La police s’intéresse à un Montréalais décrit comme un suprémaciste blanc

Gabriel Sohier Chaput, alias Zeiger, est décrit comme l'un des suprémacistes blancs les plus influents en Amérique du Nord.
Photo: YouTube Gabriel Sohier Chaput, alias Zeiger, est décrit comme l'un des suprémacistes blancs les plus influents en Amérique du Nord.

La police s’intéresse à un Montréalais décrit jeudi par The Gazette comme un des suprémacistes blancs les plus influents en Amérique du Nord, qui organiserait un réseau dans la métropole.

« Dès qu’on a été mis au courant, la section incidents et crimes haineux a fait des vérifications », indique Ian Lafrenière, porte-parole du Service de police de la Ville de Montréal.

Jeudi, le quotidien anglophone a publié une enquête qui révèle qu’un des principaux collaborateurs du Daily Stormer, un site Internet d’extrême droite, résiderait dans le quartier Rosemont–La Petite-Patrie, à Montréal.

Connu sous le pseudonyme de Zeiger, l’homme a publié de nombreux articles sur cette plateforme qui attire plus de 80 000 visiteurs uniques par mois.

Le site américain est réputé pour être la référence « d’actualité » des militants d’extrême droite. Des idées antisémites, racistes, homophobes et misogynes y sont quotidiennement propagées.

Jusqu’à présent, l’identité de l’homme n’avait pas été révélée. Celui-ci avait toutefois fait parler de lui en août 2017 alors qu’il avait participé à la manifestation de suprémacistes blancs à Charlottesville, où une femme a été tuée par un chauffeur qui a foncé dans une foule de contre-manifestants.

En collaborant avec des militants antifascistes, The Gazette a établi que Zeiger serait Gabriel Sohier Chaput, un consultant en informatique de Montréal.

Le quotidien explique que les antifascistes ont croisé les profils de Zeiger sur des sites Internet suprémacistes tels que Iron March, The Right Stuff et Daily Stormer avec des informations fournies par Zeiger sur un salon de clavardage montréalais. M. Sohier Chaput aurait organisé plusieurs rencontres dans la métropole d’août 2016 à janvier 2018, entre autres dans des bars.

Le ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux, s’est montré préoccupé par la situation.

« Le Québec est une société ouverte et inclusive et nous condamnons les propos et les actions qui attisent la haine à l’endroit de certaines communautés. Nos services policiers ont à l’oeil les groupes propageant de tels propos », a-t-il commenté sur Twitter.

Liberté et discours haineux

Le cas dévoilé par The Gazette rappelle l’importance d’actualiser le Code criminel, estime un expert. Actuellement, les deux articles de loi qui portent sur des infractions liées à de la propagande haineuse ne sont pas adaptés à la réalité des réseaux sociaux, souligne Paul Laurier, ancien enquêteur de la Sûreté du Québec spécialisé dans les dossiers d’extrémisme.

« Les extrémistes savent comment rester à la limite du discours toléré », souligne M. Laurier. « Les deux articles de loi ne sont pas adaptés à la réalité d’aujourd’hui. Ils ont été écrits à une époque où les réseaux sociaux n’existaient pas », explique-t-il.

Le Code criminel considère comme criminelles l’incitation publique à la haine et la provocation volontaire de la haine envers un « groupe identifiable ».

M. Laurier souligne qu’au Canada les individus ayant des idées d’extrême droite sont principalement actifs en ligne et se servent des forums de clavardage et des réseaux sociaux.

« Ils ont compris qu’on ne peut pas faire grand-chose. La présence est là et elle est plus répandue qu’on le pense […]. Ce sont des individus qui assument de plus en plus leurs propos », fait remarquer M. Laurier.

L’extrême droite, un enjeu pour le CPRMV

Les signalements pour dénoncer des incidents haineux liés à des groupes d’extrême droite ont bondi en 2017 au Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence (CPRMV) a appris Le Devoir. En 2017, ce sont 74 signalements liés à l’extrême droite qui ont été portés à l’attention du CPRMV par le public. C’est 5 fois plus qu’en 2015, alors qu’on en avait signalé 13, puis 11 en 2016. Cette importante hausse du nombre de dénonciations a été observée à la suite de l’attentat de Québec, explique Herman Deparice-Okomba, directeur du CPRMV.

« Il y a eu un avant et un après Québec », note le directeur. Depuis sa création en 2015, le CPRMV recevait surtout des appels liés à des préoccupations de radicalisation religieuse. L’année 2017 a marqué un tournant, dit M. Deparice-Okomba. « Les Québécois s’inquiètent toujours de la radicalisation religieuse et ils la dénoncent, mais on voit qu’ils sont sensibles à la montée de l’extrême droite et qu’ils n’hésitent pas à rapporter ces situations », mentionne-t-il. Le CPRMV doit rendre public son bilan annuel de l’année 2017 dans les prochaines semaines.