Inconduites sexuelles: «C’est important de nommer», plaide Sandra Muller

Instigatrice du mot-clic #BalanceTonPorc, la journaliste Sandra Muller était de passage mardi à Montréal.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Instigatrice du mot-clic #BalanceTonPorc, la journaliste Sandra Muller était de passage mardi à Montréal.

Le système judiciaire devrait protéger les victimes d’inconduites sexuelles afin qu’elles soient en mesure de dénoncer leur assaillant sans subir une série d’attaques personnelles par après, plaide l’instigatrice du mot-clic #BalanceTonPorc, Sandra Muller.

« Il faut qu’on arrive à annihiler toutes ces pressions, à les empêcher, parce qu’elles sont violentes », a plaidé en entrevue avec Le Devoir mardi la journaliste, de passage à Montréal.

Selon elle, la peur de recevoir des messages haineux de toute part incite plusieurs victimes à garder le silence. « Dès l’instant où on dénonce, on a des pressions », soutient-elle, citant l’exemple d’une victime présumée de l’islamologue Tariq Ramadan qui aurait reçu des menaces de mort.

« Moi, pour un cas de harcèlement, c’est une pression violente que j’ai connue », assure-t-elle, disant avoir reçu une avalanche de menaces de la part de « trolls » après avoir dénoncé publiquement le producteur français Éric Brion.

Comment mieux protéger les victimes contre ces répliques souvent dévastatrices ? « Juridiquement, il y a des procédés. Il faut arriver à prouver ces pressions », répond-elle. Sandra Muller dit vouloir en faire un enjeu lors de son procès à venir.

#BalanceTonPorc

Retournons brièvement dans le passé. Le 13 octobre dernier, dans la foulée des dénonciations visant le producteur américain Harvey Weinstein, Sandra Muller invite sur Twitter les internautes à « balancer leur porc » : « Toi aussi raconte en donnant le nom et les détails un harcèlement sexuel que tu as connu dans ton boulot. Je vous attends. »

Elle lance le bal en publiant les paroles que lui a adressées le producteur Éric Brion par le passé : « Tu as des gros seins. Tu es mon type de femme. Je vais te faire jouir toute la nuit. »

Rapidement, le mot-clic #BalanceTonPorc devient viral en France.

Quelques mois plus tard, ce dernier intente une poursuite contre la journaliste pour diffamation. Le procès doit débuter en septembre. Un débat houleux a suivi dans l’Hexagone. Plusieurs ont accusé Sandra Muller d’avoir réagi de façon disproportionnée devant des « propos déplacés ».

Selon elle, #BalanceTonPorc est une réponse forte à des gestes qui le sont tout autant. « On m’a dit que je n’étais pas nuancée, mais croyez-vous que, quand vous dites à une femme “Je vais te faire jouir toute la nuit”, c’est nuancé ? » lance-t-elle.

Sandra Muller qualifie son cas de harcèlement. « C’est une agression verbale. J’ai eu les mêmes symptômes que ceux énoncés par des victimes [d’inconduites sexuelles] : de la gêne, du déni, de la honte. »

L’importance de nommer

Mais n’y a-t-il pas un danger à régler ses comptes sur les réseaux sociaux ? Après tout, tout le monde peut dénoncer n’importe qui, n’importe comment, détruisant des réputations au passage.

« Ce n’est pas comme ça que ça marche », répond du tac au tac la journaliste qui réside à New York, rappelant que c’est à partir de dénonciations en ligne qu’ont pu être montés les cas de Tariq Ramadan en France et, plus près de nous, de Gilbert Rozon au Québec.

« Quand vous pensez être seule, c’est important de nommer, parce que c’est là qu’on se rend compte qu’il y a plein d’autres [victimes] », insiste-t-elle.

Et pour les cas d’allégations non fondées, il y a des recours. « Si vous racontez n’importe quoi, c’est répréhensible », soutient-elle, précisant qu’il y a davantage de réelles victimes que de menteurs.

La responsabilité incombe ensuite aux médias de « laver les honneurs et de rétablir la vérité », poursuit-elle.

Et maintenant ?

À l’instar des six féministes québécoises qui ont lancé le mouvement Et maintenant en janvier dernier, Sandra Muller appelle les hommes à prendre leur place dans le débat. « Ça manque au mouvement, il n’y a pas trop de prise de parole des hommes. Il ne faut pas les exclure. »

La journaliste se réjouit d’ailleurs du soutien des hommes à sa cause. Elle souligne qu’autant d’hommes que de femmes lui sont venus en aide financièrement lorsqu’elle a lancé une campagne de dons pour financer son procès.

« C’est encourageant. »