De nombreux Canadiens toujours coincés à Cuba

L’heure était à l’identification des corps des victimes, dimanche. Devant la morgue de La Havane, Maidi Charchabal tenait la photo de son fils, Daniel, 22 ans, tué dans l’écrasement, en attendant d’en savoir plus.
Photo: Desmond Boylan Associated Press L’heure était à l’identification des corps des victimes, dimanche. Devant la morgue de La Havane, Maidi Charchabal tenait la photo de son fils, Daniel, 22 ans, tué dans l’écrasement, en attendant d’en savoir plus.

Quatre jours après l’écrasement d’un avion près de La Havane qui a coûté la vie à 111 personnes, environ 1500 Canadiens sont toujours coincés sur l’île cubaine.

De nombreux touristes québécois en vacances à Cuba ont vu leur vol de retour annulé depuis cette tragédie et, lundi soir, ils ne savaient toujours pas quand ils pourraient rentrer au pays. Parmi ces 1500 Canadiens figurent de nombreux anthropologues qui participaient à un congrès international organisé par la Société canadienne d’anthropologie (CASCA) à l’Université de Oriente, à Santiago de Cuba. Ce congrès réunissait 500 anthropologues, dont 70 participants cubains et 425 membres de la CASCA provenant de 25 pays.

« Nous avons eu très peur que certains de nos collègues qui étaient restés coincés à La Havane en raison de l’annulation de leur vol pour Holguín avant l’accident soient dans l’avion [qui s’est écrasé], mais heureusement ils étaient arrivés la veille. Le seul collègue qui manquait à l’appel n’avait pas réussi à obtenir une place, et il a finalement décidé de retourner à Montréal », a confié au Devoir depuis Cuba le doctorant à l’Université Laval Éric Gagnon Poulin, responsable des communications pour le comité de direction de la CASCA.

M. Gagnon Poulin a raconté qu’à la suite de l’écrasement qui a entraîné la mort de 111 personnes, dont 100 Cubains, six membres d’équipage mexicains, et des touristes étrangers, dont une Mexicaine, un couple argentin et deux Sahraouis, le gouvernement a imposé deux jours de deuil national. « Les drapeaux étaient en berne et un spectacle de jazz cubain qui était prévu depuis longtemps a été annulé par le président du parti communiste de la région », a-t-il relaté.

Après l’accident qui est survenu vendredi midi, tous les vols intérieurs et internationaux de la compagnie aérienne cubaine Cubana de Aviación ont été annulés. Les anthropologues qui devaient rentrer au pays samedi ou dimanche n’ont donc pas pu quitter l’île. Ils ont été néanmoins pris en charge par la compagnie aérienne, qui les a logés dans un complexe hôtelier à Playa Pesquero, non loin de Holguín.

Hier soir, les anthropologues ont appris que, lundi matin, ils pourraient monter à bord d’un avion de Cubana qui les conduirait à Toronto. L’agence de voyages Caribe Sol s’occupera ensuite de ceux qui doivent rejoindre d’autres villes canadiennes, dont Montréal.

Incertitude pour des touristes

Pour sa part, la touriste québécoise Evelyne Dufour Tremblay, qui devait rentrer au pays samedi matin, était toujours dans l’incertitude, à Varadero, lundi soir. « Notre vol a été annulé sans aucune raison et nous ne savons toujours pas quand nous partirons. L’agence Caribe Sol, qui a le mandat de nous informer et de nous aider, n’est pas venue une seule fois à l’hôtel depuis samedi. Nous sommes bien logés et bien nourris, mais certaines personnes sont inquiètes, notamment une famille qui manque de lait en poudre pour leur bébé de six mois, et une jeune fille qui accompagne sa mère qui souffre d’un cancer et qui n’a plus de médicaments pour la soigner », a-t-elle raconté au Devoir. Maude Durand, qui est à Varadero également, est outrée par l’indifférence du gouvernement canadien, qu’elle a tenté de joindre en vain puisque les services étaient tous fermés.

L’appareil qui s’est abîmé dans une zone de cultures peu après avoir décollé de l’aéroport international de La Havane avait été loué — incluant les services d’équipage — par Cubana de Aviación à la compagnie de vols nolisés mexicaine Global Air, également connu sous le nom de Aerolíneas Damojh. Il s’agissait d’un boeing 737 construit en 1979 et dont le dernier entretien avait été effectué en novembre 2017.

Selon l’Associated Press, Aerolíneas Damojh avait fait l’objet de deux plaintes sérieuses au cours des dernières années. Notamment, l’avion qui s’est écrasé avait été interdit de voler dans l’espace aérien de la Guyane quand les autorités de ce pays ont découvert que l’équipage avait permis une dangereuse surcharge de bagages sur des vols à destination de Cuba. Comme les Cubains n’ont pas besoin de visa pour aller en Guyane, ils sont nombreux à s’y rendre et à revenir les valises bourrées de produits de consommation qui sont rares et très chers à Cuba.

Le ministre cubain des Transports, Adel Yzquierdo, a précisé à l’AP que Cubana louait cet avion depuis moins d’un mois et, selon l’arrangement conclu, la compagnie mexicaine était entièrement responsable de son entretien. M. Yzquierdo a ajouté que son pays louait couramment des avions parce qu’il lui était impossible d’en acheter en raison de l’embargo commercial des États-Unis contre Cuba. Il a également précisé que Cuba n’avait pas de pilotes possédant les certifications nécessaires pour piloter des Boeing, c’est pourquoi le pays louait aussi des services d’équipage mexicains, croyant que ceux-ci détenaient la formation et l’entraînement requis.