Jour de la Terre - Appel à la mobilisation environnementale

Jacques Languirand est le porte-parole du Jour de la Terre. Source: Radio-Canada
Photo: Jacques Languirand est le porte-parole du Jour de la Terre. Source: Radio-Canada

L'état actuel de la planète est critique: «Les glaces fondent aux deux pôles, il y a la pollution et la désertification. Ici, le fleuve est dégueulasse; il se transforme en égout... La planète est dans un piètre état», constate avec déception Jacques Languirand, porte-parole pour ce 22 avril décrété Jour de la Terre, et qui se tient donc demain.

Les raisons abondent qui devraient pousser, encore une fois cette année, plus de 500 millions de personnes de 184 pays — dont six millions de Canadiens — à se mobiliser à l'occasion du Jour de la Terre et à participer aux diverses activités organisées dans le cadre de l'événement environnemental le plus populaire au monde.

Cette année, l'organisation sans but lucratif le Jour de la Terre Québec s'attaque particulièrement à la consommation d'essence en lançant une campagne de conscientisation s'adressant à la population québécoise. L'objectif est de réduire considérablement la consommation d'essence au Québec au cours des deux prochaines années.

«Après avoir émis plusieurs idées, dont celle de la gestion des matières résiduelles, celle de la consommation d'essence nous est apparue comme la plus importante et la plus criante», souligne le directeur de l'organisation et responsable de l'événement, Pierre Lussier.

Toutefois, le défi est considérable. La dernière enquête quinquennale de l'Agence métropolitaine de transport (AMT) constate une hausse de 21 % des déplacements dans la région métropolitaine entre 1987 et 1998. Au cours de la même période, l'AMT note une hausse de l'utilisation de l'automobile de l'ordre de 30 %, ainsi qu'une baisse de 11 % des déplacements dans les transports en commun.

Combattre les gaz à effet de serre

Au Canada, le secteur du transport est celui qui contribue le plus à l'émission de gaz à effet de serre (GES). Selon les chiffres avancés par le Jour de la Terre Québec, les émissions de GES de ce secteur ont augmenté de 21 %. Le secteur du transport est donc responsable aujourd'hui de 25 % des GES. Cette hausse serait en grande partie imputable aux camions légers à moteur à essence — véhicules utilitaires sport et minifourgonnettes.

Ce sombre portrait compromet l'atteinte des objectifs fixés par le Canada lors de la signature du protocole de Kyoto: que chaque Canadien réduise d'une tonne par année ses émissions personnelles de GES. Présentement, un Canadien produit en moyenne annuellement 5,4 tonnes de GES.

«Depuis 1990, la consommation d'essence a augmenté de 8 % à 10 %. Il faut absolument réduire cette tendance. On n'a pas le choix: il faut y arriver!», lance M. Lussier. Quant à la quantification de cette réduction, le directeur du Jour de la Terre se fait discret. Il préfère soutenir que l'important pour le moment est de renverser la vapeur «en changeant les habitudes de consommation de la population».

Pour y arriver, l'organisation doit surmonter un paradoxe de taille: «Environ 70 % de la population appuie le protocole de Kyoto et est contre la construction d'une centrale thermique comme celle du Suroît. Par contre, le passage à l'action concrète se fait toujours attendre.» Actuellement, il faudrait que chaque automobiliste réduise d'au moins deux jours par mois l'utilisation de sa voiture afin d'atteindre les objectifs de Kyoto.

La bataille contre le smog

Pour sa part, Jacques Languirand souligne que la situation ne pourra pas s'améliorer «tant qu'on ne comprendra pas à quel point le smog a un effet néfaste et dévastateur sur la santé, qu'il est un facteur de maladies mortelles», et par le fait même, qu'il coûte plus cher au système de santé. En ce sens, il faut penser et réfléchir différemment afin de se comporter autrement.

Les solutions? Elles ne sont pas simples. L'animateur de Par quatre chemins maintient que celles-ci devraient avant tout «se traduire par un "agir" du milieu politique». Il ajoute qu'il est primordial que «les gens qui sont conscients de la situation pressent les politiciens. Il faut qu'une bataille soit engagée».

Pierre Lussier abonde dans le même sens en affirmant qu'il est réellement temps de «passer à l'action» et que cela ne doit pas uniquement se traduire par des manifestations dans les rues, mais aussi par la réduction des ventes de véhicules. Au cours des dernières années, le nombre de camionnettes et de véhicules utilitaires sport a dramatiquement augmenté. Il y aurait présentement 800 millions de véhicules en circulation sur la planète. On estime que ce chiffre devrait atteindre les 2,5 milliards en 2030.

Un optimisme réservé

Quant à savoir si l'on doit percevoir l'avenir de l'environnement de manière pessimiste ou optimiste, M. Languirand préfère reprendre les citations d'Albert Jacquard et Hubert Reeves: «Le premier dit à ce sujet "je ne suis ni optimiste ni pessimiste, je suis réaliste", tandis que Hubert Reeves soutient qu'il demeure "volontairement optimiste". Pour ma part, je ne suis pas trop optimiste, mais j'ai tout de même confiance.»

Le porte-parole note une conscientisation certaine depuis les 30 dernières années, mais celle-ci serait encore, à son avis, «trop lente». Par ailleurs, il ajoute que «l'économisme empêche de voir les problèmes environnementaux. Il serait intéressant et nécessaire d'avoir une prise de conscience aussi importante en matière d'écologie qu'on a eue en matière d'économie».

Le Jour de la Terre a été célébré pour la première fois en 1970 lorsque le sénateur américain Gaylord Nelson encouragea des étudiants à mettre sur pied des projets de sensibilisation à l'environnement. Au Québec, l'événement fut instauré en 1995. Depuis, diverses activités liées au secteur environnemental sont organisées le 22 avril de chaque année.

Au cours des dernières années, le Jour de la Terre Québec a créé, en collaboration avec de nombreuses municipalités, entreprises et organismes, plusieurs programmes qui ont pour but d'améliorer l'environnement.