Faire d’un événement éphémère une pépinière d’idées

Etienne Plamondon Emond Collaboration spéciale
Depuis 2012, 100 en 1 jour met la collaboration citoyenne au cœur du changement social.
Photo: Impact Hub Montréal Depuis 2012, 100 en 1 jour met la collaboration citoyenne au cœur du changement social.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Le 2 juin dernier, une centaine d’initiatives bénévoles se sont répandues dans la ville l’instant d’une journée dans le cadre de l’événement annuel 100 en 1 jour. L’édition de cette année avait néanmoins une perspective différente, puisque certaines de ses activités éphémères pourraient bien se développer de manière pérenne.

Création de mandalas, atelier de sensibilisation aux enjeux liés à l’eau, comptoir de limonade, jardinage, parties de ballon-chasseur : la cour de l’école primaire De la Petite-Bourgogne bouillait d’activités le 2 juin dernier. Un groupe de parents travaille de manière bénévole depuis plusieurs mois à la revalorisation et à la revitalisation de cet endroit pour en faire un lieu plus accueillant pour les familles et renforcer les liens entre les habitants du quartier. Avec un projet d’aménagement dont l’horizon est fixé pour 2019, l’équipe a profité de la tenue de l’événement 100 en 1 jour pour donner un élan à son projet, l’ouvrir, le partager et le faire connaître à l’ensemble de la collectivité, souligne dans une entrevue téléphonique Claudia Dubé, une des mères impliquées dans ce groupe.

Sarah Abarro, coordonnatrice de 100 en 1 jour pour l’organisme sans but lucratif Impact Hub Montréal, espère que cette initiative, comme d’autres auxquelles elle a assisté le même jour dans la métropole, va se développer au-delà de ces 24 heures durant lesquelles une centaine d’activités organisées par divers citoyens ont égayé la métropole québécoise.

100 en 1 jour est né en 2012 à Bogotá, en Colombie. Pendant une journée, des citoyens réalisaient de leur propre chef des interventions pour « prendre soin d’infrastructures de la ville qui avaient besoin d’un peu d’amour », explique Cédric Jamet, qui a organisé de manière bénévole la première édition montréalaise de 100 en 1 jour en 2013. La plateforme d’action citoyenne a réussi son pari et la formule a essaimé à travers le monde. Le 2 juin dernier, cet événement se tenait dans 49 villes réparties dans une quinzaine de pays.

À Montréal, l’édition 2018 revêtait un caractère particulier puisque, pour la première fois, l’événement était mené par Impact Hub Montréal et la Maison de l’innovation sociale (MIS). Et ces derniers voient dans ce happening un potentiel plus large. Le 24 mai dernier, lors du Sommet de Montréal sur l’innovation organisé dans le cadre de C2 Montréal, la MIS a annoncé que son incubateur civique accompagnerait des initiatives bénévoles émergeant de cette journée d’activités, pour les aider à se structurer, à développer leurs idées ou pour les orienter vers des ressources. « Ce qui est ressorti des éditions antérieures, c’est que c’était un beau canal de mobilisation citoyenne, mais que ça tombait un peu après l’événement, observe Patrick Dubé, codirecteur général de la MIS. Ce qu’on essaie de faire, c’est changer ce récit autour de 100 en 1 jour et voir si, année après année, on est capables d’en faire une espèce de pépinière à étincelles d’idées citoyennes qui peuvent mener à de l’innovation. »

Impact durable

Dès le début d’avril, Impact Hub Montréal a commencé à mobiliser des citoyens et à organiser plus d’une vingtaine d’ateliers d’idéation. « On arrivait souvent avec cinq ou six idées concrètes d’actions qui allaient pouvoir être mises en avant le 2 juin », raconte Charles Beaudry, directeur des opérations à Impact Hub Montréal. Dans les prochaines semaines, la MIS va prendre le relais et réaliser un bilan avec des porteurs de projets. Elle va ensuite lancer un appel de candidatures, à l’issue duquel elle prévoit d’accompagner environ une dizaine de groupes pour les amener plus loin. « Notre pari, c’est qu’il y a dans la centaine d’initiatives, au-delà de la participation des citoyens, des embryons d’idées qui pourraient avoir de l’impact à plus long terme à Montréal », indique Patrick Dubé.

C’est cette nouvelle perspective qui a poussé Cédric Jamet à s’impliquer de nouveau dans l’événement. Il se souvient de certaines propositions des éditions passées à travers lesquelles les gens embellissaient des places laissées à l’abandon pour les rendre plus ludiques, vivantes, voire sécuritaires. L’énergie se dissipait souvent par la suite, faute de suivi et de soutien. « Sachant que c’était propulsé par la MIS, dit-il, j’y ai vu la possibilité de faire quelque chose qu’on avait toujours voulu faire dans les premières éditions, c’est-à-dire sortir de la dynamique de l’événement et en faire une pratique au quotidien. » Une perspective qui cadre selon lui avec l’un des principes à l’origine de 100 en 1 jour, soit inviter les gens à ne pas exercer leur citoyenneté seulement lors de chaque élection.

« Ma conviction, c’est que c’est la ville du futur, ajoute-t-il. Les villes, ce sont des institutions, des infrastructures, mais ce sont les gens qui la font. Quand on n’a pas cette implication, ce désir de faire et les espaces pour faire, je pense qu’il y a un peu du tissu urbain qui disparaît. »

Le happening annuel permet selon lui de raviver la notion de plaisir associé à cette implication. « On présente souvent l’action citoyenne comme un sacerdoce, quelque chose de difficile, de long et d’ardu. Le but de 100 en 1 jour, c’est aussi de montrer que ça peut être fait dans le plaisir et dans la célébration des choses qu’on aime dans la ville. »