L’anxiété, un mal qui n’épargne pas les enfants

Les élèves du primaire ont parfois de la difficulté à reconnaître et à gérer les stress qu’ils vivent.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Les élèves du primaire ont parfois de la difficulté à reconnaître et à gérer les stress qu’ils vivent.

Les enfants semblent de plus en plus anxieux et mal équipés pour faire face aux petits pépins de la vie, constate la chercheuse Tina Montreuil, de l’Université McGill, qui a développé un projet-pilote dans les écoles primaires afin de mieux outiller les enfants quant à la gestion du stress.

« On voit un nombre croissant d’enfants qui ont un trouble dépressif, un trouble anxieux ou une anxiété généralisée », affirme d’emblée la directrice du laboratoire CARE (Childhood Anxiety and Regulation of Emotion) en entrevue au Devoir.

Elle constate également que les enfants sont « de moins en moins équipés pour gérer les aléas de la vie et la détresse », notamment en raison du rythme effréné de la société et de l’hyperprotection des parents, qui laissent peu de place à l’enfant pour s’épanouir et développer naturellement cette capacité.

En parallèle, elle constate qu'« il y a un nombre décroissant de psychologues et de personnes spécialisées en santé mentale dans les écoles », ajoute Mme Montreuil.

Ainsi, le programme qu’elle a développé pour aider les enfants à gérer leurs émotions répond à un réel besoin, assure-t-elle. Le projet-pilote a été implanté dans deux écoles privées anglophones et dans une école de la commission scolaire Lester B. Pearson, et suscite un intérêt croissant dans le réseau des écoles publiques, notamment du côté des commissions scolaires francophones.

Car si plusieurs programmes existent chez les adolescents — où les problèmes sont souvent plus criants —, elle a constaté un manque chez les petits du primaire.

« Comme psychologue, j’intervenais souvent auprès de grands ados, au moment où les problèmes étaient devenus chroniques, alors qu’on aurait pu agir en prévention bien avant en leur donnant les outils pour mieux gérer leurs émotions à la base. C’est d’ailleurs une particularité bien canadienne, d’intervenir lorsqu’il y a une crise plutôt que de travailler en amont, comme cela se fait en Finlande par exemple. »

Yoga et pleine conscience

À l’aide de subventions fédérales et québécoises, l’équipe de Tina Montreuil a développé un programme adapté aux enfants de 6 à 12 ans et offre des ateliers qui s’intègrent dans les cours d’éthique et de culture religieuse.

« La première leçon, c’est de montrer aux enfants qu’il y a un lien entre la pensée et l’émotion. On part d’exemples concrets, basés sur des problèmes soulevés dans des groupes de discussion, comme le stress à la veille d’un examen. Il y a plein d’idées associées qui leur viennent en tête : je vais échouer, je ne suis pas bon, mon prof ne m’aimera pas, mes parents vont être déçus, je déteste l’école, etc. Ces idées causent beaucoup d’anxiété de performance. On normalise ces idées-là — parce que souvent l’enfant a honte et croit qu’il est seul à penser ça — et on donne des stratégies pour les évacuer. »

Elle donne également l’exemple du « bocal magique », fabriqué avec de l’eau et des babioles brillantes. « On agite le bocal pour illustrer le tourbillon des idées dans leur cerveau quand ils sont en état de panique. Ensuite, on dépose le pot et on passe à autre chose. Quand les enfants reviennent, les petits brillants sont au fond du pot. Ça leur fait comprendre que, si on reste calme au lieu de paniquer, nos pensées vont se calmer. »

Le programme comprend également des ateliers de yoga, des exercices de pleine conscience (midfullness), de respiration profonde et de relaxation. « Oui, ce sont des concepts à la mode de nos jours, mais c’est plus qu’une mode, ce sont des méthodes validées par la science qui devraient devenir des habitudes de vie », soutient la chercheuse.

Les données préliminaires récoltées par son équipe semblent valider le modèle. « Les enfants qui ont suivi notre programme semblent vivre moins d’anxiété et avoir fait des acquis sur le plan de la régulation émotionnelle ». Reste à voir si cela se traduira par de meilleurs résultats scolaires. C’est l’hypothèse qu’elle tentera de valider dans les prochains mois.