Demandeurs d'asile: affrontements entre les manifestants à la frontière

Des membres du groupe identitaire Storm Alliance
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Des membres du groupe identitaire Storm Alliance
La frontière canado-américaine a été le théâtre d'un nouveau face-à-face entre groupes identitaires de droite et groupes antifascistes, samedi, à Saint-Bernard-de-Lacolle. La Sûreté du Québec (SQ) a effectué une arrestation pour voie de fait sur un agent lorsque des manifestants antifascistes ont tenté de bloquer l'autoroute 15 à pied.

En raison de la présence de manifestants, la police a dû fermer l'autoroute 15 en direction nord à partir de 13 h 10, et ce, pour une bonne partie de l'après-midi. La circulation a aussi été brièvement détournée en direction sud.

C'est le militant antifasciste bien connu Jaggi Singh qui a été arrêté par les policiers de la SQ alors qu'il tentait d'entraîner les manifestants sur l'autoroute. Les policiers ont rapidement maîtrisé la situation et repoussé la foule sur la voie d'accès.

L'action téméraire des manifestants antifascistes, qui étaient environ 150, a eu pour effet de retarder l'arrivée des membres du groupe identitaire Storm Alliance. Leur rassemblement a pu avoir lieu environ 200 mètres plus loin, de l'autre côté des lignes policières, vers 14 h.

Porte-parole de Storm Alliance, Eric Trudel s'est réjoui de la réponse de ses membres. Environ 250 personnes étaient massées devant les roulottes qui accueillent les demandeurs d'asile. «On n'en a pas contre ces gens-là, mais il faut que l'immigration illégale arrête», a-t-il dénoncé.

Fait à noter, un autre groupe identitaire appelé La Meute a refusé de s'associer à la manifestation. Dans une publication en ligne, son porte-parole Sylvain Brouillette soutient que Storm Alliance se trompe de cible en visant les demandeurs d'asile.

«Il est humain de vouloir ce qu'il y a de mieux pour sa famille», écrit-il en parlant des gens qui tentent d'entrer au Canada. La Meute considère que la véritable cible doit être le premier ministre du Canada Justin Trudeau qui empêche la Gendarmerie royale du Canada (GRC) «de faire sa job».

Les contre-manifestants invités par Solidarité sans frontières ont réservé un accueil hostile à Storm Alliance, qu'ils associent à «l'extrême droite». Les contre-manifestants disaient vouloir faire la promotion d'une frontière «ouverte et accueillante».

Avant que les choses ne dérapent et que certains membres se ruent sur l'autoroute 15, leur porte-parole Aaron Lakoff avait confié à La Presse canadienne que les antifascistes seraient toujours là pour confronter les groupes anti-immigration qu'ils considèrent comme étant «racistes».

Selon lui, les États-Unis ne sont plus un pays sûr pour de nombreux réfugiés alors que l'administration Trump continue d'intensifier sa rhétorique anti-migrants. Il suggère d'ailleurs aux membres de Storm Alliance d'adresser leurs récriminations au président Trump, qui cause l'afflux de réfugiés, ainsi qu'au gouvernement Trudeau, qui maintient l'accord sur les tiers pays sûrs.

La fête sur le chemin Roxham
D'autres manifestants s'étaient donné rendez-vous un peu plus loin, sur le chemin Roxham, à Hemmingford, où des milliers de demandeurs d'asile sont entrés de façon irrégulière au Québec, et tout près au poste frontalier de Saint-Bernard-de-Lacolle.

Dans une ambiance festive, les membres du groupe citoyen Bridges not Borders voulaient envoyer un message d'accueil aux demandeurs d'asile forcés d'entrer de façon illégale en raison de l'entente sur les tiers pays sûrs. Cette entente fait en sorte que si un demandeur d'asile arrive des États-Unis à un poste frontalier régulier, il est automatiquement refoulé.

Ce groupe d'une cinquantaine de citoyens des environs de Hemmingford effectue plusieurs démarches pour améliorer l'accueil réservé aux demandeurs d'asile. Ils leur apportent des vêtements chauds, leur souhaitent la bienvenue et militent en faveur d'une meilleure formation des policiers de la GRC chargés d'arrêter les immigrants irréguliers.