APTS: le réseau de la santé au bout du rouleau

Marie-Hélène Alarie Collaboration spéciale
Le réseau est au bout du rouleau et c’est dans ce contexte que tous les acteurs vont s’asseoir autour d’une table pour les négociations locales.
Photo: iStock Le réseau est au bout du rouleau et c’est dans ce contexte que tous les acteurs vont s’asseoir autour d’une table pour les négociations locales.

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« Je suis tout près de l’épuisement professionnel, et la seule raison qui me tient debout, ce sont mes patients », raconte un technologue en radio-oncologie. « Il est clair que la motivation au travail disparaît progressivement lorsque l’on sent que les listes d’attente ne font que s’allonger sans que nous puissions y répondre dans un délai raisonnable », lance un psychologue. « Je suis technologiste médicale depuis bientôt 32 ans. Pour la première fois de ma vie, je suis en arrêt de travail depuis cinq mois. Dépression majeure. Pour la première fois de ma vie, je ne suis plus fière de ma profession. » Ces témoignages ne sont que des exemples de la centaine qu’on peut lire sur le site de l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS)… Le réseau est au bout du rouleau et c’est dans ce contexte qu’on s’assoit autour d’une table pour les négociations locales.

Dans les arcanes du syndicalisme existent des particularités qui peuvent parfois être difficiles à comprendre pour qui n’est pas un habitué de certains dossiers. Les négociations locales en sont un bon exemple : elles règlent les aspects organisationnels du travail et des centaines de travailleurs sont concernés par les enjeux de ces négociations.

« Actuellement, nos établissements sont totalement désorganisés. On leur a imposé une réforme pour créer des méga-établissements et la gestion est devenue extrêmement difficile », explique la présidente de l’APTS, Carolle Dubé. Des responsables de ressources humaines débordés et surchargés sans outils adéquats pour bien accomplir leur travail sont la norme selon elle : « C’est une réforme et une réunification qui se sont faites dans un contexte de compression et de coupes budgétaires alors qu’il aurait fallu au contraire injecter de l’argent dans le réseau. »

Cette situation a une incidence sur les affichages de postes ; d’abord, ils tardent à venir, puis, quand un poste est finalement affiché, ça peut prendre des semaines avant que les gens ne soient nommés. Pour les demandes de congé, c’est la même chose, les réponses mettent du temps et sont souvent négatives à cause du manque de personnel : « On vit un climat d’inquiétude et d’incertitude pour les travailleurs », raconte la présidente.

Les négociations locales

La loi sur le régime des négociations dans le secteur public a été modifiée en 2003 et, depuis, la négociation se fait à deux niveaux. D’abord sur le plan national, où sont négociés les salaires, les avantages financiers et les grands régimes de protection tels que l’assurance salaire et la sécurité d’emploi. Cet exercice s’est terminé en juin 2016 et une convention a été signée qui prévaudra jusqu’en 2020. Depuis avril 2017, ce sont des négociations sur le plan local qui ont lieu et qui couvrent les aspects relatifs à l’organisation du travail.

La particularité de ces négociations locales est qu’il faut que les deux parties s’entendent pour modifier une disposition de la convention collective. « Si on veut changer quelque chose, mais que l’employeur ne veut pas, ça ne marche pas et l’inverse est vrai et il n’y a alors pas de négo. C’est une convention qui est tout le temps renouvelable, qui se déroule dans des conditions précises et qui n’a pas de fin », explique Carolle Dubé. Par contre, la loi précise que lorsqu’il y a fusion entre des établissements, l’exercice de la négociation est alors obligatoire.

La création des Centres intégrés de santé a donné lieu à la fusion d’une douzaine d’établissements avec chacun une convention différente. « Le but de la négo est d’arriver à n’avoir qu’une seule convention collective. C’est tout un défi ! » lance la présidente.

On comprend que ces négociations comportent de nombreux enjeux. Elles ont lieu dans un contexte où ça ne va pas bien dans les établissements, « où les gens ont énormément de crainte de se retrouver avec des dispositions locales qui pourraient faire en sorte que l’employeur puisse les déplacer d’un établissement à un autre et parfois sur de très vastes territoires », affirme Carolle Dubé.

Si on ne connaît pas encore toutes les attentes du côté patronal, on constate déjà que certaines d’entre elles semblent assez loin des besoins et des réalités des personnes sur le terrain, selon Mme Dubé. La première phase de ces négociations se terminera à l’automne. Si aucune entente n’est conclue, la loi prévoit alors la présence d’un médiateur.

« On demeure optimistes. On a comme objectif d’avoir des ententes négociées, on pense que c’est mieux », conclut la présidente.