Les idées en déclin

Les idées vivent et meurent aussi dans le champ intellectuel.

Nationalisme et socialisme
« En France, le socialisme et le gaullisme se sont effondrés rapidement », note le professeur Marc Angenot, historien des idées, en ajoutant que les sociétés, au contraire des théories évolutives, ne vivent pas de fatalité. « Il ne reste que le néolibéralisme, qui semble plutôt une gestion technologique d’une société qui ne sait pas où elle va. »

Le Québec francophone a longtemps cru marcher vers sa libération nationale et les intellos ont accompagné et théorisé cette option en remplissant des bibliothèques entières.

Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le nationalisme québécois était un mouvement à son apogée lors du référendum de 1995.

« Le nationalisme s’est effondré au Québec, dit le professeur Angenot. Il était pourtant parti pour longtemps. L’explication générationnelle, dire que c’était un truc de baby-boomers et qu’il y avait une date de péremption, comme sur les pots de confiture, ça dit quelque chose, mais ça ne dit pas grand-chose.

« Que les idées émergent, se développent et disparaissent, c’est un constat, pas une explication. Il y a pourtant des idées zombies qui ne meurent pas, celle de l’Apocalypse par exemple. »

Postmodernisme

Avons-nous basculé dans une société différente de la modernité ? L’idée de la rupture née dans les théories littéraires des années 1960 est conceptualisée en architecture au début des années 1970, puis en « théorie du savoir » dans une synthèse préparée par le philosophe français Jean-François Lyotard (décédé il y a tout juste 30 ans, en avril 1998) à la demande du Conseil des universités du Québec.

Les savoirs éclatent et le temps des « grands récits » de la modernité est terminé, dit le texte Les problèmes du savoir dans les sociétés industrielles les plus développées, qui sera republié sous le titre La condition postmoderne. Lyotard affirme que la mort des explications englobantes de la société moderne (comme celle du marxisme) délégitimées par l’histoire (le goulag) transforme le savoir en une « marchandise informationnelle ».

Le concept a fait fortune dans les universités anglophones. Au tournant du siècle, 20 % des auteurs des principales revues de sociologie de Grande-Bretagne se réclamaient du postmodernisme.

Ici, le sociologue Michel Freitag (1935-2009) et ses émules incarnent une pensée critique de la société postmoderne maintenant concentrée dans le Collectif Société, qui organisait le colloque sur la pensée de Marx cette semaine à l’UQAM.

En théorie sociale, les « ismes » structurent la pensée. « Tous les machins qui avaient une sorte de drapeau, comme le structuralisme, le fonctionnalisme ou le postmarxisme, se sont dégonflés comme des baudruches », dit Marc Angenot, historien des idées de McGill. « Ils ne sont pas remplacés dans la mesure où, dans la vie intellectuelle, les nouveaux “ismes” ne forment pas un tout cohérent. »

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