Aucune trace des visites de Tony Accurso au maire de Laval

Au cours des deux dernières semaines, la poursuite a tenté de démontrer l’implication de M. Accurso dans un système collusionnaire «endémique» sur le territoire lavallois de 1996 à 2010.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne Au cours des deux dernières semaines, la poursuite a tenté de démontrer l’implication de M. Accurso dans un système collusionnaire «endémique» sur le territoire lavallois de 1996 à 2010.

Tony Accurso aurait bénéficié d’un « traitement particulier » à Laval. Il était le seul entrepreneur pour lequel aucune trace des échanges avec l’ex-maire Gilles Vaillancourt n’était gardée, a soutenu son ancienne adjointe, dernière à témoigner pour la Couronne au procès pour fraude et corruption de l’ex-entrepreneur en construction.

« M. Vaillancourt traitait assez rapidement les demandes de rencontre de M. Accurso. Ce qui était un peu particulier, c’est que je n’étais pas autorisée à écrire le nom de M. Accurso dans l’agenda. C’est la seule personne qui avait ce traitement particulier », a soutenu Josiane Pesant, qui a été la secrétaire du maire Vaillancourt, de 1997 à 2012.

Les deux hommes se rencontraient secrètement de deux à cinq fois par année, selon Mme Pesant, qui est devenue responsable exclusivement de l’agenda du maire en 2002. La secrétaire a indiqué ne jamais avoir eu de renseignement quant à la nature des sujets abordés entre les deux hommes.

« Les rencontres se faisaient au bureau du maire, mais il y a ensuite eu une période où elles se faisaient exclusivement à l’extérieur de l’hôtel de ville. C’était aux alentours de 2009, avec la médiatisation [des opérations] de l’UPAC », a-t-elle précisé.

À partir de 2009, l’ex-maire Vaillancourt est devenu très méfiant, a raconté Mme Pesant. « Il m’a demandé d’apporter une boîte de métal […] J’ai vu à deux reprises des invités déposer leur cellulaire dans la boîte de métal en retirant la pile. C’était pour ne pas que leur téléphone soit retracé », a-t-elle dit.

La secrétaire s’est souvenue d’avoir elle-même fourni la boîte en métal. « C’était à la demande du maire Vaillancourt, c’était une boîte de biscuits [métallique] », a-t-elle dit. La secrétaire avait également la responsabilité de déchiqueter chaque page de l’agenda de M. Vaillancourt.

Mme Pesant a été lundi la dernière personne à témoigner pour le ministère public.

Au cours des deux dernières semaines, la poursuite a tenté de démontrer l’implication de M. Accurso dans un système collusionnaire « endémique » sur le territoire lavallois de 1996 à 2010. La Couronne soutient que ce système « bien rodé » a profité à Louisbourg et à Simard-Beaudry, deux entreprises de construction appartenant à M. Accurso, dit la Couronne.

« La preuve vous démontrera que Tony Accurso était en contact régulier avec l’âme dirigeante du système, soit l’ex-maire Gilles Vaillancourt, et que plusieurs rencontres suspectes ont eu lieu entre les deux hommes », avait souligné le procureur de la Couronne, Me Richard Rougeau, lors de son exposé d’introduction.

L’ancien propriétaire des firmes Louisbourg et Simard-Beaudry fait face à des accusations de fraude, de corruption de fonctionnaire, d’abus de confiance et de complot dans le cadre d’un système de partage de contrats et de ristournes au parti de M. Vaillancourt. M. Accurso a plaidé non coupable à toutes ces accusations.

L’avocat de Tony Accurso, Me Marc Labelle a annoncé que son client présenterait une défense. Celle-ci débutera mercredi.

Accurso aurait payé une designer au DG

Lundi, le jury a également entendu le témoignage de Danielle Vigneault, une designer payée par M. Accurso pour le compte de l’ancien directeur général de Laval, Claude Asselin. Mme Vigneault a conseillé M. Asselin et sa femme qui se construisaient une maison au bord de l’eau, à Laval.

« C’était une maison de type manoir, avec deux garages et deux étages », a-t-elle décrit.

La designer a expliqué avoir été mandatée par M. Accurso pour qui elle avait déjà réalisé d’autres projets.

En contre-interrogatoire, l’avocat de M. Accurso a insisté sur la longue amitié de plus de 35 ans entre MM. Asselin et Accurso. Mme Vigneault a indiqué qu’il n’était pas rare que M. Accurso offre ses services à des « amis ». Elle a notamment conseillé l’ex-président de la FTQ-Constrction, Jean Lavallé, ainsi que l’ancien vice-président, Louis Bolduc.

Mme Vigneault n’a pas été en mesure de dire combien elle a été payée pour ses conseils.

Ce qui a été dit

Tony Accurso aurait remis 200 000 $ en argent comptant à Marc Gendron, un des anciens collecteurs de fonds de l’ex-maire. Cette somme correspondait à la ristourne de 2 % exigée par l’administration Vaillancourt pour l’obtention de contrats municipaux.

L’ancien entrepreneur aurait tenté de régler un litige concernant un contrat truqué, selon l’ancien directeur de la firme Valmont-Nadon, Gilles Théberge.

M. Accurso aurait rencontré le maire de deux à cinq fois par année. Les rencontres se faisaient à l’hôtel de ville jusqu’en 2009. À la suite des premières opérations de l’UPAC, les réunions se faisaient à l’extérieur du bureau.