Rapprocher les générations, un geste à la fois

Magdaline Boutros Collaboration spéciale
De nombreuses initiatives au Québec permettent aux générations de se rencontrer pour mieux se rapprocher.
Photo: Annik MH de Carufel Le devoir De nombreuses initiatives au Québec permettent aux générations de se rencontrer pour mieux se rapprocher.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Organiser un bingo entre aînés et jeunes. Fabriquer des cartes de Saint-Valentin avec des personnes âgées. Demander à des tout-petits d’emballer des livres qui seront envoyés par la poste à des aînés. Une panoplie d’initiatives qui peuvent sembler anodines à première vue, mais dont la portée dure bien plus que l’espace d’un instant. Pour l’organisme Intergénérations Québec, il s’agit, sans l’ombre d’un doute, d’occasions qui forgent une relation entre les plus jeunes et les plus âgés de notre société où tous y trouvent leur compte. Des initiatives qui servent à rapprocher les générations, un geste à la fois.

Tous les jours pendant une semaine, des élèves de Natashquan, sur la Côte-Nord, ont pris part à une dégustation de mets traditionnels autochtones près d’une rivière. Ils ont manipulé et préparé eux-mêmes les plats, avec l’aide de personnes aînées de la communauté.

Selon le centre de santé Tshukuminu Kanani, qui a lancé l’activité, cette occasion d’échanges entre deux générations a non seulement permis aux plus jeunes d’en apprendre plus sur les plats traditionnels et le dépeçage des peaux, mais elle a également été un magnifique prétexte pour échanger sur la langue et la culture innues.

Il s’agit là de l’une des nombreuses initiatives qui ont vu le jour ces derniers mois au Québec. Des projets qui permettent aux plus jeunes et aux plus âgés de notre société de se rencontrer et de se parler, tout simplement.

Créer des lieux de rencontre

« Chaque activité est une occasion pour les participants d’échanger sur leurs visions, de découvrir les préoccupations des aînés et de comprendre les attentes des jeunes générations », explique Fatima Ladjadj, directrice de l’organisme Intergénérations Québec, qui organise annuellement un concours visant à récompenser les plus belles initiatives de rapprochement intergénérationnel.

Cette année, 116 projets ont été soumis dans la province. Leur point commun : la générosité et la solidarité qui les sous-tendent.

Intergénérations Québec collige par la suite tous les projets soumis et les répertorie dans une plateforme intitulée Résot’âges. Accessible à tous par Internet, ce véritable catalogue de bonté permet d’inspirer d’autres organismes pour qu’ils créent à leur tour des lieux de rencontre entre les générations. Des lieux qui ont essaimé dans notre société moderne.

À Montréal, l’organisme PAS de la rue, qui accompagne les personnes âgées de 55 ans et plus vivant en situation d’itinérance ou de grave précarité, a développé le projet « Ensemble en action ».

Une initiative qui a permis de créer un espace de rencontre entre des personnes prises en charge par PAS de la rue et des jeunes de l’organisme Les Chemins du Soleil, qui a pignon sur rue dans l’arrondissement Ville-Marie.

Cet espace est vite devenu un lieu de discussions autour des thèmes de la discrimination, de l’intimidation et du stress. À travers des activités ludiques qui ont pris la forme, par exemple, d’une sortie dans un festival ou d’un jeu de société, des échanges sont nés.

« La manière dont ces aînés ont vécu la discrimination et comment ils l’ont surmontée ou ils ont agi pour la combattre, c’est un bagage qui vaut son pesant d’or pour des jeunes adolescents qui peuvent vivre des situations d’intimidation », souligne Fatima Ladjadj.

À Trois-Rivières, la résidence Les Marronniers a poussé cette idée de lieu de rencontre encore plus loin. Par son programme « Logement en résidence contre bénévolat », cette résidence privée pour personnes âgées offre l’hébergement gratuit à deux étudiants du niveau collégial ou universitaire en échange de 40 heures de bénévolat par mois. La seule condition : que ce bénévolat se traduise par des liens directs avec les résidents.

Un Québec solidaire

Pour Fatima Ladjadj, l’ensemble de ces initiatives — qu’elles soient à petit ou à grand déploiement — permettent de façonner un Québec ouvert, inclusif et solidaire.

En décloisonnant les générations et en créant des espaces de discussions et d’échanges entre les différentes strates de la société, la lutte contre l’exclusion sociale et la quête du bien-être collectif sont amplifiées, croit-elle.

« En s’entraidant, en étant solidaires, on crée un sentiment d’appartenance à la société, les préjugés tombent », souligne Mme Ladjadj.

Un rapprochement qui représente une plus-value pour toutes les générations, croit Mme Ladjadj. Pour les aînés, ces activités permettent de briser l’isolement et de goûter à ce sentiment d’utilité qui leur glisse souvent des mains.

Pour les plus jeunes, ces occasions de côtoyer la sagesse des plus âgés permettent d’acquérir certaines connaissances et compétences.

« Avant, lorsqu’on parlait d’échanges entre un aîné et un groupe de jeunes, on parlait d’une transmission de savoirs, explique Mme Ladjadj. Mais aujourd’hui, on parle plutôt de partage de savoirs ou encore de partage d’expériences. »

« Ce n’est pas une relation du haut vers le bas, mais vraiment un échange bilatéral », poursuit-elle.

Pour favoriser ces occasions de partage, Intergénérations Québec cherche à outiller un maximum d’aînés pour qu’ils puissent mener des activités d’échange avec les jeunes et créer des liens avec eux.

L’organisme a notamment mis sur pied le programme Part’Âge, qui offre un accompagnement aux organismes pour aînés qui veulent mettre sur pied des activités de partage d’expériences intergénérationnelles.

À Montréal, une soixantaine d’aînés ont été formés l’an dernier pour développer des activités dans neuf quartiers défavorisés de la métropole.

Intergénérations Québec souhaite maintenant étendre ce programme à toute la province. « On veut vraiment qu’il y ait des agents multiplicateurs en matière de rapprochement intergénérationnel partout au Québec, explique Mme Ladjadj. Nous voulons que tous les aînés aient cette piqûre pour l’intergénérationnel, pour qu’ils saisissent n’importe quelle occasion pour être proches des jeunes, pour partager avec eux leur vécu. »