Huit des dix victimes sont des femmes

Une photo d'Anne Marie D'Amico, l'une des victimes, a été déposée au milieu des fleurs sur un lieu de recueillement.
Photo: Cole Burston La Presse canadienne Une photo d'Anne Marie D'Amico, l'une des victimes, a été déposée au milieu des fleurs sur un lieu de recueillement.

L’identification des corps des victimes de l’attaque au camion-bélier à Toronto a confirmé vendredi qu’une majorité de femmes est impliquée dans la tragédie. Huit femmes et deux hommes ont été heurtés à mort, ont précisé les autorités.

Renuka Amarasingha, Andrea Bradden, Geraldine Brady, So He Chung, Anne Marie D’Amico, Mary Elizabeth Forsyth, Ji Hun Kim, Dorothy Sewell, Chul Min Kang et Munir Abdo Habib Najjar ont été tués alors qu’ils marchaient sur le trottoir de la rue Yonge, lundi.

Âgées de 22 à 94 ans, les victimes résidaient pour la plupart en Ontario. Elles étaient des étudiantes, mères de famille, jeunes professionnelles et une aînée résidant près des lieux du drame. Les deux hommes décédés étaient des ressortissants étrangers — un Sud-Coréen qui étudiait à Toronto et un Jordanien en visite chez des membres de sa famille.

Même si la « prédominance féminine » est un constat, les autorités refusent toujours de s’avancer sur les motivations d’Alek Minassian.

Elles poursuivent leur enquête en analysant notamment un message publié par l’auteur allégué de l’attaque, Alek Minassian.

« Nous sommes au courant de cette publication et il y a une enquête sur cette publication et sur ce qu’elle signifie », s’est limité à dire l’inspecteur de la police de Toronto Bryan Bott.

Quelques minutes avant de grimper sur le trottoir de la rue Yonge pour faucher des piétons, Alek Minassian a tenu des propos masculinistes sur les réseaux sociaux.

« La rébellion incel a déjà débuté ! Nous allons renverser les Chads et les Stacys ! Tous saluent le Suprême Gentleman Elliot Rodger ! », a écrit sur Facebook Alek Minassian. Le message et le compte du meurtrier allégué ont depuis été effacés par le réseau social.

Dans ce dernier message, Alek Minassian fait l’apologie d’un meurtrier américain qui avait évoqué sa haine des femmes dans une vidéo enregistrée avant son massacre.

Le terme « incel » est une contraction de « involuntary celibates », désignant des « célibataires involontaires ». Les « incels » s’étaient regroupés dans un sous-forum du site Reddit qui a été banni au cours de l’année 2017.

L’inspecteur Bott a également indiqué que la Gendarmerie royale du Canada (GRC) était impliquée dans l’enquête, qui consistera à rencontrer plus de 300 témoins au total et à examiner des dizaines de photos remises par des gens du public.

Jusqu’à présent, plus de 170 témoins ont été interrogés. Les enquêteurs ont également plus de 100 images et vidéos de l’attaque.

Les policiers ont aussi fouillé la résidence de l’accusé à Richmond Hill, a rappelé l’inspecteur Bott. Le téléphone cellulaire de l’accusé avait été saisi à la suite de son arrestation.

« La preuve recueillie dans le cadre de cette enquête n’est certainement pas de nature terroriste, mais nous échangeons des informations d’un côté à l’autre », a-t-il déclaré.

La prudence de mise

L’ancien directeur du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) Marc Parent assure que la police de Toronto gère bien la situation en restant prudente sur les informations qu’elle divulgue.

« L’auteur allégué de l’attaque est vivant, alors c’est certain que l’interrogatoire sera une occasion pour approfondir les motivations et pouvoir commencer à mieux comprendre son profil psychologique », souligne M. Parent.

Même si plusieurs citoyens cherchent à comprendre le déferlement de violence du meurtrier allégué, la priorité des enquêteurs est d’amasser une preuve solide qui pourra convaincre un tribunal de la culpabilité de l’assaillant, souligne Guy Ryan, ancien inspecteur du SPVM.

« Le but des enquêteurs en ce moment, c’est que la preuve qu’ils vont présenter permette qu’il soit reconnu coupable des dix meurtres. Dévoiler ses motivations à ce stade-ci pourrait compromettre l’enquête et l’éventuel procès », insiste M. Ryan.

M. Ryan estime également qu’avec le suspect en vie, il est plus difficile pour les policiers de donner des informations.

« Si on pense à Polytechnique ou à Dawson, les suspects sont morts. Avec les écrits qu’ils ont laissés et les confidences à leurs proches, il a été possible de dresser un portrait de qui ils étaient », indique-t-il.

Nouvelles accusations

Alek Minassian, un Ontarien de 25 ans, a été accusé mardi de dix chefs de meurtre au premier degré et de treize chefs de tentative de meurtre. La police allègue que l’homme a loué une camionnette pour se diriger vers la très passante rue Yonge et y percuter des piétons.

La police a par ailleurs indiqué vendredi que le bilan des blessés s’est alourdi, pour se porter à seize. Les autorités devraient donc déposer trois nouveaux chefs d’accusation de tentative de meurtre lorsqu’Alek Minassian comparaîtra à nouveau dans deux semaines, le 10 mai.

« Tout le monde a souffert d’une tragédie épouvantable, une tragédie inattendue, inexplicable qui est inimaginable pour quiconque », a déclaré le docteur Huyer.

Au moins douze personnes blessées sont toujours hospitalisées, a indiqué l’inspecteur Bryan Bott, qui n’a pas commenté leur condition.

Un grand rassemblement à la mémoire des victimes de l’attaque est prévu dimanche à 19 h, sur la rue Yonge à Toronto.