Les Québécois croient à tort que la situation des LGBTQ s’est améliorée

Plus de la moitié des Canadiens interrogés pensent que leurs gouvernements devraient lutter de façon plus proactive contre l’homophobie et la transphobie dans le monde.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Plus de la moitié des Canadiens interrogés pensent que leurs gouvernements devraient lutter de façon plus proactive contre l’homophobie et la transphobie dans le monde.

Les Québécois et les Canadiens surestiment les conditions de vie des personnes LGBTQ dans le monde, révèle un sondage réalisé au début du mois d’avril pour le compte de Fondation Émergence.

Ce constat ne traduit pas une absence de sensibilité de la population, mais plutôt un manque d’information, selon l’organisme, qui dévoilera l’ensemble des résultats mardi dans le cadre de la Journée internationale contre l’homophobie et la transphobie.

Le coup de sonde, réalisé auprès de 1546 Canadiens, permet notamment d’apprendre que plus des deux tiers des répondants estiment que la situation des LGBTQ s’est « améliorée » ou « grandement améliorée » au cours des cinq dernières années. Cette même proportion de la population croit que moins de 50 pays criminalisent l’homosexualité dans le monde.

Or, il s’agit plutôt de 72 États, ce qui fait dire au directeur général de la Fondation Émergence, Laurent Breault, que les Canadiens sous-estiment la réalité des LGBTQ à l’international. Cela pourrait être dû à une « illusion d’optique », explique-t-il. « Ici, il y a eu beaucoup d’avancées, ce qui peut donner l’impression que c’est la même chose dans le reste du monde. »

Bien que la situation se soit améliorée dans certains pays – par exemple en Australie, qui a légalisé en décembre dernier le mariage entre conjoints de même sexe –, elle s’est aggravée ailleurs. M. Breault cite en exemple des statistiques préoccupantes concernant les meurtres de personnes trans.

Aux États-Unis, on en recensait 9 en 2010, alors que, sept ans plus tard, ce chiffre grimpait à 25. Au Brésil, ce nombre est passé de 99 en 2010 à 144 en 2017.

« Quand les groupes sont dans le placard, on voit moins de violence, mais quand ils commencent à s’affirmer, il peut y avoir une réaction négative », explique Laurent Breault.

Enjeu international, répercussions locales

Si la Fondation Émergence s’est intéressée à la situation des personnes LGBTQ dans le monde, c’est en raison des positions récentes de Québec et d’Ottawa.

« Habituellement, on fait des campagnes qui sont plus locales. Dans ce cas-ci, on voulait faire échos à la nouvelle politique internationale du gouvernement du Québec [rendue publique en janvier], qui inclut désormais les droits des LGBTQ. Au fédéral, le premier ministre, Justin Trudeau, a également exprimé sur plusieurs tribunes internationales son soutien à ces questions », a expliqué au Devoir Laurent Breault.

Selon lui, les Québécois ont tout intérêt à s’intéresser davantage à cet enjeu. Il souligne que plusieurs nouveaux arrivants ont été ostracisés dans leur pays d’origine en raison de leur orientation sexuelle ou de leur identité de genre.

« C’est important de s’y intéresser pour développer un sentiment de solidarité avec eux. Ici, on a une situation avantageuse, on est privilégiés, mais des gens dans le monde ont besoin de notre aide », poursuit-il.

Le sondage indique par ailleurs que 54 % des Canadiens pensent que leurs gouvernements devraient lutter de façon plus proactive contre l’homophobie et la transphobie dans le monde. Cette proportion s’élève à 61 % chez les Québécois, ce qui est « encourageant » aux yeux du directeur de la Fondation Émergence.