Pont Jacques-Cartier: gare aux chicanes

Ce printemps, à la suite d’une étude commandée à une firme privée, la Société des ponts a remplacé ses habituels blocs de béton par des plaques de métal placées à la hauteur des guidons des vélos.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir

Ce printemps, à la suite d’une étude commandée à une firme privée, la Société des ponts a remplacé ses habituels blocs de béton par des plaques de métal placées à la hauteur des guidons des vélos.

Les chicanes du pont Jacques-Cartier, ces installations vouées à ralentir les cyclistes sur la piste multifonction, causent plus de soucis que de profit pour la sécurité des usagers.

Bien au fait des plaintes qui s’accumulent, la Société des ponts Jacques-Cartier et Champlain ne cache pas qu’il y a de sérieux problèmes avec ces nouvelles installations.

« C’est sûr qu’il va y avoir des ajustements », affirme Claudia Charbonneau, la porte-parole de la Société, sans pouvoir préciser quand des changements seront apportés.

Ce printemps, à la suite d’une étude commandée à une firme privée, la Société des ponts a remplacé ses habituels blocs de béton par des plaques de métal placées à la hauteur des guidons des vélos.

Installées par groupes de trois entre Montréal et Longueuil, ces installations laissent si peu de place à la manoeuvre des vélos que des cyclistes sont tombés. Sur Facebook, plusieurs se plaignent des dangers créés par ces installations qui rendent le contrôle du vélo hasardeux.

La Société des ponts n’était pas à même de déterminer mardi qui avait obtenu ce contrat d’étude préalable à l’installation de ces chicanes sur le pont. Selon la porte-parole Nathalie Lessard, qui a rappelé Le Devoir à ce sujet, il s’agirait apparemment « d’un contrat confidentiel ». « Il nous reste à valider des informations à ce sujet », a-t-elle ajouté.

« Je n’ai jamais entendu autant de commentaires négatifs », dit Suzanne Lareau, la directrice de l’organisme Vélo Québec. « Si la société des ponts se fait poursuivre par quelqu’un, ils vont se faire ramasser », dit Suzanne Lareau.

Chutes et blessures

 

Une cycliste habituée du pont a photographié un accident survenu il y a quelques jours. Ces images montrent un cycliste tenter de déprendre son vélo qui s’est incrusté dans une des chicanes de métal. La disposition des chicanes force les cyclistes à s’engager dans un étroit passage sinueux où le maniement du vélo est mis à très rude épreuve.

Un journaliste de TVA est tombé là il y a quelques semaines. « Son sac s’est accroché dans la chicane et il est tombé sur l’épaule », affirme Suzanne Lareau. Contacté par Le Devoir, le journaliste Denis Thériault n’a pas voulu commenter davantage, tout en confirmant qu’il était bel et bien tombé, puis s’était vite relevé. « Va demander aux cyclistes qui passent là. Ils vont te le dire, ce qu’ils en pensent ! » Lundi après-midi, une équipe de la Société des ponts s’afférait à réparer une chicane après qu’un cycliste l’eut violemment heurtée.

La porte-parole de la Société des ponts, Claudia Charbonneau, ne cache pas son malaise. La Société a recueilli plusieurs critiques, répète-t-elle. Des accidents graves ? « On a répertorié un accident impliquant une dame. Elle est partie en ambulance. »

Au Devoir, Gilles Goyer témoigne que son épouse a été sérieusement blessée en heurtant une de ces chicanes. « Elle a accroché le troisième obstacle, à la hauteur de l’île Sainte-Hélène. Elle s’est fait très mal. Elle ne bougeait plus. Elle a été plusieurs jours en fauteuil roulant. Depuis, elle n’est pas remontée sur son vélo. Quand la police est arrivée, je leur ai dit qu’ils ne manqueraient pas de plaintes cet été avec ces chicanes ! »

Cycliste d’expérience, Gilles Goyer circule depuis trente ans sur le pont Jacques-Cartier. « Deux chicanes suffisent à ralentir un cycliste. La troisième devient tout simplement dangereuse. Je suis allé voir les commentaires sur Facebook. Tout le monde dit que c’est dangereux ! »

Pourquoi ne pas tout bonnement espacer davantage les chicanes ou en laisser seulement deux ? « Cela nécessite des appels d’offres et des processus qui sont très longs », explique la Société des ponts au Devoir. « Il faut aussi faire des essais. Je sais qu’il y a eu des tests avec des poussettes doubles pour s’assurer qu’elles passent. »

En attendant d’autres tests, les tandems et les grands vélos ne passent pas aisément dans ces nouvelles chicanes. Il est aussi bien difficile de faire passer une simple remorque pour les enfants, comme en témoignent les membres du site Facebook Vélo d’hiver. « Un tandem, il faut le soulever à bout de bras afin de le passer par-dessus les obstacles ! » explique Suzanne Lareau.

Quand la situation sera-t-elle corrigée, vu les longs délais de l’administration du pont ? Nul ne sait. « C’est long chez nous, parfois, ces processus », se contente de répondre la Société des ponts. Sans compter que la signalisation qui doit permettre de mieux utiliser ces chicanes n’a pas encore été installée depuis le début de la saison. Qu’est-ce qu’on attend ? « On a recueilli plusieurs commentaires et on les a transmis au concepteur. Il va revoir le concept et faire d’autres tests. L’idée est de ralentir la circulation. Mais on sait bien que la piste cyclable va bientôt être encore plus utilisée », en raison de la belle saison.

Suzanne Lareau estime que l’idée de ces chicanes est tout simplement mauvaise. « En mettez-vous des chicanes pour réduire la vitesse des autos qui vont trop vite ? Quand la solution crée plus de problèmes que le mal qu’elle est censée corriger, il y a un très gros problème. Et c’est bien le cas ici. »

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