Procès à Laval: Accurso aurait tenté de régler une erreur de contrat truqué

Tony Accurso fait face à des accusations de fraude, de corruption de fonctionnaire, d’abus de confiance et de complot dans le cadre d’un système de partage de contrats et de ristournes.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Tony Accurso fait face à des accusations de fraude, de corruption de fonctionnaire, d’abus de confiance et de complot dans le cadre d’un système de partage de contrats et de ristournes.

Tony Accurso a tenté de régler un litige concernant un contrat truqué, a rapporté mardi le premier témoin entendu à son procès pour fraude et corruption à Laval.

En 2005, l’ancien directeur de la firme Valmont-Nadon Gilles Théberge et le bras droit de Tony Accurso, Joe Molluso, découvrent lors d’une rencontre aux bureaux de Louisbourg que la Ville de Laval a promis à leurs deux entreprises le même projet de 4 millions de dollars. « On est tous les deux tombés à la renverse », a raconté sous serment M. Théberge, qui poursuivait mardi son témoignage.

Puisque ni lui ni Joe Molluso n’étaient les présidents de leurs entreprises, ils ont convenu d’aller discuter avec M. Accurso de la situation.

« On a transféré vers son bureau [qui était au même étage que celui de M. Molluso] », a mentionné M. Théberge, qui prend toujours soin de souligner minutieusement les détails lors de son témoignage.

C’est la première fois que M. Théberge a abordé l’implication de M. Accurso dans le stratagème de partage de contrats à Laval. « [Joe Molluso et moi] on ne voulait pas que Valmont-Nadon se chicane avec Louisbourg. On voulait que quelqu’un tranche sur qui garderait le projet », a-t-il indiqué.

La rencontre s’est conclue lorsque Joe Molluso a lancé devant M. Accurso. « Tony va s’en occuper », a dit M. Théberge.

Selon le témoin, son patron Valmont Nadon [aujourd’hui décédé] et M. Accurso auraient chacun présenté leurs doléances au maire Gilles Vaillancourt. « La Ville de Laval a retardé le projet de quinze jours […] Ils pensaient qu’on réussirait à s’entendre », a-t-il dit.

Puisque ni le maire Vaillancourt ni les deux entreprises n’ont voulu trancher à qui revenait le contrat, pour une rare fois, les deux firmes ont décidé d’y aller avec une « soumission libre ».

« On a tous les deux préparé notre soumission au meilleur de nos connaissances […] Et puis, c’est nous [Valmont-Nadon] qui l’avons gagné, mais on aurait très bien pu le perdre ! » a-t-il rapporté.

Il a précisé que c’est le seul projet pour lequel Valmont-Nadon et Louisbourg ne sont pas arrivés à un accord.

« Tous les autres contrats collusionnés, on s’est toujours entendus », a-t-il ajouté.

En contre-interrogatoire, l’avocat de Tony Accurso, Me Marc Labelle, s’en est pris à la crédibilité de M. Théberge. Il a notamment insisté sur le fait que, plus tôt dans la journée, M. Théberge a admis s’être trompé dans une partie de son témoignage concernant l’obtention du premier contrat sur le sol lavallois de la firme Sintra, où il a travaillé jusqu’en 2001.

Le contre-interrogatoire de M. Théberge doit se poursuivre mercredi.

Au cours des cinq semaines que doit durer le nouveau procès de M. Accurso, la poursuite entend démontrer son implication dans un système collusionnaire « endémique » sur le territoire lavallois qui a duré de 1996 à 2010.

Ce système « bien rodé » a profité aux deux entreprises de construction de M. Accurso, selon la Couronne.

L’ancien propriétaire des firmes Louisbourg et Simard-Beaudry fait face à des accusations de fraude, de corruption de fonctionnaire, d’abus de confiance et de complot dans le cadre d’un système de partage de contrats et de ristournes au parti de M. Vaillancourt. M. Accurso a plaidé non coupable à toutes ces accusations.