La pression populaire pour lutter contre l’obsolescence programmée

Laetitia Vasseur a cofondé l’association HOP (pour «halte à l’obsolescence programmée») en 2015.
Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir Laetitia Vasseur a cofondé l’association HOP (pour «halte à l’obsolescence programmée») en 2015.

Pour lutter contre l’obsolescence programmée et faire bouger gouvernements et entreprises, il faut que les citoyens se mobilisent et unissent leurs voix, plaide Laetitia Vasseur, la cofondatrice d’une association française dont la plainte déposée il y a quelques mois a fait trembler Apple.

« Les entreprises sont très sensibles à ce que veulent les consommateurs, surtout lorsqu’ils l’expriment clairement. Et les gouvernements ont bien compris que les citoyens sont aussi des consommateurs et des électeurs, affirme Mme Vasseur en entrevue au Devoir, à l’occasion de son passage à Montréal pour l’événement Movin’ On. Il faut s’organiser pour avoir une voix commune et porter un message clair. »

Laetitia Vasseur a cofondé l’association HOP (pour « halte à l’obsolescence programmée ») en 2015. Son organisation a déposé en septembre dernier une plainte contre des fabricants d’imprimantes comme HP, Canon et Epson, en les accusant de raccourcir délibérément la durée de vie de leurs imprimantes et de leurs cartouches.

L’association a récidivé en décembre en s’attaquant cette fois à Apple : elle a porté plainte en avançant que le géant américain réduit la performance et la durée de vie de ses appareils moins récents afin d’accélérer leur remplacement.

En attendant que ces deux plaintes cheminent dans le système judiciaire, Mme Vasseur se réjouit de voir que son travail de sensibilisation porte ses fruits.

« On voit que l’obsolescence programmée est un sujet qui devient international, dit-elle. Si ce message arrive jusqu’aux multinationales, on peut voir du changement. »


Comment lutter contre l'obsolescence programmée?


S’inspirer de la France ?

Mme Vasseur a travaillé à l’élaboration de la loi adoptée en France en 2015, qui prévoit une peine maximale de deux ans et une amende de 300 000 euros (près de 450 000 $) pour les fabricants reconnus coupables de « réduire délibérément la durée de vie d’un produit pour en augmenter le taux de remplacement ».

Le gouvernement français compte également imposer d’ici 2020 l’affichage d’une étiquette indiquant la durée de vie des appareils électroménagers et électroniques.

La cofondatrice de HOP croit que le Québec pourrait s’inspirer de ces mesures législatives, tout en précisant que les gouvernements, les entreprises et les citoyens ont tous un rôle à jouer.

« Je pense que c’est en avançant sur tous les fronts qu’on arrive à créer des coalitions vertueuses, souligne-t-elle. On a tous notre part de responsabilité et on peut tous agir à notre échelle. »

Équiterre a publié la semaine dernière une première étude pancanadienne sur l’obsolescence des objets et sur le comportement des consommateurs au Canada.

On y apprend notamment que la très grande majorité des Canadiens estime que les appareils électroniques et électroménagers sont volontairement conçus pour ne pas durer, mais que moins de 50 % des consommateurs croient qu’ils ont un rôle à jouer pour lutter contre le phénomène.

Le rapport indique également que seulement un Canadien sur cinq fait réparer ses appareils électroménagers et qu’un sur quatre le fait pour ses appareils électroniques.

Pour faire changer les choses au quotidien, Laetitia Vasseur conseille aux citoyens de réparer leurs objets lorsque c’est possible, de favoriser l’achat de produits d’occasion et de donner les objets dont ils ne veulent plus plutôt que de les jeter.

6 commentaires
  • Jacques Tremblay - Inscrit 1 juin 2018 06 h 57

    Réparations

    Le problème avec les réparations, c'est qu'elles coutent plus cher que l'achat d'un appareil neuf. Les pièces de remplacement coutent très cher et les coûts de main d'oeuvre pour effectuer la réparation sont inabordables. Lorsqu'un réparateur facture dabord $75 pour amener son véhivule à votre domicile, et qu'ensuite il vous facture autour de 120$ l'heure, en plus des pièces qui sont très dispendieuses, le total de la réparation approche la plupart du temps le coût de remplacement de l'appareil. Sans compter que l'appareil garde son âge et risque de briser encore sous peu. Le calcul est simple. Pour quelques dollars de plus vous pouvez avoir un appareil neuf et guaranti pour quelques années.

    • Jean Richard - Abonné 1 juin 2018 09 h 29

      Le prix excessif des pièces de rechange échappe à tout contrôle. Ça va parfois plus loin quand elles deviennent inaccessibles. Il semble que ce soit devenu périlleux pour les gouvernements en place de forcer les industriels à cesser ce jeu de l'irréparabilité.

      L'industrie de la réparation a aussi quelque chose à y voir. Situation réelle et typique : le contôle électronique d'un appareil domestique fait défaut. Coup de fil à un atelier de réparation et le verdict : il faut changer tout le boîtier, pour environ 575 $ à quoi s'ajoute une heure de travail du technicien à 100 $ l'heure, une heure de déplacement au même tarif et des frais d'utilisation du véhicule d'atelier de 50 $. À tout ça il faut ajouter la TPS et la TVQ, ce qui fait qu'on s'approche des 1000 $. En regardant la chose de plus près, le diagnostique est pourtant facile : un petit relais électromécanique a flanché. Coût de la pièce : moins de 3 $. Travail requis : quatre bornes à dessouder pour enlever la pièce et quatre soudures pour installer la nouvelle. Temps requis : moins de 15 minutes. Il est clair que la voracité des réparateurs joue contre eux à moyen terme.

      Le gouvernement a aussi à y voir. Quand on a mis en place la taxe sur les produits et services, on a opté pour un taux uniforme (avec de rares exceptions). La taxe sur les services a permis de réduire celle sur les produits, de sorte que le prix d'une réparation augmentait et celui de l'acquisition d'un produit neuf diminuait. Cette taxe sur les services a servi les intérêts des grands industriels, au détriment des petits ateliers bien souvent.

    • François Beaulé - Abonné 1 juin 2018 09 h 30

      La solution est que les gouvernements rendent obligatoires de longues garanties explicites. Actuellement, au Québec, la garantie légale excède de beaucoup la garantie explicite des manufacturiers. Sauf que le consommateur doit utiliser la Cour des petites créances pour faire respecter la garantie légale, ce qui cause des ennuis et des délais. En pratique, la plupart des consommateurs évitent le processus judiciaire et jettent leurs appareils défectueux.

      Par exemple, il faudrait que le gouvernement fédéral impose des garanties explicites de 5 ans sur les petits
      appareils électroménagers et de 10 ans sur les gros. Cela inciterait les fabricants à produire des appareils de meilleure qualité et beaucoup plus durable puisque le coût accru de fabrication serait amplement compensé par des réparations beaucoup moins fréquentes.

      Sur les véhicules automobiles, déjà depuis quelques années, la compagnie Hyundai-Kia offre des garanties standard de 5 ans. Et Volkswagen, depuis peu, offre une garantie de 6 ans aux États-Unis mais seulement 4 ans au Canada. Les constructeurs d'automobiles devraient être obligés de fournir des garanties de 10 ans.

      Les garanties optionnelles ne font pas l'affaire puisqu'elles n'ont pas d'impact sur la qualité initiale des biens. Ce sont les consommateurs qui les financent, incluant un bénéfice pour les compagnies d'assurance !

    • Nadia Alexan - Abonnée 1 juin 2018 17 h 01

      L'obsolescence planifiée veut dire que les fabricants programment les machines pour une courte durée de vie, afin que les consommateurs continuent à acheter des biens sans arrêt. L'idée est basée sur la doctrine de la croissance éternelle, pour soi-disant stimuler l'économie, mais sans aucun souci pour nos ressources planétaires qui sont elles limitées.
      Pensez au frigidaire de nos parents qui vivait pour plus que 30 ans, toute une vie, tandis que les frigidaires de nos jours ne durent que pour 5 ans. C'est seulement avec la pression citoyenne que les gouvernements vont corriger cette irrationalité.

  • Louis-Philippe Tessier - Abonné 1 juin 2018 08 h 26

    Ne pas taxer la réparation.

    Les deux paliers de gouvernements pourraient ne pas taxer les pièces et la réparation des biens de consommation. Du simple grille-pain aux véhicules. De plus, de la formation pourrait être offerte au niveau parascolaire pour démystifier la réparation d'objet de tous les jours.

  • Jean Richard - Abonné 1 juin 2018 08 h 59

    Et quand l'obsolescence planifiée passe par les gouvernements ?

    L'objet le plus énergivore à construire, à utiliser et à recycler (ou plutôt à disposer puisqu'il est très peu recyclable), c'est sans aucun doute la voiture. Et là où on n'en construit pas, c'est aussi une tare économique.

    Il y a quelques années à peine, les voitures rouillaient très vite et n'étaient pas très fiables. Devant la grogne des acheteurs, les constructeurs n'avaient plus le choix : livrer des voitures plus fiables et plus durables. Une voiture qui fait 300 000 km et dure 15 ans n'a rien d'exceptionnel.

    L'obsolescence planifiée orchestrée par les constructeurs étant commercialement périlleuse, ces derniers ont fait appel aux gouvernements pour mettre sur pieds des programmes de soutien caché à cette industrie, avec la pollution atmosphérique comme alibi.

    https://www.ledevoir.com/economie/253672/automobile-pour-un-programme-bonifie-de-mise-au-rancart

    Il est clair que l'industrie était derrière ces programmes de mise au rancart massive, sans faire de distinction entre des voitures encore en mesure de rouler pendant plusieurs années, quitte à faire une mise à jour des dispositifs anti-pollution, On a construit des voitures plus durables, mais pour éviter que ça ne mène à une diminution des ventes, on a utilisé des moyens plus détournés pour justifier la mise au rancart de véhicules encore aptes à rouler. La pollution atmosphérique a le dos large...

    Au Québec, on continue à acheter des voitures et encore des voitures. Mais comme le marché est pratiquement saturé (une majorité d'adultes ont une voiture individuelle), il faudra bien un programme pour mousser les ventes de véhicules neufs. Il est facile de prévoir que la pollution atmosphérique sera encore utilisée comme alibi, le tout enrobé d'une indépendance énergétique imaginaire en substituant le pétrole à l'électricité. Dès que les constructeurs seront prêts, Québec va passer à l'attaque avec de généreux programmes d'obsolescence planifiée et imposée. On voit les choses venir...