Nouvelles révélations sur André Laurendeau

L’ancien rédacteur en chef du «Devoir», André Laurendeau
Photo: Archives Le Devoir L’ancien rédacteur en chef du «Devoir», André Laurendeau

Les anniversaires font parfois rejaillir de l’oubli des documents inattendus. Le cinquantième anniversaire du décès d’André Laurendeau, survenu le 1er juin 1968, a fait remonter jusqu’au Devoir la correspondance privée de Régine Nantel, une des rédactrices à la commission Laurendeau-Dunton. Dans des lettres inédites de 1968, cette ancienne employée d’Hydro-Québec offre une appréciation intéressante de l’importance de l’ancien rédacteur en chef du Devoir sur les travaux de cette commission, qui constitue un tournant dans l’histoire politique du Canada.

La disparition de Laurendeau, écrit-elle le 29 mai 1968, a des conséquences très importantes puisque, à l’en croire, plus personne ne semble en mesure de défendre l’intérêt des Canadiens français à la commission, du moins pas dans l’esprit qui était le sien. « Je me retrousse les manches à la commission, la perte de Laurendeau est irréparable et il en découle un paradoxe — les seules dans la place à défendre la cause des Canadiens français sont France et moi ! Alors on planifie, on influence tout ce que l’on peut. »

Régine Nantel souligne que le politologue « Léon Dion est le seul commissaire qui saura respecter l’idéal de Laurendeau ». À la commission, un Laurendeau déjà isolé est remplacé par l’ancien journaliste Jean-Louis Gagnon, plus près de Pierre Elliott Trudeau et de sa vision du Canada.

Laurendeau disparu, Trudeau élu, les travaux de la commission vont se terminer en queue de poisson. Et ceux qui s’emploieront à ranimer le rêve canadien de Laurendeau verront leurs rêves leur glisser comme du sable entre les doigts, notamment un certain Claude Ryan.

À propos de Laurendeau, Régine Nantel observe que l’on sentait « le sombre désespoir de la solitude l’envahir ». Ces temps derniers, écrit-elle, « il s’accrochait à moi un peu comme le symbole de la joie possible, de l’espoir ». Sa mort frappe tout le monde. « Et puis voilà ! Il est maintenant fini ou presque, et jamais on n’aura son dernier message. C’est la pire chose de ne pas pouvoir s’exprimer. Je la maudis la mort. »

« Alors que la vie continue à déverser ses tonnes de problèmes et de joie, je ne peux m’empêcher de penser à André Laurendeau », écrit encore Régine Nantel. Elle observe auprès de son correspondant que Laurendeau rêve d’écrire à nouveau de la fiction mais que ses activités l’en empêchent. « Très entre nous, il me confiait récemment son besoin urgent d’écrire, d’exprimer enfin tout ce qu’il avait au fond de l’âme, mais ça ne venait pas, depuis quatre ans. » Elle le cite : « Pour moi écrire a toujours été relié à la femme, à l’amour. »

Pour cette proche collaboratrice, André Laurendeau fut un homme, un autre, « cloué au pilori de l’idéal ». « Je suis bouleversée au-delà des mots par la perte d’hommes sacrifiés à l’idéal. » Selon elle, Laurendeau « restait à la Commission comme le symbole d’une solution possible des Canadiens français ». À la fin des années 1960, à l’heure de la montée de la violence comme arme politique, Laurendeau croyait, « comme les King et les apôtres de la paix, au dialogue, à la négociation entre adultes. C’est peut-être la chose la plus difficile d’être adulte sur le plan émotif ! Dans son cas, la marmite a sauté »…