Attentat de Québec: l’empathie du tueur mise en doute

Aymen Derbali a perdu l’usage de ses jambes après avoir été atteint de sept balles par Alexandre Bissonnette.
Photo: Jacques Boissinot Archives La Presse canadienne Aymen Derbali a perdu l’usage de ses jambes après avoir été atteint de sept balles par Alexandre Bissonnette.

Le manque d’empathie manifesté par Alexandre Bissonnette pour ses victimes a été souligné par le juge François Huot et le procureur de la Couronne à l’approche de la fin des observations sur la peine mercredi.

Lors d’un échange avec un témoin expert de la défense, le juge a remarqué que, depuis le début des observations sur sa peine, M. Bissonnette semble indifférent aux témoignages bouleversants des victimes de la tuerie.

« M. Bissonnette demeurait d’une impassibilité pratiquement totale », a-t-il noté, en soulignant qu’à l’inverse, « à peu près tout le monde dans la salle d’audience » semblait bouleversé.

Le magistrat voulait savoir comment la psychiatre Marie-Frédérique Allard conciliait cette attitude avec ses remarques indiquant que M. Bissonnette avait fait des progrès sur le plan de l’empathie ces derniers mois.

« J’ai de la difficulté un peu à voir une progression de l’extérieur de cette empathie-là avec ce que j’ai pu observer en salle de cour », a dit le juge.

Mme Allard a rétorqué que M. Bissonnette n’avait certes pas fait de « progrès énormes », mais qu’il en avait « la capacité ». La veille, elle avait avancé que l’homme de 28 ans pourrait être réhabilitable après 25 ans de détention.

Des propos haineux en prison

En contre-interrogatoire, la Couronne a mis en doute la franchise manifestée d’Alexandre Bissonnette dans ses entretiens avec les psychiatres embauchés par la Défense. Son empathie « fluctue en fonction de la personne à qui il parle », a dit le procureur François Godin. « Il vous dit ce que vous voulez entendre. »

Le procureur a ensuite fait allusion à des propos haineux que l’homme de 28 ans aurait tenus lors d’un échange en prison avec un codétenu. Ce document n’a toutefois pas été admis en preuve.

Selon ce qu’a rapporté le procureur, les deux hommes regardaient la télévision lorsqu’un reportage a fait état des fonds recueillis pour payer une résidence adaptée à Aymen Derbali.

Blessé gravement lors de la tuerie, M. Derbali a perdu l’usage de ses jambes et en partie de ses bras. Il ne peut plus vivre dans l’appartement qu’il partageait avec sa femme et ses trois enfants.

« L’es…, je peux pas croire qu’après sept balles, il soit pas mort », aurait alors déclaré Alexandre Bissonnette. « Il va se faire donner une maison et moi, ma famille aura rien. »

La Couronne a demandé par ailleurs à ce que son propre expert, Gilles Chamberland, de l’Institut Pinel, rencontre aussi le tueur. L’entrevue a eu lieu mercredi après-midi et M. Chamberland devrait témoigner à son tour jeudi.

Lectures de Bissonnette

La Défense a enfin voulu revenir sur recherches en ligne du meurtrier afin de montrer qu’il ne s’intéressait pas uniquement aux tueurs en série, aux ténors de la droite alternative américaine et à d’autres sujets en lien avec ses crimes.

Ainsi, avant de partir vers la mosquée le 29 janvier, il avait certes consulté des pages Web sur les fusils Glock et le tweet de Justin Trudeau sur les demandeurs d’asile. Mais il avait aussi visité le site du quotidien progressiste anglais The Guardian, le compte twitter de l’icône féministe américaine Lena Dunham et, tout juste avant de partir, une chronique de Martine Desjardins sur les dénonciations des victimes d’agressions sexuelles.

Enfin, les deux dernières entrées sur son ordinateur portaient sur James Gamble et sa mère. Le jeune Gamble s’est enlevé la vie en 2015 après que la police a découvert qu’il planifiait une tuerie de masse dans un centre commercial d’Halifax.

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