Le Québec, dernier de classe

L’Institut du Québec estime que le Québec devrait s’inspirer des pratiques ontariennes pour améliorer la réussite scolaire ici.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir L’Institut du Québec estime que le Québec devrait s’inspirer des pratiques ontariennes pour améliorer la réussite scolaire ici.

Le fait que les garçons sont plus nombreux que les filles à décrocher est une réalité bien connue au Québec. Or, une nouvelle étude qui a analysé le taux de diplomation au Canada depuis 10 ans démontre que ce n’est qu’au Québec que l’écart entre les garçons et les filles est important. Une nouvelle donnée « troublante », selon les auteurs, qui invitent Québec à refaire ses devoirs.

« Au Québec, on tient pour acquis qu’on a plus de misère à motiver les garçons et à les garder accrochés, mais ce n’est pas le cas partout, on ne retrouve cet écart dans aucune autre province canadienne, en tout cas pas dans cet ordre de grandeur », constate Mia Homsy, auteure du rapport sur le décrochage de l’Institut du Québec, rendu public mercredi. L’Institut du Québec est un groupe de recherche qu’ont constitué le Conference Board et HEC Montréal.

L’écart entre les garçons et les filles est de 14 % au Québec. Dans les autres provinces canadiennes, cet écart varie entre 1 et 7 %. « On est complètement dans une autre catégorie au Québec, on est isolé, et c’est une donnée qui nous a inquiétés, ajoute la chercheuse en entrevue. Il y a dans ces chiffres quelque chose qui démontre qu’on pourrait probablement faire mieux pour soutenir les jeunes garçons. »

Bon dernier au Canada

Le taux de diplomation généralement avancé pour le Québec est de 80 %, soit le nombre de jeunes qui obtiennent un diplôme en sept ans.

Or, pour avoir des données comparables avec les autres provinces, l’Institut du Québec a choisi d’utiliser le taux de diplomation sur cinq ans.

Avec cette mesure, l’Institut constate qu’à peine 64 % des jeunes Québécois qui fréquentent une école publique réussissent à obtenir un diplôme « dans les temps requis ». Et c’est là que le bât blesse.

Ainsi, selon ce rapport, « le Québec présente la pire performance au niveau canadien », bien loin derrière la Saskatchewan (72 %), qui se trouve à l’avant-dernier rang au pays. Les championnes, l’Ontario, le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Écosse, affichent toutes trois un taux de diplomation de 84 %.

Non seulement le Québec affiche « un retard préoccupant », mais « l’écart se creuse » avec les autres provinces, notamment avec l’Ontario, notent les chercheurs.

Et c’est chez les garçons que l’écart entre les deux provinces est le plus spectaculaire. Ainsi, l’Institut constate qu’à peine 57 % des garçons réussissent le programme en cinq ans, alors qu’en Ontario, ce chiffre est de 82 %.

Ces résultats ne tiennent pas compte des résultats du réseau privé, qui frôlent les 90 % de taux de diplomation en cinq ans.

Or, même en prenant en compte les 20 % d’enfants qui fréquentent une école secondaire privée au Québec — c’est moins de 5 % dans les autres provinces —, la performance globale du Québec reste en deçà des autres provinces canadiennes avec un taux de diplomation sous la barre des 68 %.

Diplôme versus qualification

Les auteurs de l’étude s’intéressent également au type de diplôme obtenu, rappelant qu’un élève sur 10 opte désormais pour une qualification plutôt qu’un diplôme d’études secondaires (DES) ou un diplôme d’études professionnelles (DEP).

« Les qualifications sont des certificats de formation qui servent à préparer les élèves ayant des difficultés d’apprentissage à intégrer le marché du travail, et ce, sans égard à leurs résultats scolaires », précise le document.

« Quand on exclut les qualifications, et qu’on prend uniquement les DES et les DEP, on arrive à un taux de diplomation de 51 %, explique Mia Homsy. Cette donnée-là parle beaucoup, parce que ça veut dire que si tu es un garçon dans une école francophone au Québec, tu as une chance sur deux d’obtenir ton diplôme en cinq ans. »

Parallèlement, l’étude met en évidence le fait que les taux de diplomation sont « alarmants » pour les élèves des milieux socio-économiques plus défavorisés et encore plus chez les élèves handicapés ou en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage (EHDAA). Ces derniers représentent désormais 30 % des élèves du réseau scolaire public et leur taux de diplomation est de 31 %.

L’exemple ontarien

Comment expliquer de tels résultats ? L’Institut du Québec s’est penché sur le financement, souvent mis en avant pour expliquer la mauvaise performance du Québec. Or, il s’agit là d’une fausse piste, notent les auteurs.

« Alors que les efforts de financement sont similaires au Québec et en Ontario depuis 10 ans, le taux de diplomation a bondi en Ontario, mais il a stagné au Québec. Ce qui laisse croire que l’argument du manque de financement ne peut, à lui seul, expliquer la faiblesse persistante du taux de diplomation au Québec. Le problème semble tenir davantage aux façons de faire actuelles et au choix des mesures et des programmes mis en place pour améliorer la diplomation. »

Pour améliorer le taux de diplomation du Québec, l’Institut invite le gouvernement à regarder ce qui se fait du côté de l’Ontario. On évoque « la mise en place de la maternelle à 4 ans, l’obligation d’aller à l’école jusqu’à 18 ans, la création d’équipes spécialisées dans la lutte contre le décrochage scolaire dans chaque école, la flexibilité et la souplesse du système scolaire, l’importance de la formation continue des enseignants, de l’évaluation de la performance et la présence d’un ordre professionnel des enseignants et une prise de décision basée sur les pratiques probantes soutenues par la recherche ».

Selon l’Institut, le manque de données et d’évaluations des programmes « ne permet pas de prendre des décisions éclairées ». Il faut désormais se baser sur les données probantes, « accepter de revoir [les programmes qui ont été instaurés dans la dernière décennie] et remettre en question leur pertinence », conclut le rapport.

Égide Royer, professeur associé à la Faculté des sciences de l’éducation à l’Université Laval, est du même avis. Il faut continuer d’investir, dit-il, mais investir mieux, non pas en fonction des modes en éducation, mais dans des programmes qui ont démontré leur efficacité.

« Les chiffres sont troublants, dit-il. Il n’y a pas de raison qu’un petit gars ait moins de chance d’obtenir un diplôme que le même petit gars de l’autre côté de la rivière des Outaouais. Il serait indécent de balayer encore ce problème sous le tapis, surtout en contexte préélectoral. »

39 commentaires
  • Robert Bernier - Abonné 2 mai 2018 05 h 56

    Et les mathématiques?

    On nous apprenait hier, dans ce journal, que les élèves Québécois du premier cycle au secondaire se classaient parmi les premiers en mathématiques. De qui parle-t-on? Qui a pu se présenter à ces tests? Se peut-il que ces bons résultats ne soient bons que parce que seule une portion "écrémée" de nos élèves réussissent à se présenter aux tests?

    • Robert Bernier - Abonné 2 mai 2018 12 h 16

      Début de réponse à ma propre question. En réaction aux résultats en mathématiques aux tests PISA de 2015, Égide Royer disait:

      '«L'échantillon ne tient pas la route. Il n'est pas représentatif. On ne peut pas prendre des décisions pour un système scolaire de 1,3 million d'élèves comme le nôtre à partir des résultats des tests PISA.» - Égide Royer, professeur à la faculté des sciences de l'éducation de l'Université Laval
      L'expert affirme qu'il doute depuis des années des scores impressionnants des Québécois aux tests PISA. Ces résultats, selon lui, ne sont pas compatibles avec le faible taux de diplomation des écoles québécoises.' ( www.lapresse.ca/actualites/education/201612/07/01- )

      Quelle a été la participation à ces tests cette fois-ci?

      Robert Bernier

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 3 mai 2018 06 h 36

      La «fin» de votre réponse, c'est que le verdict de monsieur Royer n'était pas partagé par tout le monde. Messieurs Potvin et Raîche étaient plus réservés. De plus, si Pisa soulève lui-même que le faible taux de réponses au Québec introduit un possible biais, ce n'est pas pour conclure que les résultats sont biaisés, mais qu'il faut essayer au mieux de s'en prémunir en faisant un traitement statistique spécifique. Au final, leur fiabilité n'a pas été dénoncée par Pisa, seule une invitation à les traiter avec un peu plus de circonspection a été jugée nécessaire.

    • Raymond Labelle - Abonné 3 mai 2018 07 h 08

      M. Bernier faisait peut-être allusion à cet article du Devoir, Les élèves québécois s’illustrent en mathématiques, du 30 avril 2018 : https://www.ledevoir.com/societe/education/526556/les-eleves-quebecois-de-deuxieme-secondaire-sont-les-meilleurs-du-pays-en-maths

      Cet article rendait compte du résultat du Programme pan-canadien d'évaluation (PPCE), tenu par le Conseil des ministres de l'éducation du Canada. Il s'agit d'évaluations différentes du PISA tenues à des années différentes tentant aussi de mesurer les habiletés des élèves de secondaire 2 et niveaux correspondants canadiens en lecture, mathématiques et sciences. Le plus récent PPCE couvrait celui administré en 2016. Se qualifie d'évaluation à grande échelle. N'ai pas cherché les détails statistiques relatifs à l'échantillonnage. Avec des questions différentes et une manière différente que le PISA d'évaluer, arrive à des conclusions comparables aux PISA quand on compare entre provinces. Entre autres, dans le PPCE, le Québec s'y démarque en mathématiques.

      Ici pour ce rapport relatif au PPCE 2016: https://cmec.ca/701/Rapport_public.html

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 3 mai 2018 09 h 08

      Mais encore

      En Ontario, où l'échantillon statistique se tient beaucoup plus proche de 85%, on a observé une baisse des résultats aux tests PISA entre 2003 et 2012. En 2016, la situation semblait s'être stabilisée. La question : comment concilier cette baisse de performance avec la hausse du taux de diplomation? Se pourrait-il que les exigences aient été abaissées en cours de route?

  • Chantale Desjardins - Abonnée 2 mai 2018 06 h 56

    Un garçon n'est pas une fille...

    Autrefois, on avait des classes et des écoles de garçons et des écoles de filles parce qu'on ne traite pas les deux sexes de la même manière. Les filles ont tendance à imposer leur style et leur apprentissage est plus facile que les garçons. Le professeur impose dans sa classe mixte le style des filles. On ignore que les garçons diffèrent des filles et vice versa. Ce qui fait que les garçons ne se sentent pas à l'aise à l'école et décroche... On veut éduquer les garçons comme les filles. Je me fiche que les autres provinces ont des résultats différents sans savoir la vraie raison. On lance des faits ... L'assurance auto coûte plus cher pour un garçon jusqu'à 25 ans car il atteint sa maturité plus tard que chez les filles. Je parle en connaissance de cause car j'ai enseigné pendant 30 ans et à des niveaux différents et en plus 4 ans à la direction.
    Au secondaire, la situation est différente mais il faut en tenir compte. Les professeurs devraient réfléchir à ce phénomène et le ministre de l'éducation qui a tendance à parler beaucoup sans connaître la pédagogie.

  • Michel Laforge - Abonné 2 mai 2018 07 h 42

    Égide Royer

    On demande l'avis d'un psychologue au lieu de demander l'avis d'un professionnel de l'enseignement.

    Il serait peut-être temps de changer son fusil d'épaule. Apprendre n'est pas nécessairement un acte psychologique. Un jeune qui veut frapper une balle au baseball n'est pas en train de faire un acte psychologique. L'éducation utilise la psychologie et elle en utilise qu'une partie. C'est depuis que la psychologie s'est emparée de l'éducation que l'on assiste à toutes ces dérives au Québec. Par exemple, pour ne pas atteindre l'estime du jeune, on empêche le redoublement. On empêche le jeune d'obtenir les acquis obligatoires à sa réussite éducative avec les résultats que l'on connait. Et il y en a bien d'autres exemples qui pourraient être énumérés.

  • Gilles Roy - Abonné 2 mai 2018 07 h 55

    Puisque le rapport est indisponible...

    Dur dur de commenter un rapport dont on ne connait pas la rigueur méthodologique. Ça mène souvent à fouillis et à enflure. Retenons pour le moment ceci : Madame Mia Homsy m'est inconnue (ai pourtant beaucoup lu dans le domaine), et je ne sais pas si elle sait faire la différence entre une donnée de système et une donnée auto-rapportée. C'est que souvent, confondre l'une et l'autre mène à l'amalgame et non à l'or. Or et à première vue... Ah oui, je veillerai à me rétracter si j'ai tort, ce qui est évidemment possible.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 2 mai 2018 08 h 45

      Elle s'est signalée il y a deux ans pour avoir présenté des chiffres analogues, soit avant que « l'étude » ait été terminée. Aussi, pour avoir répété que les québécois sont analphabètes fonctionnels à 53% (ce qui est faux). Autrement? Sa formation est en gestion internationale, ce qui la qualifie mieux que quiconque pour porter un jugement éclairé sur la valeur du PFÉQ, sous le regard tout aussi avisé du Conference Board, qui finance cet institut. Pour les amateurs de critiques faciles, tiens : elle a été conseillère économique principale de Philippe Couillard du temps où il était chef de l'opposition. Ça dit tout.

    • Gilles Roy - Abonné 2 mai 2018 09 h 56

      Merci M. Maltais Desjardins. J'avais cherché pourtant. On retrouve donc, à la page 8 du document, le tableau 1, tiré des Indicateurs de l’éducation au Canada, produit par Statistiques Canada. En plein ce que je craignais. Du grand n'importe quoi (Terre-Neuve, 20 points d'avance sur le Québec? Vraiment?), né de l'amalgame douteux entre données auto-déclarées et données produites par le système. On le répète : un indicateur vaut moins parce qu'il est contre-intuitif que parce qu'il s'appuie sur des correllations fortes établies en lien des indicateurs stables fondés sur des sources viables et différentes. Or et ici, c'est le premier cas de figure qui prévaut. Perso, avaler un poisson qui a l'air malade, ça me tente peu. Même si j'ai ma médication tout près...

    • Raymond Labelle - Abonné 2 mai 2018 12 h 21

      Je ne sais pas pour l'ensemble de la population du Québec, mais le Conseil des ministres de l'Éducation du Canada vient de publier un rapport qui a examiné, entre autres, la capacité de lecture des étudiants de secondaire II (et du niveau équivalent dans les autres provinces et dans les territoires).

      Extrait:
      « Le niveau de rendement attendu des élèves de 8e année/2e secondaire est le niveau 2, qui est considéré comme le « niveau de rendement de base », ou le niveau auquel les élèves démontrent les habiletés et les compétences en lecture nécessaires pour prendre part de façon efficace à la vie scolaire et à la vie de tous les jours.

      Dans le PPCE 2016, 88 p. 100 des élèves de 8e année/2e secondaire du Canada ont obtenu un
      rendement se situant au niveau 2 ou à un niveau supérieur en lecture. » PPCE: Programme pan-canadien d'évaluation.

      Le Québec tourne autour de cette moyenne (89%). Par ailleurs, a les meilleurs résultats en mathématiques. C'est le plus récent et c'est pour 2016. Ici pour le rapport: https://cmec.ca/Publications/Lists/Publications/Attachments/381/PCAP-2016-Public-Report-FR.pdf

      Bien sûr, ça ne comprend pas les élèves qui ont décroché, mais la proportion de ceux qui ont décroché si tôt ne doit quand même pas être si grande. Et si la population en général se situait à 53%, quel écart! D'ailleurs, reste même à voir si ne pas atteindre le niveau 2 est, par lui-même être "analphabète fonctionnel" (terme à définir) - il faudrait plus de détails.

      Mais bon, chaque affirmation doit être examinée à son mérite, Mme Homsy a pu se tromper là-dessus, mais pas sur le décrochage. On se méfie quand même un peu. Disons qu'on ne croit pas aveuglément sur parole.

      Bon, je ne suis pas tout à fait dans le sujet, mais c'est connexe. Un algorithme Facebook dirait probablement que, statistiquement, une personne qui s'intéresse à cet article pourrait s'intéresser aussi à ce genre de rapport.

  • Jean Lapointe - Abonné 2 mai 2018 08 h 10

    Pour moi c'est surtout un problème politique.

    Si nous voulons vraiment que les garçons reprennent davantage goût à l'école il faut leur proposer un projet d'avenir. Et le meilleur projet d'avenir que nous au Québec pouvons avoir ce serait de construire un nouveau pays. Ailleurs ça peut être autre chose.

    Dans l'état actuel des choses je trouve qu' on centre trop l'école sur la réussite individuelle. Et la réusssite individuelle ça ne motive pas beaucoup les garçons et ce n'est pas de toute façon suffisant pour motiver à s'Instruire. Proposer uniquement la réussite individuelle ce n'est pas suffsant. Laissons cela aux Américains des USA. Pour eux il n'y a que ça qui compte. Et ils ne sont pas un modèle à suivre.

    Il faut aux jeunes un idéal, un projet, il leur faut quelque chose qui les incite à se dépasser.

    Dans l'état actuel des choses au Québec comment voulez-vous que les nouvelles générations soient motiveés à s'instruire quand ils constatent que leurs aînés se contentent de vivre dans un état de dépendance au sein du Canada. S'ils sentaient que leurs aÎnés étaient engagés dans la construction de leur pays à eux avec enthousisame moi je suis sûr qu' il y aurait beaucoup moins de décrocheurs.

    Ce ne sont pas eux qui ont un problème ce sont les adultes québécois qui n'ont que peu d'ambition et qui se contentent de trop peu à part une petite minorité d'entre eux qui, quoique bien active, a bien du mal à faire bouger le reste qui se complaît dans une espère de passivité très décevante.

    Des mesures simplement technocratiques coûteuses ont peu de chance d'améliorer la situation d'après moi parce qu'on néglige ce que je considère comme l'essentiel soit la dimension politique.