Le procès Weinstein pourrait demeurer une exception dans le mouvement #MeToo

Le producteur de cinéma déchu Harvey Weinstein a été inculpé vendredi à New York pour un viol commis en 2013 et une fellation forcée en 2004, une première saluée par plusieurs figures de proue du mouvement #MeToo.
Photo: Pool / Getty Images / Agence France-Presse Le producteur de cinéma déchu Harvey Weinstein a été inculpé vendredi à New York pour un viol commis en 2013 et une fellation forcée en 2004, une première saluée par plusieurs figures de proue du mouvement #MeToo.

L’arrestation du producteur déchu Harvey Weinstein à New York, vendredi, représente un moment marquant pour le mouvement #MeToo, mais son cas pourrait demeurer une exception alors que des obstacles légaux rendent difficile le dépôt d’accusations contre d’autres vedettes hollywoodiennes visées par des allégations d’inconduite sexuelle.

Des hommes comme Kevin Spacey et Mario Batali font toujours l’objet d’enquêtes, mais les prochaines accusations déposées en lien avec la vague de dénonciations pourraient bien viser encore une fois Harvey Weinstein.

L’ex-magnat du cinéma demeure dans le collimateur des enquêteurs à Los Angeles et à Londres.

Selon Stacey Honowitz, une procureure qui a mené de nombreux dossiers de crimes sexuels dans le comté de Broward, en Floride, il est très peu probable que les autorités des autres juridictions abandonnent leurs enquêtes parce qu’un procès est déjà prévu à New York.

D’après Mme Honowitz, il est même fort probable que les procureurs redoublent d’ardeur en sachant qu’ils ont en main un dossier qui peut mener à des accusations.

L’experte mentionne aussi qu’il ne faut jamais tenir pour acquis que les accusations vont mener à une condamnation. D’ailleurs, Harvey Weinstein a plaidé non coupable vendredi à une accusation de viol et un autre crime de nature sexuelle à New York.

« Personne ne va mettre la pédale douce. Personne ne va lancer la serviette et laisser New York s’occuper du dossier », insiste Me Stacey Honowitz qui rappelle l’importance de la « force du nombre ».

Un autre expert, le professeur Stanley Goldman de la Loyola Law School à Los Angeles, croit que la condamnation de Bill Cosby, le mois dernier, a sans doute eu un effet d’entraînement pour encourager les procureurs à déposer des accusations dans de vieux dossiers. Les crimes reprochés à Bill Cosby remontaient à 2004.

« Je pense que la condamnation de Bill Cosby leur donne réellement espoir que l’atmosphère a changé et que les vieux dossiers où les faits sont difficiles à prouver ont peut-être plus de chances de réussite aujourd’hui », a expliqué M. Goldman vendredi.

Malgré tout, les allégations du mouvement #MeToo demeurent difficiles à démontrer en cour.

En décembre, la police de Los Angeles a révélé qu’elle enquêtait sur 27 personnalités du monde du spectacle, mais personne n’a encore été arrêté. Les procureurs du comté de Los Angeles ont même mis sur pied une équipe extraordinaire en novembre pour étudier les dossiers, mais aucun n’a encore pu se concrétiser par des accusations.

Le plus grand obstacle auquel font face les autorités demeure le délai de prescription qui s’applique à de nombreux cas cités par les mouvements #MeToo et Time’s Up puisque de nombreuses victimes ont mis des années à trouver le courage d’aller de l’avant et de briser le silence pour dénoncer leur agresseur.

Des centaines de femmes ont notamment affirmé avoir été victimes de gestes à caractère sexuel posés par l’auteur et réalisateur James Toback. Les procureurs ont toutefois refusé de déposer des accusations contre lui en avril dernier après la révision de cinq dossiers. Dans chaque cas, le délai de prescription avait été écoulé selon les procureurs.

La Californie a récemment éliminé le délai de prescription pour les accusations de viol, imitant d’autres États. La loi devient donc plus favorable pour les futurs dossiers, mais les cas qui précèdent le changement de législation ne sont pas admissibles.