Attentat de Québec: la mosquée ciblée à cause de la «couleur du temps»

La grande mosquée de Québec a été le site d'une fusillade meurtrière qui a causé la mort de six fidèles, le 29 janvier 2017.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La grande mosquée de Québec a été le site d'une fusillade meurtrière qui a causé la mort de six fidèles, le 29 janvier 2017.

Alexandre Bissonnette a décidé de s’en prendre à une mosquée à cause de la « couleur du temps », a fait valoir mardi un psychiatre au tribunal. « À une autre époque, il aurait ciblé les juifs. »

Les préjugés qui circulent sur les musulmans ont fourni au tueur « une justification pour atteindre l’objectif de sa quête », a fait valoir le psychiatre légiste Sylvain Faucher dans son rapport et son témoignage.

Mue par une volonté de tuer, cette quête de « pouvoir » est née d’une envie de se venger notamment de l’intimidation qu’il avait vécue jeune, a-t-il expliqué.

Elle s’est ensuite nourrie de différentes sources, « que ce soit les idées de l’actuel président américain sur l’immigration, ou les prises de position des médias de droite ou d’extrême droite », a mentionné l’expert.

Rappelons qu’après avoir plaidé coupable le 28 mars, Alexandre Bissonnette avait déclaré qu’il n’était « ni un terroriste ni un islamophobe ».

Que faut-il donc comprendre de cette affirmation ? a demandé le juge François Huot au Dr Faucher.

D’autant plus qu’Alexandre Bissonnette a de la difficulté à tolérer la critique, a répondu le psychiatre. Le meurtrier a dit cela « parce qu’on pouvait le lui reprocher ». « Il n’est pas capable de le supporter. »

J’estime que l’attention de Monsieur s’est centrée sur les musulmans en raison d’abord de la “couleur du temps”. À une autre époque, cela aurait pu être les juifs.

 

La réhabilitation jugée possible

M. Faucher a par ailleurs affirmé qu’une réhabilitation de M. Bissonnette était possible. Un point de vue déjà défendu la veille par son collègue psychologue Marc-André Lamontagne.

L’expert s’est toutefois montré prudent et a insisté sur le travail que M. Bissonnette allait d’abord devoir faire sur lui-même. « Le risque de récidive de M. Bissonnette n’est pas particulièrement significatif », a-t-il écrit avant d’ajouter qu’il n’était pas « faible » pour autant.

Selon lui, il est plus probable qu’il commette dans le futur une voie de fait qu’un crime grave.

En après-midi, la défense a convoqué une autre psychiatre, Marie-Frédérique Allard, qui a elle aussi affirmé qu’une réhabilitation après 25 ans n’était pas impossible.

« Souvent, la souffrance est un bon moteur pour changer et ne pas récidiver », a-t-elle notamment souligné. Les inquiétudes manifestées par le criminel à l’endroit de ses parents, et en particulier de son père, montrent aussi qu’il est capable d’empathie, a-t-elle fait valoir.

La Couronne a demandé à faire voir le meurtrier par un autre expert, le psychiatre Gilles Chamberland de l’Institut Philippe-Pinel. Ce dernier doit rencontrer Alexandre Bissonnette mercredi après-midi et présenter son rapport jeudi.