Exploitation sexuelle: six mois de prison à domicile pour Luck Mervil

Luck Mervil a serré une proche dans ses bras à sa sortie de la salle d’audience, mercredi, au palais de justice de Montréal.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Luck Mervil a serré une proche dans ses bras à sa sortie de la salle d’audience, mercredi, au palais de justice de Montréal.

La femme qui a été exploitée sexuellement par Luck Mervil lorsqu’elle était mineure a quitté le palais de justice désillusionnée, même si elle savait d’avance que le chanteur éviterait la prison ferme.

« Elle vit du désappointement et une certaine frustration », a concédé la procureure de la Couronne, Me Anne Gauvin.

Luck Mervil a été condamné mercredi à une peine de six mois de prison à domicile après avoir reconnu avoir exploité sexuellement l’adolescente en 1996 alors qu’elle était âgée de 17 ans.
 

Voyez la réaction de Luck Mervil à sa sentence

 

 

La juge Hébert a ainsi accepté la suggestion commune des avocats de la Couronne et de la défense dans ce dossier.

« Un juge doit accorder beaucoup de respect à une suggestion commune. Il peut intervenir uniquement si elle est totalement déraisonnable », indique l’avocat criminaliste Walid Hijazi.

D’ailleurs, la juge Hébert souligne dans son verdict que les suggestions communes, obtenues en échange d’un aveu de culpabilité, constituent un avantage autant pour la victime que pour l’accusé et le système judiciaire.

« Il ne faut pas chercher de gagnant ou de perdant. Il est dans l’intérêt collectif que les dossiers se règlent », rappelle Me Hijazi.

Luck Mervil devra demeurer chez lui 24 heures sur 24 durant les trois premiers mois de sa peine — sauf pour aller à l’épicerie les lundis, pour aller reconduire son fils à l’école ainsi que pour son travail, qu’il soit rémunéré ou non. Il purgera ensuite les trois autres mois avec un couvre-feu la nuit suivi d’une probation de 12 mois.

L’auteur-compositeur semblait satisfait du dénouement du dossier à sa sortie du palais de justice. Avant l’audience, il a même pris la peine d’enregistrer une vidéo publiée sur Internet où il s’excuse rapidement « à la personne qui a porté plainte » et où il critique le travail des médias qui ont couvert les procédures.

Interrogations

Dans les couloirs du palais, des proches de la victime se désolaient de la sentence « bonbon » obtenue par Luck Mervil. Une réaction qui n’étonne pas la professeure de droit à l’UQAM Rachel Chagnon.

« Pour M. Mervil, c’est quand même une bonne nouvelle. Il reçoit la peine minimum après l’absolution inconditionnelle. Le seul meilleur scénario pour lui aurait été d’être innocenté, ce qui visiblement n’était pas possible puisqu’il a décidé de plaider coupable », indique celle qui dirige également l’Institut de recherches et d’études féministes.

Mme Chagnon s’interroge toutefois sur certains arguments de la juge Hébert. Celle-ci écrit dans son jugement que la victime « tire avantage » de la suggestion commune « puisqu’elle n’a pas à témoigner, ce qui lui épargne le coût émotionnel associé à un témoignage ».

Pourtant, la victime de M. Mervil a témoigné à deux reprises lors des procédures. Une première fois à l’enquête préliminaire, où elle a livré toute sa version, puis la semaine dernière lors des observations sur la peine, quand elle s’est adressée au tribunal pour raconter la détresse vécue à la suite des événements.

« J’aimerais être éclairée là-dessus parce que, parfois, c’est un réflexe de tenir pour acquis que ça offre un avantage, alors que dans ce cas-ci, la victime a témoigné », dit Mme Chagnon.