Des visages sur les noms des victimes de l’attaque à Toronto

Une photo d’Anne Marie D’Amico, tuée lors de l’attaque au camion-bélier lundi, a été déposée au milieu des fleurs sur la rue Yonge.
Photo: Galit Rodan La Presse canadienne Une photo d’Anne Marie D’Amico, tuée lors de l’attaque au camion-bélier lundi, a été déposée au milieu des fleurs sur la rue Yonge.

Une mère célibataire, une aînée pleine d’entrain, « la meilleure grand-maman », un Jordanien en visite, un cuisinier dévoué, une femme à la bonne humeur « légendaire »... Le portrait des victimes de l’attaque au camion-bélier qui a fait dix morts à Toronto se traçait lentement, deux jours après la tragédie.

Mardi, le coroner en chef de l’Ontario, le docteur Dirk Huyer, a expliqué que l’identification officielle des victimes prendra plusieurs jours. Mais les proches de certaines d’entre elles ont confirmé leur décès aux médias mercredi.

Parmi les victimes, Renuka Amarasingha, mère célibataire d’un garçon de sept ans qui était très active au sein de la communauté sri-lankaise de Toronto.

Selon un membre du temple bouddhiste qu’elle fréquentait, elle apportait chaque semaine des biscuits aux élèves de l’école du dimanche. La communauté se mobilise actuellement pour soutenir son fils, qui n’a désormais plus de famille au Canada.

À 94 ans, Betty Forsyth vivait dans une résidence pour personnes âgées. Une voisine, Mary Hunt, l’a décrite comme une personne pleine d’entrain, qui se promenait quotidiennement dans le quartier pour aller nourrir les oiseaux et les écureuils. Elle a été happée mortellement sur le chemin du retour de sa promenade lundi.

Munir Alnajjar, un septuagénaire jordanien, était de passage à Toronto pour visiter sa famille. M. Alnajjar et sa femme étaient au pays depuis environ deux semaines, selon Harry Malawi, un ami de la famille et président de la Société jordano-canadienne.

Dorothy Sewell, une dame de 80 ans, laisse dans le deuil ses trois petits-enfants, dont Elwood Delaney. « On ne pouvait rêver d’une meilleure grand-maman », a déclaré ce dernier. Sa grand-mère était une maniaque de sports, qui « aimait presque autant les Blue Jays et les Leafs que sa propre famille », a-t-il décrit.

Chul Min « Eddie » Kang, chef dans un restaurant, a également perdu la vie dans la tragédie. Le cuisinier d’origine coréenne a été décrit comme « travaillant et loyal » par son employeur. « Son sourire illuminait la pièce », a déclaré ce dernier au Toronto Star, précisant que l’ensemble de son personnel est « dévasté » par sa perte.

Les collègues d’Anne Marie D’Amico, identifiée mardi, ont souligné sa bonne humeur légendaire. Un ancien camarade de classe de l’Université Ryerson de Toronto, Abdullah Snobar, se souvient également de son large cercle d’amis et de ses succès scolaires.

Au moment d’écrire ces lignes, cinq des quatorze blessés se trouvaient toujours dans un état critique.

Pas le droit à l’erreur

L’identification officielle des victimes prendra du temps en raison du nombre de victimes et de la nature de l’incident, a prévenu le coroner en chef de l’Ontario mardi. Cela est tout à fait normal, soutient l’ex-coroner Denis Boudrias.

« Personne ne se traîne les pieds, je vous l’assure ! » affirme-t-il, expliquant que le processus d’identification est très « rigoureux ».

M. Boudrias explique que la reconnaissance du corps par un proche ne suffit pas pour confirmer l’identité d’une victime. « Ça prend une pleine certitude », qui s’établit entre autres par des mesures scientifiques comme le prélèvement d’ADN ou d’empreintes dentaires.

Si le bureau du coroner de l’Ontario se montre aussi prudent, ce serait notamment pour ne pas répéter l’erreur commise il y a quelques semaines en Saskatchewan.

« Ça me paraît clair », affirme l’expert. Rappelons qu’un des blessés de l’accident d’autocar des Broncos, Xavier Labelle, avait faussement été identifié comme étant décédé.

En 25 ans de carrière, il s’agit de la seule erreur du genre dont a été témoin l’ex-coroner. Cela ne peut absolument pas se reproduire, prévient-il. « Dans le cas de Toronto, il y a une forte charge émotive. Les gens sont secoués, émus. Dans ce contexte, il faut d’autant plus être prudent. »

La présence de ressortissants étrangers parmi les victimes ne facilite en rien la tâche des coroners, ajoute M. Boudrias. « S’il n’y a personne à Toronto pour les identifier, il faut joindre les familles à l’étranger, passer par les ambassades, ce qui complique le processus. »

Joly évoque la responsabilité des GAFA

Les géants du Web doivent jouer « un rôle prépondérant pour contrer toutes formes de discrimination ou de harcèlement en ligne », a déclaré la ministre du Patrimoine canadien, Mélanie Joly, mercredi, lorsque questionnée sur les présumées motivations misogynes de l’attaque à Toronto. Mardi, on rapportait qu’un message à caractère masculiniste faisant allusion au lexique du mouvement « incel » — contraction de « involontairement célibataire », présent sur certains sites Web et réseaux sociaux — avait été publié sur la page Facebook d’Alek Minassian. « Tout comportement qui normalement n’est pas permis dans la réalité ne peut pas l’être dans un monde virtuel », a affirmé Mme Joly, sans préciser comment ces plateformes doivent s’autoréguler.