Quel avenir pour les médias régionaux?

Marie-Hélène Alarie Collaboration spéciale
Le Québec a fait l’annonce d’une aide de 36,4 millions aux médias, dont 19,2 millions iront à la transformation numérique de la presse écrite.
Photo: iStock Le Québec a fait l’annonce d’une aide de 36,4 millions aux médias, dont 19,2 millions iront à la transformation numérique de la presse écrite.

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Le 25 mars dernier marquait la fin de l’entente qui permettait la diffusion du signal local à la télévision de Radio-Canada en Abitibi-Témiscamingue. Fermer CKRN, une antenne de l’entreprise RNC, est une décision économique qui a fait bondir le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP), qui voyait là un appauvrissement de l’information locale en région. « Si, en Abitibi, on vient de perdre la diversité des sources d’information, il ne faut pas oublier que ce sont toutes les régions qui sont en danger », lance Alain Caron, président du Conseil provincial du secteur des communications (CPSC), une division du SCFP, qui représente près de 7500 travailleurs du domaine de la télévision, des télécommunications, de la radio, de la cinématographie, de la postproduction et de la presse écrite.

Alarme

Ce n’est pas d’hier que le syndicat sonne l’alarme. Denis Bolduc, aujourd’hui président du SCFP, se souvient du conflit de travail au Journal de Québec en 2007 (à l’époque, il était président du syndicat de la rédaction) : « Déjà, on manifestait nos inquiétudes face à la diminution du nombre de journalistes dans les régions. Malheureusement, ça n’a pas ralenti le mouvement », constate-t-il. Alain Caron précise : « C’est la diversité des voix qui permet une information vérifiée et de qualité. Ça fait une dizaine d’années qu’on dénonce l’absence de cette diversité. » Selon ces syndiqués, non seulement le mouvement est bel et bien enclenché, mais il s’accélère sous la pression financière : « Les médias perdent des revenus publicitaires. Les chiffres de Québecor indiquent une baisse de 13 % en 2017, c’est pourquoi du côté de la télévision, on centralise à Montréal le contrôle non seulement de l’information, mais aussi de la technique », lance Nathalie Blais, conseillère à la recherche.

En novembre 2016, la firme Influence Communication remettait au SCFP son rapport final de l’étude menée pour le compte du Syndicat sur l’état de l’information locale au Québec. On peut y lire : « L’ensemble de nos observations tend à démontrer que le volume et le type d’information locale sont un baromètre social, politique et économique d’une région. L’état de santé d’une région s’exprime beaucoup par celui de ses médias. » L’étude va encore plus loin en mentionnant qu’il existe une corrélation entre la place accordée à l’information locale et le taux de participation aux élections municipales. Il y est aussi mentionné que : « Depuis le début des années 2000, les régions ont perdu 88 % de leur vélocité dans les médias. C’est une conséquence directe de la diminution de la présence médiatique dans les régions : d’une part, les journaux, les réseaux nationaux d’information, la radio et la télévision y sont de moins en moins présents, d’autre part, les médias régionaux, tels que les hebdos, diminuent eux aussi. » L’étude souligne une autre menace pour les médias ; l’uniformisation de la nouvelle : « L’ensemble des médias traite des mêmes sujets sous le même angle. Cela se transpose par une polarisation accrue. Lorsqu’une nouvelle suscite l’intérêt de la plupart des médias canadiens, au Québec elle génère de 45 % à 50 % plus de couvertures médiatiques qu’ailleurs au pays. C’est pour les régions que le phénomène fait très mal. Cette uniformisation et cette polarisation de la nouvelle se font aux dépens de la particularité régionale. »

Aide aux médias

Récemment, le Québec a fait l’annonce d’une aide de 36,4 millions aux médias, dont 19,2 millions iront à la transformation numérique de la presse écrite. Pourtant, le SCFP propose d’aller encore plus loin : « Il faudrait encourager les entreprises de presse à embaucher du personnel en région par des programmes de soutien financier », propose Denis Bolduc.

Nathalie Blais considère qu’il est urgent de « réglementer les géants numériques qui accaparent plus de 60 % des revenus publicitaires. » « La télévision a deux mandats ; informer et distraire. Peut-être que le CRTC pourrait obliger à plus d’information et moins de divertissement », souligne Alain Caron, qui conclut : « C’est la souris qui se bat contre l’éléphant et, si on veut que la souris gagne, il faut qu’elle soit soutenue par les gouvernements. »