Un jeune athlète sur quatre victime de violence sexuelle

Selon l'étude, les victimes sont aussi nombreuses chez les garçons que chez les filles, une situation qui semble unique au monde du sport.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Selon l'étude, les victimes sont aussi nombreuses chez les garçons que chez les filles, une situation qui semble unique au monde du sport.

Un jeune athlète sur quatre rapporte avoir été victime de violence à caractère sexuel en contexte sportif, révèle une nouvelle étude qui chiffre pour la première fois la prévalence de ce phénomène au Québec.

« Chaque fois que je présentais des chiffres sur la violence sexuelle en milieu sportif, je devais me référer à des données belges ou allemandes, car il y a très peu d’études sur le sujet. Et on me répondait toujours : peut-être que ce n’est pas pareil au Québec. Eh bien maintenant, on les a, ces chiffres pour le Québec. Et ceux-ci démontrent clairement qu’il y a urgence d’agir », soutient la chercheuse Sylvie Parent de l’Université Laval, qui a piloté l’enquête.

La chercheuse a sondé plus de 1000 jeunes athlètes, âgés de 14 à 17 ans, qui évoluent dans le sport organisé au Québec. De ceux-ci, 28 % ont rapporté avoir vécu au moins un épisode de violence sexuelle.

C’est « beaucoup », constate la chercheuse, qui précise que la définition de violence sexuelle utilisée dans le questionnaire est « assez large ».

On parle de harcèlement — déshabiller du regard, frôlements répétés, gestes de fellation ou autre remarque à caractère sexuel non désirée et ayant rendu la personne mal à l’aise — jusqu’au viol, en passant par la production de matériel pornographique.

La chercheuse a également pris la peine de ne pas utiliser les mots « forcés » ou « non désirés » pour parler des rapports sexuels avec un entraîneur, ayant constaté au fil du temps que « beaucoup de jeunes normalisent les relations sexuelles avec l’entraîneur et n’ont donc pas eu l’impression d’être forcés, même si, par définition, il ne peut y avoir de consentement lorsqu’une personne est en position d’autorité ».

Victimes et agresseurs

Dans 88 % des cas, les jeunes avaient été victimes de gestes qui entrent dans la catégorie de harcèlement sexuel.

Et il n’y a pas que les entraîneurs qui sont en cause. En effet, près de 60 % des jeunes disent avoir été victimes d’un autre athlète, et 20 % de leur entraîneur. Enfin, un peu plus de 20 % des jeunes disent avoir été la cible à la fois d’un entraîneur et de coéquipiers.

Sept victimes sur dix ont subi un ou deux épisodes de violence sexuelle. Deux sur dix rapportent avoir vécu entre trois et dix épisodes, et une sur dix rapporte plus de dix événements. « Ça, c’est un résultat important, parce qu’on voit que ce ne sont pas des épisodes uniques », affirme la chercheuse.

Tous ces résultats étaient plus ou moins attendus par Sylvie Parent, qui s’intéresse à ces questions depuis très longtemps. Mais ce qui mystifie la chercheuse, c’est que les victimes sont aussi nombreuses chez les garçons que chez les filles, une situation qui semble unique au monde du sport.

« On ne comprend pas encore pourquoi les athlètes masculins sont aussi à risque que les athlètes féminines, alors que lorsqu’on sort du contexte sportif, dans la population en général, les femmes sont quatre fois plus à risque d’être victimes de violence sexuelle que les hommes. »

La pointe de l’iceberg ?

Il reste encore plusieurs informations à aller chercher pour mieux comprendre le phénomène, ajoute Sylvie Parent. Dans des recherches plus poussées, elle compte interroger les jeunes sur le sexe de l’agresseur, le type de sport pratiqué et le contexte dans lequel l’agression sexuelle s’est produite. « On veut notamment explorer la piste des initiations, car on a des hypothèses dans la littérature scientifique qui nous mènent là. »

Elle note également que son étude ne tient pas compte de tous ceux qui auraient abandonné le sport, justement en raison de ces violences sexuelles. « Peut-être qu’on a seulement la pointe de l’iceberg », lance la chercheuse au téléphone.

Ce qu’elle peut dire avec certitude, par contre, c’est que ces violences sexuelles laissent des traces chez les jeunes victimes. « On est vraiment allé chercher des choses intéressantes sur le plan des répercussions, ce qui n’avait pratiquement jamais été fait à travers le monde, affirme Mme Parent. Ainsi, on peut le dire clairement : peu importe la fréquence, peu importe que tu sois un garçon ou une fille, peu importe qui est l’agresseur, il y a des répercussions. Les victimes ont une estime de soi plus faible, une détresse psychologique plus grande et rapportent aussi des symptômes d’état de choc post-traumatique. »

Prévention

Malgré ces données préoccupantes et « l’urgence d’agir », la chercheuse tente de rassurer les parents. « Je ne veux pas dire aux gens de ne plus inscrire leurs enfants dans des activités sportives. Il ne faut pas faire peur au monde, mais il faut reconnaître qu’il y a un problème et trouver des façons de s’y attaquer. »

Elle recommande aux parents de s’informer des politiques mises en place dans l’organisation sportive où leur enfant évolue et rappelle qu’il existe une ligne d’écoute, nouvellement mise en place par l’organisme Sport-Aide, qu’elle a cofondé, pour les parents, les athlètes et les organisations sportives qui ont besoin d’aide.

« On travaille présentement à rendre le milieu plus sécuritaire, mais il y a encore beaucoup à faire. Il va falloir notamment former les entraîneurs et développer des interventions pour les filles et les garçons, interventions qui ne viseront pas uniquement les entraîneurs, parce qu’on voit bien que les agressions sont plus souvent commises par les autres athlètes, mais on a très peu d’outils d’intervention sur ce plan. »

Sylvie Parent présentera le résultat de son enquête jeudi dans le cadre du Colloque sur les violences interpersonnelles qui se tient à l’Université de Montréal cette semaine.

1 commentaire
  • denis jeffrey - Abonné 24 mai 2018 07 h 56

    Manque de perspective

    Ce type d'enquête manque de perspective. C'est-à-dire qu'il manque un comparable pour mesurer la valeur des données colligées. Par exemple, les mêmes questions doivent être posées aux mêmes athlètes, mais en relation avec un autre milieu de vie. Dès lors, la chercheure pourrait se rendre compte qu'un atlète vie peu de violence en milieu sportif à côté de celle qui peut vivre dans d'autres milieux de vie. Cela vient relativiser les données qui, sinon, ont un caractère asbolu.