SFPQ: pour continuer à défendre les travailleurs et les travailleuses

Alice Mariette Collaboration spéciale
Jean-François Sylvestre, président de la région Montréal-Laval-Montérégie, estime que le télétravail pourrait être une solution pour moderniser le travail, mais elle ne semble pas faire l’unanimité actuellement.
Photo: iStock Jean-François Sylvestre, président de la région Montréal-Laval-Montérégie, estime que le télétravail pourrait être une solution pour moderniser le travail, mais elle ne semble pas faire l’unanimité actuellement.

Ce texte fait partie du cahier spécial Syndicalisme

Le Syndicat de la fonction publique et parapublique du Québec (SFPQ), région Montréal-Laval-Montérégie, revient sur l’implication syndicale en 2018 et rappelle son importance comme force sociale.

La réforme des normes du travail déposée en mars dernier par le gouvernement du Québec a été saluée par le SFPQ. « Nous attendions beaucoup de ce projet de loi, surtout une modernisation », commente Jean-François Sylvestre, président de la région Montréal-Laval-Montérégie, rappelant que la loi, initialement adoptée en 1979, n’avait pas été mise à jour depuis 2002. Toutefois, le Syndicat souhaite de plus nombreux changements et estime que le gouvernement doit aller plus loin afin de mieux protéger les plus vulnérables. « Il y a une pénurie de main-d’œuvre dans la fonction publique, on cherche donc à attirer des gens, mais on n’est pas attrayant au gouvernement du Québec », souligne M. Sylvestre.

Il mentionne en premier lieu les articles 122, 123 et 124, sur les pratiques interdites et le congédiement. « Nous aurions aimé qu’ils soient plus modernisés, c’est trop vague de dire simplement “un congédiement pour une cause juste et suffisante”, on trouve que cela manque encore un peu de protection », note le syndicaliste. La réforme prévoit également une troisième semaine de vacances après trois ans de service continu au sein d’une même entreprise, contre cinq ans auparavant. « C’est bien, mais ce n’est pas énorme, et quand aura lieu la prochaine modification ? » demande M. Sylvestre. Il revient aussi sur le harcèlement, qu’il soit sexuel ou psychologique. « On trouve que ça manque de dents sur ce sujet-là, les normes du travail sont assez vagues là-dessus, alors que ce sont des dossiers complexes », avance-t-il.

Moderniser le travail

« On a une vision simpliste du monde du travail, pourtant toutes les technologies avancent… Tout avance vite, mais on dirait que le monde du travail ne s’adapte pas », lance M. Sylvestre. Il insiste sur les différentes possibilités, comme le télétravail, qui pourraient être adaptées, mais qui ne semblent pas être considérées actuellement. « On dirait que nous sommes sclérosés dans notre vieux monde, comme s’il fallait travailler du bureau et que le bureau de travail soit comme il est », déplore-t-il, ajoutant que cela pourrait réduire l’absentéisme et améliorer le bien-être au travail.

En outre, il revient sur les conditions de travail en centre d’appels. « Si on se rappelle l’historique, les centres d’appels n’étaient pas comme ça avant, tu étais moins attaché comme dans une prison, comme un chien en laisse… maintenant, le patron est capable de suivre tout ce que tu fais et tout est minuté », explique Jean-François Sylvestre. Ainsi, le fait que les employés des centres d’appels du ministère du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale (MTESS) et de Services Québec bénéficient depuis janvier du régime d’horaire variable est un gain significatif. « Les gens se sentent moins pris, mais il reste que tout est vérifié », souligne le syndicaliste. Il rappelle aussi que les centres d’appels sont de plus en plus grands. « Maintenant, on ne rencontre plus les clients, c’est juste des entrevues téléphoniques, alors les travailleurs et travailleuses trouvent que c’est un travail machinal, qu’ils trouvent dur et épuisant », ajoute-t-il.

Crise de confiance

« Nous sommes probablement la force sociale la plus forte au Québec », lance Jean-François Sylvestre, ajoutant que, même 50 ans plus tard, le mouvement syndical a toujours sa place, même s’il doit s’adapter. Pourtant, en pleine tournée de rencontre des membres, il constate une certaine contestation et un manque de confiance. « On a beau tenir le plus beau discours du monde, les gens sont sceptiques, ils voient des complots partout et ne nous croient souvent plus », déplore-t-il, mentionnant que la commission Charbonneau a fait du mal aux syndicats. Il y a donc toute une confiance à rebâtir. « Nous avons perdu l’attention des gens, alors cela nous met au défi, nous devons trouver d’autres moyens, trouver d’autres discours », estime M. Sylvestre.

Par ailleurs, il voit d’un bon œil l’arrivée de la cohorte des grèves de 2012 dans les instances syndicales. « Eux ne voient pas de complots, mais posent beaucoup plus de questions et veulent changer les choses. Dans notre organisation par exemple, nous avons changé nos façons de faire, en décentralisant le pouvoir au niveau local », explique-t-il. Pour finir, Jean-François Sylvestre n’hésite pas à parler de cycle et croit que cette crise de confiance est passagère.