La FTQ présente sa plateforme aux candidats

Hélène Roulot-Ganzmann Collaboration spéciale
La FTQ demande par exemple l’adoption d’un nouveau mode de scrutin mixte proportionnel — qui représenterait mieux les différentes tendances et les différents groupes qui composent le Québec d’aujourd’hui.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir La FTQ demande par exemple l’adoption d’un nouveau mode de scrutin mixte proportionnel — qui représenterait mieux les différentes tendances et les différents groupes qui composent le Québec d’aujourd’hui.

Ce texte fait partie du cahier spécial Syndicalisme

Les campagnes électorales sont toujours l’occasion pour la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ) de présenter sa plateforme. La version 2018 de ce document compte 24 mesures regroupées en 4 grands thèmes : milieu de travail, services publics, économie, emploi et fiscalité, et démocratie et langue. Selon le président du mouvement, Daniel Boyer, il n’y a aucune raison pour que les syndicats ne s’en tiennent qu’à négocier des conventions collectives et des contrats de travail.

« Régulièrement, certains partis souhaiteraient ne nous cantonner qu’à cela, souligne-t-il. Ç’a été notamment le discours du premier ministre conservateur Stephen Harper pendant des années. Nous, nous croyons, et c’est d’ailleurs défini ainsi dans nos statuts depuis la création de la FTQ en 1957, que le mouvement syndical est aussi là pour proposer une vision de la société. Qu’il doit défendre tout le monde, et surtout les plus démunis. »

Parmi les 24 propositions, 3 concernent en effet la démocratie et la langue française. La FTQ demande par exemple l’adoption d’un nouveau mode de scrutin mixte proportionnel — qui représenterait mieux les différentes tendances et les différents groupes qui composent le Québec d’aujourd’hui — et le financement de mesures de francisation.

Le texte de la plateforme rappelle à ce sujet que, dans son plus récent rapport, la vérificatrice générale a qualifié la francisation au Québec de « fiasco » puisque seulement une personne immigrante sur trois ayant besoin de cours de français en avait effectivement suivi.

« Les personnes immigrantes ont un rôle important à jouer dans le tissu économique, social et culturel du Québec, peut-on lire. Cependant, sans changement de cap majeur dans le processus même d’intégration et de francisation, leur participation au vivre-ensemble risque d’être trop limitée. Ces personnes risquent fort de vivre des formes d’exclusion sociale, économique ou culturelle. »

Une transition énergétique juste

Cette plateforme votée en conseil général en février dernier est le fruit de débats entre les militants qui ont duré tout l’automne et une partie de l’hiver. Elle servira à interpeller les différents candidats aux élections générales d’octobre, mais aussi à présenter aux membres ce que le syndicat revendique comme société pour le futur.

« Une société plus juste et plus égalitaire, commente M. Boyer. Qui rétablit les pleins droits à la libre négociation et à la liberté d’association, qui modernise le régime de santé et de sécurité au travail, qui fasse passer le salaire minimum à 15 $, qui interdit les clauses de disparité de traitement, qui met en œuvre des mesures de conciliation travail-vie personnelle, qui encadre les agences de placement temporaire, qui modernise les dispositions anti-briseurs de grève, qui lutte contre la discrimination systémique et pour l’intégration en emploi des personnes discriminées. »

Des propositions qui, pour la plupart, se trouvaient déjà dans les plateformes précédentes, souligne la FTQ. Parce que tant que les gouvernements successifs n’agiront pas dans ce sens-là, la fédération ne cessera de placer au cœur de ses actions la valorisation et la promotion de milieux de travail sains, argue-t-elle. Toutes et tous ont le droit d’évoluer dans un environnement juste et équitable, un milieu de travail sécuritaire, sans discrimination et dans lequel les conditions de travail permettent l’atteinte d’un niveau de vie décent, de même que la conciliation harmonieuse du travail et de la vie personnelle.

La fédération dit vouloir dessiner une société qui assume pleinement son entrée dans le XXIe siècle avec ce que cela comporte de transformation, mais sans que ce soit aux travailleurs d’en faire les frais.

« Prenons la transition énergétique, illustre le président de la FTQ. Le Québec s’est doté à Paris d’objectifs ambitieux. Nous y sommes favorables et nous avons même dit que le gouvernement n’allait pas assez vite de l’avant à notre goût. Sauf que cette transformation doit se faire avec les travailleurs. Des programmes de formation doivent être prévus et financés pour faire en sorte que les travailleurs d’aujourd’hui soient prêts pour les emplois de demain. C’est vrai pour le développement durable, ça l’est également pour l’intelligence artificielle ou encore la robotisation. »

Faire mentir les sondages

À la suite de la publication de sa plateforme, la FTQ a invité tous les chefs de partis à la leur présenter. Le chef du PQ, Jean-François Lisée, et celui de la CAQ, François Legault, ont déjà répondu présents. Manon Massé et Gabriel Nadeau-Dubois de Québec solidaire ont quant à eux pris rendez-vous dans le courant du mois de mai. Seul le premier ministre et chef du Parti libéral du Québec, Philippe Couillard, n’a pas encore répondu à l’invitation.

« Nous espérons qu’il acceptera, indique Daniel Boyer, et nous attendons que tous nous reviennent sur nos propositions. C’est certain que les deux partis qui font pour l’instant la course en tête ne sont pas les plus progressistes… mais nous laissons la chance aux coureurs. Nous ne sommes pas à l’abri de surprises. Et puis, nous ne baissons pas les bras, car nous ne doutons pas de notre capacité à convaincre les candidats, quels qu’ils soient, sur le terrain. »

M. Boyer souligne surtout que les urnes ont fait plusieurs fois mentir les sondages ces dernières années et que ce sont parfois les partis qui étaient loin derrière qui ont finalement remporté la mise.

« Nous allons jouer notre rôle durant toute la campagne, assure-t-il. Nous allons inciter nos membres à parler avec leurs amis, en famille. Vous savez, nous comptons 600 000 membres. Si on ajoute leurs proches, ça fait du monde. Et puis, je vous prends le pari que la plupart des Québécois qui verraient notre plateforme, appuieraient la grande majorité de nos revendications. Bref, la route est longue avant le 1er octobre. Il peut se passer encore bien des choses ! »