OGM: pour s'y retrouver un peu à l'épicerie

Le monde des organismes génétiquement modifiés (OGM) se transforme. Et celui des opposants aux transgènes suit forcément la tendance. En témoigne le lancement hier de la nouvelle édition du Guide des produits avec ou sans OGM de l'organisme Greenpeace. Un guide revu et corrigé qui représente désormais le seul moyen pour les consommateurs de s'y retrouver alors qu'Ottawa vient d'adopter la semaine dernière «une norme d'étiquetage bidon», a dénoncé l'organisme.

Facultatives, les normes canadiennes d'étiquetage sont vertement attaquées depuis quelques jours par les organismes de défense des consommateurs. Au coeur de leurs reproches: le choix de l'intitulé nébuleux «issue du génie génétique» plutôt que «contient — ou ne contient pas — d'OGM», mais aussi la limite de 5 % en dessous de laquelle les fabricants n'ont pas l'obligation de mentionner la présence d'OGM dans leurs produits. À titre de comparaison, les normes, obligatoires, elles, adoptées par l'Union européenne la semaine dernière, fixent cette limite à... 0,9 %. «Dans ce contexte, les gens ne peuvent plus compter que sur le guide» pour séparer le bon grain de l'ivraie lorsque vient le moment de passer à table, a expliqué Éric Darier, porte-parole des adeptes de la «paix verte».

Coloré, avec ses listes rouges (avec OGM), vertes (sans OGM) et jaunes (produits en cours de purification), ce guide se veut donc plus complet. Greenpeace y a intégré les produits — ignorés jusqu'à maintenant — de la marque maison de la chaîne de distribution alimentaire IGA, ainsi qu'une nouvelle section sur les produits de la viande, le lait et les oeufs. Ces produits ne sont bien sûr pas génétiquement modifiés, rappelle Greenpeace, et n'en contiennent pas une once non plus. Mais l'alimentation des animaux dont ils sont issus, elle, est dans 60 à 80 % des cas obtenue à partir de soya, de canola ou de maïs génétiquement modifiés. Ces trois plantes sont d'ailleurs les seuls et uniques produits du génie génétique commercialement exploités au Canada à ce jour.

Le blé

Le blé, lui, n'entre toujours pas dans cette catégorie. Mais cela n'empêche pas le groupe de pression de consacrer la première page de son document ainsi que les pages centrales à la chose. «Nous activons la sonnette d'alarme concernant la commercialisation du blé OGM de Monsanto, parce que nous considérons que les impacts sont inquiétants», a expliqué M. Darier.

Actuellement, les semences du blé transgénique de la multinationale sont en cours d'homologation du côté d'Ottawa. Une décision pourrait être prise dans le courant de l'année. Sa commercialisation reste toutefois hypothétique en raison d'un marché de plus en plus réfractaire aux OGM.

Pis, ce blé nouveau semble également faire l'unanimité contre lui autant du côté des lobbys anti-OGM que de celui des cultivateurs, qui craignent une fermeture de 80 % des marchés d'exportation. Fermeture induite par la production de ces transgènes. «Ottawa devrait en tenir compte, lance Bernard Bigras, porte-parole du Bloc québécois en matière d'agriculture, qui a soutenu hier le lancement du guide. Le développement de ce blé a été soutenu par les fonds publics et finalement, ni les consommateurs ni les producteurs n'en veulent.»

Le guide de Greenpeace ne contient donc aucune trace de produits à base de blé. Mais il accorde encore beaucoup de place à ceux à base de maïs, de canola, de soya et de pommes de terre, même si ces dernières ne sont plus utilisées depuis belle lurette dans les champs canadiens.

La nomenclature se décline au rythme des sections d'une épicerie permettant ainsi de savoir, par exemple, que les farines et pâtes de La Milanaise sont sans OGM mais qu'aucun lait maternisé vendu à ce jour au Québec, par contre, ne peut être considéré comme exempt d'OGM.

Aucune analyse scientifique

En théorie. Car la classification de Greenpeace ne repose en effet sur aucune analyse scientifique mais uniquement sur les déclarations — ou l'absence de déclaration — des fabricants. «Faire des tests coûterait trop cher, précise Éric Darier. D'ailleurs, ce n'est pas notre rôle. C'est au gouvernement de s'en charger. Mais il ne semble guère être prompt à agir.»

En février dernier, un test en laboratoire commandé par Le Devoir avait révélé que plusieurs produits inscrits dans la liste rouge de Greenpeace ne contenaient finalement aucune trace d'organismes génétiquement modifiés. À l'inverse, le Pablum de la compagnie Heinz, placé dans la section verte à la suite d'une déclaration publique de l'entreprise, s'est avéré contaminé par des OGM. Ce qui mérite un retour dans le rouge du produit dans la dernière version du guide.