Lutter contre la vétusté des écoles

Alice Mariette Collaboration spéciale
L’école Baril, dans Hochelaga-Maisonneuve, rouverte après sept ans de rénovation, avait été la première à connaître les problèmes de moisissures.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir L’école Baril, dans Hochelaga-Maisonneuve, rouverte après sept ans de rénovation, avait été la première à connaître les problèmes de moisissures.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Manque d’espace dans les infrastructures scolaires, désuétude des locaux et hausse des inscriptions sont autant de réalités qui continuent d’inquiéter l’Alliance des professeures et professeurs de Montréal.

« Il ne faut jamais en arriver au point de ne plus être capable d’accueillir davantage d’élèves à l’école publique, mais pour y parvenir, il faut prendre les moyens », dit la présidente de l’Alliance, Catherine Renaud. Elle ajoute que l’école publique est actuellement en crise et que les besoins sont toujours très grands, notamment à Montréal. « Nous en sommes encore à récupérer la situation par rapport aux coupes liées à l’austérité […] et aux sacrifices qui ont été faits au niveau de la commission scolaire », lance-t-elle. Pour le syndicat, le gouvernement doit tenir sa promesse d’être celui de l’éducation comme il l’avait annoncé et « mettre les bouchées doubles pour s’occuper des écoles publiques ».

Manque d’espaces

La Commission scolaire de Montréal (CSDM) a annoncé qu’à la rentrée prochaine, au moins 150 classes se feront dans des unités préfabriquées, installées dans les cours de récréation. « Ce ne sont pas de bonnes conditions d’apprentissage et ces roulottes occupent une partie importante des cours, alors que les élèves ont besoin de bouger, de prendre l’air et de socialiser avec leurs pairs », relève Catherine Renaud. Elle note aussi que certaines écoles manquent de bibliothèques, car celles-ci ont dû être transformées en salles de classe. « On récupère tous les locaux possibles, les enfants mangent souvent dans leur classe, les services de garde s’y passent aussi… Donc les élèves se retrouvent dans la même pièce de 7 h le matin à 6 h le soir, ce n’est pas idéal », commente-t-elle. À cela s’ajoute une pénurie de personnel. « On a un problème de recrutement et de rétention, car les conditions sont particulièrement dures », déplore Mme Renaud.

Elle dénonce aussi les problèmes liés à la surpopulation dans les écoles. Si accueillir des nouveaux arrivants est une bonne chose, Mme Renaud constate qu’il devient difficile de le faire dans les conditions adéquates. « L’école publique, c’est accueillir tous les élèves et offrir l’égalité des chances ; nous sommes capables de le faire, mais pour cela, on a besoin de structures », explique-t-elle. À Montréal, les zones concernées par la surpopulation sont notamment Notre-Dame-de-Grâce, Côte-Saint-Luc, Ahuntsic-Cartierville, Côte-des-Neiges et Rosemont. Griffintown est aussi touché, car le quartier compte de nombreuses nouvelles constructions et beaucoup de familles s’y installent.

Par ailleurs, si la directrice est consciente de la difficulté de la CSDM à respecter les moyennes d’élèves par classe, elle insiste sur l’importance de ces ratios. « Ce sont des gains que l’on arrache au gouvernement à travers les années; tout cela a été pensé pour offrir une qualité d’enseignement et d’apprentissage », souligne-t-elle. Selon elle, revenir sur les moyennes d’élèves par classe ne permettrait pas d’assurer l’équité et l’égalité des chances. « C’est comme essayer de trouver un pansement à une hémorragie », croit-elle.

Manque de vision

L’Alliance estime tout de même que ses luttes dans le dossier de la qualité de l’air dans les écoles ont permis certaines avancées significatives. La Coalition pour des écoles saines à la CSDM, dont le syndicat était membre, avait vivement dénoncé la présence de moisissures dans les infrastructures. « Informer sur les défis liés au parc immobilier, qui est le plus vétuste au Québec, a été un gros travail de sensibilisation », rappelle Mme Renaud. Elle mentionne l’école primaire Baril, dans Hochelaga-Maisonneuve, rouverte après sept ans de rénovation, qui a été la première à connaître les problèmes de moisissures dans les établissements, ainsi que l’école Saint-Gérard, dont le bâtiment a dû être démoli.

« Le gouvernement ne peut pas fermer les yeux, un travail important a été fait, des mesures budgétaires sont prévues, c’est une bonne nouvelle, mais les besoins sont encore très grands et on ne peut pas attendre, il faut penser aussi à court terme », affirme la présidente de l’Alliance. Le ministère doit comprendre les besoins, être conscient de la réalité vécue dans les écoles de la CSDM et attribuer les fonds nécessaires, selon le syndicat. « Il faut prévoir et avoir les terrains nécessaires en vue de construire de nouvelles écoles… cela doit être fait sans hésiter, sans perdre de temps », conclut-elle. Pour Mme Renaud, les différents gouvernements ont manqué d’une vision d’ensemble.