Unknown l’avaient remercié « d’élargir nos palais et nos horizons à mesure égale ».

« En s’ouvrant à lui, les gens en révèlent plus sur leur région et leur mode de vie que tout ce que pourrait espérer recueillir un journaliste traditionnel », ajoutaient-ils, disant de Bourdain qu’il était « honnête, curieux, jamais condescendant ».

Un problème national

Anthony Bourdain laisse dans le deuil sa fille de 11 ans ainsi que sa conjointe, l’actrice italienne Asia Argento. Sur Twitter, elle a dit se sentir « bien plus que dévastée » par la mort subite de son amoureux. « Il était mon amour, mon roc, mon protecteur. »

Ardent défenseur du mouvement #MeToo, l’animateur avait encouragé sa compagne à dénoncer le producteur déchu Harvey Weinstein.

Anthony Bourdain est la deuxième célébrité américaine à s’être enlevé la vie cette semaine alors qu’on apprenait le suicide de la designer Kate Spade mardi. Ces deux tristes nouvelles ont déclenché une discussion nationale sur le suicide aux États-Unis, en forte augmentation depuis une vingtaine d’années.
 


Besoin d’aide? Ligne québécoise en prévention du suicide : ☎ 1-866-277-3553

Correction

Une version précédente de ce texte mentionnait erronément qu'Anthony Bourdain s'était enlevé la vie à Paris. Il a plutôt été retrouvé mort à Kaysersberg, en Alsace.

2 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 9 juin 2018 08 h 21

    quels gachis professionnels

    Des personnes en vue qui se servent de leur talent pour soumette des hommes et des femmes, quel gachi professionnel,, je comprends qu'ils ne peuvent plus vivre avec des erreurs semblables

  • Gilles Bonin - Abonné 9 juin 2018 15 h 17

    Son émission sur la ville de Porto

    Monsieur Pquette, vous parlez de quoi? Ce que Bourdain faisait cela s'exprime dans cette belle phrase d'une chanson de Gilles Vigneault: "Et tous les humains sont de ma race",


    J'a vu une de ses émissions l'autômne dernier, cela m'a donné le goût de visiter cette ville et c'est ce que j'ai fait en mars, recherchant les restaurants ou il était alllé. Il va me manquer.