Cambridge Analytica ferme ses portes

Cambridge Analytica est accusée d’avoir collecté et exploité sans leur consentement les données personnelles de près de 90 millions d’utilisateurs de Facebook à des fins politiques.
Photo: Daniel Leal-Olivas Agence France-Presse Cambridge Analytica est accusée d’avoir collecté et exploité sans leur consentement les données personnelles de près de 90 millions d’utilisateurs de Facebook à des fins politiques.

Sa réputation en lambeaux, la société britannique Cambridge Analytica (CA), accusée d’avoir utilisé les données d’utilisateurs de Facebook pour influencer l’élection présidentielle américaine de 2016, a annoncé mercredi son sabordage après avoir fait chanceler le premier réseau social mondial.

Cambridge Analytica et sa société mère, SCL, ont entamé « une procédure d’insolvabilité au Royaume-Uni », selon un communiqué de l’entreprise d’analyse de données et de communication stratégique, sous les projecteurs depuis plusieurs semaines.

« La compagnie cesse immédiatement toutes ses opérations », a-t-elle ajouté. « Il a été établi qu’il n’est plus viable de continuer cette activité, ce qui n’a laissé à Cambridge Analytica aucune solution de rechange réaliste à son placement sous administration judiciaire ».

Un administrateur indépendant a été désigné.

« Une procédure de faillite sera bientôt ouverte » aux États-Unis également, selon la même source.

L’affaire Facebook

CA est accusée d’avoir collecté et exploité sans leur consentement les données personnelles de près de 90 millions d’utilisateurs de Facebook à des fins politiques. Ces informations auraient été utilisées pour élaborer un logiciel permettant de prédire et d’influencer le vote des électeurs afin de peser dans la campagne présidentielle américaine de 2016, remportée par Donald Trump.

CA a démenti catégoriquement, malgré les déclarations filmées en caméra cachée de son directeur général Alexander Nix, qui avait depuis été suspendu.

« Au cours des derniers mois, Cambridge Analytica a fait l’objet de nombreuses accusations infondées et, malgré les efforts de l’entreprise pour rectifier les faits, elle a été calomniée pour des activités qui sont non seulement légales, mais aussi largement acceptées comme faisant partie intégrante de la publicité en ligne dans les domaines politique comme commercial », a dénoncé la firme.

« Le siège mené par la couverture médiatique a éloigné presque tous les clients et fournisseurs » de CA, a-t-elle également déploré. Elle cite une enquête indépendante menée à sa demande, selon laquelle « rien » de ce que ses employés ont entendu ou vu dans les médias « ne reflète ce qu’ils font réellement pour vivre ».

Pris dans la tempête

Dénonçant « un abus de confiance », Facebook a toujours farouchement démenti avoir laissé faire, affirmant ignorer que les données récoltées par CA via une application de tests psychologiques développée par un chercheur universitaire étaient utilisées à des fins politiques.

Mais le géant américain a été pris dans la tempête, accusé de ne pas protéger suffisamment ses utilisateurs. Son patron, Mark Zuckerberg, a promis des mesures pour mieux protéger les données personnelles de ses utilisateurs, limiter l’utilisation de données personnelles à des fins publicitaires et accepté le principe d’une régulation des acteurs du monde numérique.

Facebook est visé par une enquête de l’autorité britannique chargée de la protection des données, ainsi que de l’autorité italienne de la concurrence.

L’instance de coopération des autorités chargées de la protection des données au sein de l’UE, le « G29 », s’est également saisie du dossier, offrant son appui aux enquêtes nationales, tandis que la Commission européenne a demandé à Facebook de « coopérer pleinement » avec les enquêteurs européens sur ce scandale.

CA était également dans la ligne de mire au Royaume-Uni, où le Parlement cherche à déterminer dans quelle mesure la firme a pu intervenir, voire peser, sur la campagne pour le référendum sur la sortie de l’UE en 2016 (Brexit).