La CSQ veut croire au pouvoir de l’action collective

Hélène Roulot-Ganzmann Collaboration spéciale
Des mouvements spontanés ont démarré ici et là. Dans certaines unités de soins, le personnel de santé a cessé de travailler quelques heures pour demander que les choses changent.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Des mouvements spontanés ont démarré ici et là. Dans certaines unités de soins, le personnel de santé a cessé de travailler quelques heures pour demander que les choses changent.

Ce texte fait partie du cahier spécial Syndicalisme

Le 42e congrès de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ) se tiendra à la fin du mois de juin avec pour thématique « Notre pouvoir, l’action ! ». L’action collective afin d’exiger de nos politiciens des milieux de travail plus sains, précise la présidente de la centrale, Louise Chabot. Et qu’ils replacent l’humain au cœur des services publics.

La CSQ représente 200 000 membres, principalement dans les services publics, la santé, l’éducation et la petite enfance. « On entend le cri d’alarme de l’ensemble de nos membres, indique Mme Chabot, principalement dans les services publics, qui sont particulièrement sous pression, les infirmières, les enseignants et autres membres du personnel de l’éducation. Ils vivent une vraie crise de valeurs entre ce pour quoi ils se sont engagés dans leur métier — servir, accompagner, éduquer, soigner, faire une différence dans le parcours des gens — et leurs conditions d’exercice. »

La présidente de la CSQ dénonce les politiques d’austérité et la gestion comptable des services. Résultat : l’épuisement professionnel est à son comble, la surcharge de travail n’est plus supportable et les taux de précarité ne font qu’augmenter. Elle ajoute que plusieurs membres ont développé un sentiment d’impuissance, car ils sont déchirés entre leur volonté d’offrir des services de qualité à la population et les moyens limités dont ils disposent pour accomplir leurs tâches.

« Il y a de la détresse dans tous les milieux, affirme-t-elle. Le message que nous voulons faire passer à nos membres, c’est qu’ils ont un pouvoir sur leur travail et qu’ils ne sont pas obligés d’accepter cela. Que ce n’est pas de leur faute, que ce n’est pas parce qu’ils ne savent pas s’organiser comme le gouvernement voudrait le leur faire croire. Et qu’ils ne sont pas seuls à vivre cela. »

Tournée régionale

Le problème est collectif, et la solution doit passer par l’action collective, croit la CSQ. Depuis quelques semaines, les cadres de la centrale ont entamé une grande tournée qui les mènera dans toutes les régions du Québec jusqu’à la tenue du congrès et même un peu après. Une tournée à la rencontre des travailleurs et des travailleuses sur le terrain afin de leur rappeler qu’à la veille des élections générales, ils peuvent exercer une énorme influence sur les débats politiques et les choix de société qui en découleront.

« Le vrai pouvoir des travailleuses et des travailleurs a toujours été leur capacité d’agir collectivement, peut-on lire dans le document de tournée. Ensemble, nous sommes plus forts; ensemble, nous avons le pouvoir de faire bouger les choses. L’action collective est notre plus grand atout pour améliorer concrètement nos milieux de travail et trouver des solutions aux problèmes qui nous touchent toutes et tous après des années d’austérité pénibles. »

« Ce n’est pas une fatalité, ce qui se passe dans les services publics, affirme Louise Chabot. Tous autant que nous sommes, nous avons la capacité de faire comprendre aux gouvernements, celui qui est en place aujourd’hui et celui qui prendra les commandes en octobre, que cela ne peut plus durer. »

Déjà, des mouvements spontanés ont démarré ici et là. Dans certaines unités de soins, le personnel de santé a cessé de travailler quelques heures pour demander que les choses changent.

Objectifs quantitatifs

Il y a aussi eu cette infirmière qui, en janvier dernier, a décidé de démissionner pour ne pas mettre la vie de ses patients en danger. Dans un cri du cœur publié sur Facebook, la jeune femme de Rouyn-Noranda interpelle le ministre de la Santé, Gaétan Barrette. Elle dénonce les quarts de 16 heures qui se multiplient et qui ne la mettent pas à l’abri d’une faute irrémédiable. Non, elle n’est pas résistante au changement comme on voudrait le lui faire croire. C’est juste que ça n’a pas d’allure, clame celle qui a renoncé à ses avantages sociaux et à son salaire confortable pour pouvoir dormir sur ses deux oreilles.

« Des cas comme celui-là, il y en a partout dans la province, affirme Mme Chabot. Pour y remédier, il faut que les conditions de travail redeviennent plus humaines. Parce que les services publics sont des services rendus aux humains. Nous ne sommes pas sur des chaînes de montage ! Les gouvernements doivent considérer que l’éducation, la santé et les services sociaux sont une priorité, et valoriser le personnel en reconnaissant son expertise et son autonomie, et en lui donnant un mot à dire dans l’organisation du travail. »

Or, on ne parle aujourd’hui que de productivité et d’objectifs quantitatifs, regrette-t-elle. Les journées sont chargées, et lorsqu’ils rentrent chez eux, les travailleurs n’ont même pas le sentiment du devoir accompli tant il leur en reste à faire. Ils n’ont pas, qui plus est, le temps de discuter les uns avec les autres.

Des vocations sacrifiées

« La solution passe pourtant par la solidarité entre les membres, assure Louise Chabot. Ils doivent ensemble se questionner et déterminer quel projet ils souhaitent mettre en place dans leur milieu. Faire des propositions et chercher quelles sont les actions à mener pour se faire entendre du pouvoir en place. »

La présidente de la CSQ veut en finir avec les solutions individuelles qui consistent à prendre des congés maladie ou sans solde, voire à démissionner. Elle rappelle par exemple que le taux d’abandon moyen chez les enseignants varie entre 25 % et 30 % après la première année et monte jusqu’à 50 % après cinq ans. Des carrières, des vocations, des passions sacrifiées sur l’autel de l’austérité. Des citoyens abandonnés également. Le gouvernement libéral s’est attelé à saccager les services publics, et c’est toute la société québécoise qui en paie le prix aujourd’hui, déplore la présidente.

« Et ce n’est pas les quelques sommes d’argent distribuées ici et là en cette période préélectorale qui vont y changer quelque chose, conclut Louise Chabot. Personne n’est dupe ! Le mal est fait et il faudra bien plus que du saupoudrage pour changer radicalement de cap. »