La paille de plastique jetable, championne mondiale de la pollution

Les 1300 McDo du Royaume-Uni ont commencé en mai la distribution de tubes de remplacement en papier, et encore, uniquement aux clients qui demandent une paille.
Photo: Wilfredo Lee Associated Press Les 1300 McDo du Royaume-Uni ont commencé en mai la distribution de tubes de remplacement en papier, et encore, uniquement aux clients qui demandent une paille.

On peut être vert des deux côtés du mur. Le Chic Alors !, dans le secteur de Cap-Rouge à Québec, a reçu en février à Toronto le titre de restaurant le plus écolo du Canada distribué par l’organisme de certification LEAF. L’établissement est chauffé par géothermie et équipé de fours peu énergivores, il utilise une flotte de véhicules électriques, exploite ses propres ruches et possède un toit potager.

Le Chic Alors ! recycle 98,5 % de ses déchets et n’utilise aucun produit en plastique à usage unique. Même pas de pailles, qui sont maintenant en papier recyclé et donc compostées avec les restants d’assiettes.

« Dans un restaurant, tout est calculé, explique le propriétaire, Hugues Philippin. La marge de profit est faible, autour de 2,5 %. C’est rentable de réduire les pertes, y compris les gestes inutiles comme le tri des pailles souillées. En plus, franchement, boire à la paille c’est une mauvaise habitude. Un mouvement antipaille se développe dans le monde et c’est une bonne chose que la restauration le suive. »

Le mouvement est encore assez faible ici. Greenpeace évalue que les Canadiens utilisent 57 millions de tubes jetables par jour. Certaines estimations montent au milliard jeté quotidiennement dans le vaste monde. Chose certaine, si on mettait bout à bout toutes les pailles utilisées en une seule année ici-bas, on pourrait faire l’aller-retour Terre-Lune plusieurs fois.

« La paille est devenue le symbole des dommages immenses créés par les plastiques à usage unique, résume Loujain Kurdi, porte-parole de Greenpeace Canada. Le recyclage ne résoudra pas le problème. Il faut bannir les plastiques jetables. »

Sa collègue de la Fondation David Suzuki en rajoute. « On utilise vraiment trop de pailles, dit Louise Hénault-Éthier, chef des projets scientifiques. Boire au verre, ce n’est vraiment pas difficile. Cela dit, le problème de fond, c’est le plastique jetable. »

Une tortue

La courte paille cache la très, très longue poutre plastique faite de sacs, de bâtonnets de brassage, de gobelets, de bouteilles, d’assiettes ou de barquettes, tous jetables, tous polluants. Une paille en plastique ne peut être recyclée et met en gros deux cents ans à se décomposer. Le microplastique poursuit alors ses effets néfastes, y compris dans l’eau potable, comme l’a montré une étude de l’Université McGill l’an dernier.

La plupart des tubes à boire sont fabriqués en polypropylène, un dérivé du pétrole. Il faut donc des dizaines de millions d’années pour produire le matériel de base d’un objet qui ne sert au mieux que quelques minutes ou quelques secondes.

Les pailles et les bâtonnets de brassage arrivent au neuvième rang des débris de plastique les plus retrouvés sur les côtes. Neuf grands animaux marins sur dix, y compris les dauphins, les baleines et les oiseaux, ont absorbé du plastique. Les plus malchanceux en meurent.

Une vidéo virale filmée au Costa Rica, vraiment très pénible à regarder, montre l’arrachage à la pince d’une paille coincée dans le nez d’une tortue de mer. Elle a été visionnée plus de 25 millions de fois et elle a accentué la pression pour enrayer le fléau.

Voyez une tortue de mer se faire retirer une paille de plastique d'une narine (Avertissement: ces images sont très éprouvantes!)

Des solutions

Alors, que faire ? « Les choix individuels changent la donne et on peut refuser les pailles, tout simplement, répond Mme Hénault-Éthier en expliquant que son jeune fils est déjà conscientisé à cette possibilité. Il faut aussi une conscientisation qui dépasse l’action individuelle. Pouvons-nous laisser continuer la distribution gratuite, à grande échelle, de produits vraiment nocifs pour l’environnement et la santé ? Il faut donc aussi des réflexions des gouvernements et de l’industrie. »

Les gouvernements peuvent interdire le produit, tout simplement. Le mouvement est lancé.

L’île grecque de Sikinos vient tout juste de bannir les pailles en plastique à usage unique. Vancouver les interdira à compter du 1er juin 2019, tout comme le Royaume-Uni, qui refusera aussi les cotons-tiges en plastique.

L’Union européenne a dévoilé lundi un plan ciblant les dix produits en plastique à usage unique les plus polluants, dont les gobelets, les bouteilles et les pailles, évidemment. « Tous ces articles devront désormais être produits uniquement à partir de matériaux plus durables », dit le communiqué de la Commission européenne, qui prévoit aussi des surcharges à l’industrie pour le nettoyage et le traitement des déchets. Les nouvelles mesures seront transmises au Parlement de l’Europe, qui pourrait trancher avant les élections de 2019.

Le sommet du G7 de Charlevoix va discuter la semaine prochaine de l’adoption d’une charte sur le plastique. « Il nous faut légiférer sur des cibles de réutilisation, dit Mme Kurdi de Greenpeace. Ce n’est pas le cas au Canada, et il nous faudrait un cadre national. »

Montréal veut aussi bannir les bouteilles d’eau en plastique à usage unique dans ses différents bâtiments municipaux. Le changement devrait aussi viser les pailles, mais ne s’appliquera pas sur l’ensemble du territoire, dans tous les restaurants par exemple.

Recycler

La pression et la conscientisation forcent les entreprises à s’adapter. Des géants comme Évian, L’Oréal, Mars, M&M, PepsiCo, Coca-Cola, Unilever et Walmart, qui, ensemble, utilisent plus de six millions de tonnes métriques d’emballage plastique chaque année, se sont engagés il y a quelques semaines à n’utiliser que des emballages réutilisables, recyclables ou compostables d’ici 2025.

Les 1300 McDo du Royaume-Uni ont commencé en mai la distribution de tubes de remplacement en papier, et encore, uniquement aux clients qui demandent une paille. À elle seule, cette mesure va éliminer des centaines de millions de tubes néfastes par année.

Les écologistes reconnaissent la valeur du geste tout en le trouvant insuffisant. « Le recyclage, ce n’est pas la solution, dit finalement Mme Kurdi, porte-parole de Greenpeace. Ce n’est qu’une partie de la solution. On le voit bien au Québec, où nous n’arrivons pas à gérer nos déchets recyclables. Le problème ne sera pas réglé en recyclant plus : il faut vraiment réduire la production à la base. On est bien conscient qu’on a encore besoin du plastique, par exemple dans les hôpitaux. Mais celui à usage unique doit être prohibé dans les usages quotidiens. »

7 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 2 juin 2018 03 h 58

    sommes nous capables d'invercer le processus

    l'invention du sciècle va-t-il être l'arrèt de mort de la vie, voila la question qu'il faudrait peut être se poser, des poissons qui sont sur le point de disparaitrent parce qu'ils ont ingérés trop de plastique, sommes nous capables d'invercer le processus, voila la vraie question

  • Jacques Morissette - Abonné 2 juin 2018 04 h 03

    L'environnement et la paille de plastique.

    Pour sensibiliser, j'espère, les esprits ouverts.

  • Luc Le Blanc - Abonné 2 juin 2018 10 h 19

    Sous le plastique, la plage

    Je suis surpris que l'on se jette sur la paille de plastique, sans jamais mentionner ce qui m'a sauté aux yeux sur toutes les plages du monde que j'ai visitées: les applicateurs de tampons hyghiéniques, eux aussi à usage unique. Craint-on de pratiquer le sexisme en dénonçant ce déchet? Pourtant, la variété en carton existe déjà.

  • Christian Gagnon - Abonné 2 juin 2018 17 h 40

    Citoyens tous ensemble !

    Oublions gouvernement et corporations - ceux-là sont main dans la main pour nous embêter et ne penses qu'aux intérêts corporatifs - voyez plutôt ce qui se passe avec les pesticides, glyphosates/round up ou néonicotinides, pour eux, l'intérêt corporatifs apparaît plus important que la santé des citoyens!
    Seuls les citoyens conscientisés peuvent y faire queques choses et tous ensemble, le peuple unis soulèvera des montagnes !
    Bon courage à tous !

  • Marguerite Paradis - Abonnée 2 juin 2018 18 h 28

    POURQUOI DES « PRODUITS » NON RECYCLABLE?

    Honnêtement, je ne comprends pas pourquoi il existe toujours des produits non recyclables?
    Qu'est-ce qu'on attend pour mettre les compagnies au pas?