Les enfants coûtent plus cher aux mères

Le choix des mères vers des emplois plus flexibles, souvent moins rémunérés, explique en partie les pertes de revenus.
Photo: Michael Zamor Associated Press Le choix des mères vers des emplois plus flexibles, souvent moins rémunérés, explique en partie les pertes de revenus.

À la naissance d’un enfant, les femmes subissent en moyenne des pertes de revenus de 40 %, alors que celle-ci n’a pas d’impact financier chez les pères, révèle une étude présentée mardi à l’Acfas.

« Cela peut s’expliquer par les interruptions de carrière qui font en sorte que les femmes accumulent aussi moins d’expérience professionnelle », a expliqué Marie Mélanie Fontaine, étudiante au doctorat au Département d’économie de l’UQAM lors d’une présentation au Congrès de l’Acfas.

« Mais aussi par les choix de carrière des futures mères qui vont se diriger après la naissance d’un enfant vers des emplois plus flexibles et qui tiennent compte des besoins familiaux, mais qui sont moins bien rémunérés. »

Autre motif : les mères seraient en moyenne « moins productives sur le marché du travail » et « moins enclines à faire des heures supplémentaires » à cause de la répartition des tâches familiales au sein du couple, notamment.

Les écarts entre les revenus des pères et des mères avaient déjà été documentés dans le passé, notamment dans une étude récente du CIRANO présentée par Mme Fontaine et ses deux directrices de recherche.

Or la présentation à l’Acfas mesure de façon plus précise l’impact financier à la naissance du premier enfant et dans les années qui suivent. Ses résultats s’appuient sur un croisement entre l’Enquête longitudinale qui regroupe des données de 1982 à 2014 sur près de 39 000 personnes au Canada ainsi que des données fiscales.

Les séparations également plus coûteuses

Fait intéressant : ses résultats montrent que dans le reste du Canada, les mères subissent en moyenne des baisses de revenu un peu moins grandes (37 %). Par contre, l’écart se résorbe beaucoup plus vite au Québec (quatre ans au lieu de onze en moyenne).

L’hypothèse de la chercheuse est que cela découle des politiques familiales du Québec comme les services de garde subventionnés et le programmede congés parentaux. Elle souhaite d’ailleurs approfondir ses travaux pour voir dans quelle mesure ces politiques y contribuent.

Les résultats démontrent en outre qu’à tout âge, les femmes sans enfants ont des revenus supérieurs aux mères. Or à nouveau l’écart est moins grand que dans le reste du Canada (7000 $ au lieu de 12 000 $). Cet écart augmente par ailleurs à chaque nouvel enfant.

La doctorante en économique a enfin présenté une seconde étude sur l’impact d’une séparation sur les femmes mariées à partir de la même banque de données. « Les femmes subissent des pertes de revenus vraiment importantes alors que, pour les hommes, les pertes sont plus modérées — les hommes peuvent même tirer un avantage salarial à la suite d’une séparation », a-t-elle expliqué.

Plus précisément, il en ressort qu’après une séparation, les femmes voient en moyenne leur revenu individuel augmenter, grâce entre autres aux prestations alimentaires (de 20 % en moyenne). Or leur revenu familial décroît de façon plus importante, de 45 % (du fait de l’absence du salaire du père).

Ratio des infirmières : peu d’impact sur la mortalité des patients

Le fait de réduire le nombre de patients par infirmière réduit les risques de mortalité à l’hôpital, mais dans de faibles proportions, selon une étude rendue publique mardi. Les résultats présentés à l’Acfas par le professeur en sciences infirmières Christian Rochefort (Université de Sherbrooke) sont les premiers du genre au Québec. Le chercheur a mesuré les risques de décès à l’heure en chirurgie et en médecine par quart de travail où les infirmières ont plus de personnes à charge que le ratio de cinq patients par personne. Il a réalisé ses calculs à partir d’un échantillon de plus de 100 000 personnes hospitalisées entre 2010 et 2016. Questionné sur le fait qu’un risque de 0,5 % semble relativement faible, il a notamment fait remarquer que les chances augmentaient à chaque quart de travail additionnel hors-norme. « Ça veut dire que si un patient reste six quarts de travail où elles sont moins dotées [en ressources], on est déjà rendus à 3 % ». Ces résultats, poursuit-il, concordent avec des études similaires réalisées aux États-Unis et ailleurs.