Forte hausse des plaintes pour agressions sexuelles à Montréal

Marquée par la vague de dénonciation #MoiAussi, l’année 2017 a enregistré une hausse de 23% du nombre de plaintes pour agressions sexuelles à Montréal.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Marquée par la vague de dénonciation #MoiAussi, l’année 2017 a enregistré une hausse de 23% du nombre de plaintes pour agressions sexuelles à Montréal.

Marquée par la vague de dénonciation #MoiAussi, l’année 2017 a enregistré une hausse de 23 % du nombre de plaintes pour agressions sexuelles à Montréal. En revanche, le nombre d’accusations portées pour ce type de crime ne connaît pas une aussi forte progression.

Au total, 1828 plaintes pour agressions sexuelles ont été déposées l’an dernier, indique le rapport annuel du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), qui vient d’être publié sur le site de la Ville.

Il s’agit de 341 plaintes de plus qu’en 2016, où on rapportait déjà une augmentation de 15 % par rapport à l’année précédente.

 

Puisque le document fera l’objet d’une présentation le 22 mai prochain devant la Commission de la sécurité publique de la Ville de Montréal, le SPVM se refuse d’ici là à tout commentaire concernant les statistiques qui y sont dévoilées.

Depuis 2014, le nombre de plaintes d’agressions sexuelles est en constante augmentation sur l’île de Montréal. Il s’agit du crime contre la personne qui a connu la plus grande variation en 2017.

Cette hausse du nombre de dénonciations ne rime toutefois pas nécessairement avec davantage de crimes sexuels, souligne l’ancien chef du SPVM, Marc Parent.

« Le fait de faire connaître le phénomène et d’en parler publiquement comme avec le mouvement #MoiAussi contribue à motiver les victimes à porter plainte », note M. Parent.

« Lorsqu’il y a des personnalités qui dénoncent, il y a des cas qui deviennent des sources de courage et, évidemment, il y a un effet de levier », ajoute celui qui est aujourd’hui directeur du Corps canadien des Commissionnaires.

Un constat partagé par Nathalie Goulet, responsable de la sécurité publique au comité exécutif de la Ville de Montréal.

« Il y a eu le mouvement #MoiAussi et auparavant #AgressionNonDenoncee. Je crois qu’à l’époque, ç’a ouvert la parole. Un très grand nombre de plaintes ont été déposées », rappelle-t-elle.

Elle s’attend d’ailleurs à avoir plus d’explications sur cette question-là lorsque le SPVM présentera son bilan.

« Je fais ce lien comme féministe et comme analyste, pas seulement comme élue », précise la responsable, qui a également noté que certains cas d’agressions sexuelles rapportées l’an dernier remontent à plusieurs années.

« Je pense que ç’a libéré la parole des femmes, des personnes victimes d’agressions sexuelles et certaines de ces agressions ont probablement été subies dans le passé », dit-elle.

Plaintes vs accusations

Le nombre de plaintes a beau augmenter, le nombre d’accusations pour ce type de crime évolue peu.

L’an dernier, 346 accusations ont été portées, soit 36 de plus qu’en 2016. D’ailleurs, le chiffre avait considérablement reculé en 2016, passant à 310 comparativement à 371 en 2015.

M. Parent rappelle que le travail des enquêteurs du SPVM est d’amasser le plus d’éléments pour que la plainte puisse amener à des accusations.

 

« Il peut y avoir un écart entre une plainte et la capacité de l’amener jusqu’à des accusations. C’est une question de qualité de la preuve, qui une fois l’enquête policière terminée est tranchée par le Directeur des poursuites criminelles et pénales du Québec », mentionne-t-elle.

Selon Stéphanie Tremblay, porte-parole du Regroupement québécois des Centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (RQCALACS), cet écart rappelle une fois de plus que le système de justice « doit faire ses devoirs ».

« Ces chiffres-là sont représentatifs de ce qu’on vit dans les centres d’aide. On entend souvent les policiers et politiciens dire aux victimes de porter plainte, mais ce qu’on constate, c’est qu’elles ne se traduisent pas dans la majorité des cas », rappelle Mme Tremblay.