Des agricultrices qui s’impliquent

Marie-Hélène Alarie Collaboration spéciale
En 2016, une étude sur le travail invisible des femmes en milieu rural a permis à l’UPA de constater que 65 % des agricultrices ne se sentaient pas bien outillées pour occuper des fonctions d’élues au sein de l’Union.
Photo: iStock En 2016, une étude sur le travail invisible des femmes en milieu rural a permis à l’UPA de constater que 65 % des agricultrices ne se sentaient pas bien outillées pour occuper des fonctions d’élues au sein de l’Union.

Ce texte fait partie du cahier spécial Syndicalisme

C’est en 1987 que naît la Fédération des agricultrices du Québec (FAQ) et c’est finalement en 1989 qu’on reconnaît enfin les épouses d’agriculteurs comme des salariées. La FAQ est une des 26 fédérations spécialisées de l’Union des producteurs agricoles (UPA). Aujourd’hui, sur 41 000 membres de l’UPA, près de 11 000 sont des femmes et plus de 700 sont membres de la FAQ. Chacun des 92 syndicats locaux possède un siège Agricultrice dans son conseil d’administration et, sur les 159 syndicats spécialisés, 10 sont des syndicats d’agricultrices régionaux. En 2016, une étude sur le travail invisible des femmes en milieu rural a permis à l’UPA de constater que 65 % des agricultrices ne se sentaient pas bien outillées pour occuper des fonctions d’élues au sein de l’Union.

« Traditionnellement, dans un couple d’agriculteurs, ce sont les hommes qui se libèrent pour participer à des instances syndicales. Mais de plus en plus, on voit des femmes propriétaires uniques de leurs entreprises et elles souhaitent s’impliquer. Il y a un changement de mentalité, et on le sent », explique France De Montigny, coordonnatrice à la FAQ. La charge des tâches domestiques, des enfants et des aînés incombe encore en grande partie aux femmes, et c’est aussi une raison qui explique leur faible taux de participation.

Coup de pouce

 

Embarque ! est la réponse de l’UPA pour donner un coup de pouce à ce changement qui prend doucement forme. L’objectif de ce programme de mentorat, financé par le Secrétariat à la condition féminine, le Conseil pour le développement de l’agriculture du Québec et l’UPA, est de permettre à une future administratrice ou à une élue actuellement en poste de recevoir le soutien d’une personne expérimentée.

« C’est dans les fédérations régionales qu’on fait les plus grands efforts pour accueillir des administratrices parce qu’on y travaille au niveau local et c’est plus facile de s’impliquer localement qu’au provincial », explique Marcel Groleau, président de l’UPA. Mais pour permettre une plus grande visibilité des femmes au niveau de la province, l’UPA songe à de nouvelles façons de faire, comme les visioconférences et des réunions plus courtes. « Le réflexe d’utiliser ces outils est encore à améliorer », concède Marcel Groleau.

La première phase du programme a été de mettre en ligne trois webinaires. Ces derniers définissaient le mentorat, expliquaient la structure de l’UPA et portaient sur l’implication au féminin. Par la suite, une activité de formation sur la prise de parole en public a été offerte par Me Johanne Brodeur et, finalement, « un volet réseautage a été mis en place entre différents groupes de femmes et, avec elles, on a soulevé des pistes de solutions », ajoute Jeannine Messier, présidente de la FAQ.

Pour les besoins de la cause, elle est devenue la mentore de deux agricultrices : « J’ai trouvé l’expérience très enrichissante. On a eu des rencontres où j’ai accueilli leur questionnement, j’étais là aussi pour susciter l’intérêt de prendre sa place dans l’UPA. » Leurs réflexions portaient sur la structure de l’Union et sur la répercussion de leur implication.

Retombées

 

« Les objectifs de cette première phase étaient audacieux », confie la présidente. Toutefois, les véritables retombées ne seront visibles qu’à compter de l’automne prochain puisque ce sera en septembre qu’auront lieu les élections syndicales ; il sera possible de comptabiliser le nombre de femmes élues. Mais Jeannine Messier est fière du travail accompli puisque deux facettes du programme Embarque ! ont eu un beau succès. D’abord, elle est heureuse de la réponse des agricultrices au programme et aussi de la visibilité qu’a eue le projet : « Des organismes extérieurs au monde rural ont approché la FAQ pour mettre en place ce programme dans leur structure. On n’invente rien avec le mentorat, mais le transposer aux instances syndicales, c’est ce qu’on fait de différent. »

Les agricultrices du Québec peuvent dorénavant poursuivre le programme Embarque ! puisqu’elles viennent tout juste d’apprendre qu’elles avaient obtenu le financement qui leur permettra de développer une deuxième phase. Pour la suite, on verra tout un plan d’action se mettre en place afin d’éveiller l’ensemble des fédérations à l’importance de l’équité pour ce qui est de la représentation politique et de soutenir et d’accompagner les groupes jusqu’à leur bilan des 18 mois d’essai. Toute une série de conférences régionales et de tables rondes se tiendra partout au Québec et le déploiement du programme pourra bénéficier d’une campagne Web valorisant les agricultrices. Finalement, un Forum national sur l’implication des femmes dans les instances agricoles devrait donner lieu à l’établissement de meilleures pratiques afin de favoriser la présence des femmes dans les instances et permettra d’élaborer un guide à cette fin.

« On ne veut pas seulement que les femmes luttent pour des postes, on veut que les gens favorisent l’élection des femmes à ces postes-là », conclut le président.

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