La nécessaire francisation des immigrants

Selon le sondage, 84% des Québécois jugent que la francisation devrait être obligatoire pour les immigrants. 
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Selon le sondage, 84% des Québécois jugent que la francisation devrait être obligatoire pour les immigrants. 

Rendre obligatoire la francisation des immigrants ? C’est une idée à laquelle adhèrent de nombreux Québécois (84 %), selon un récent sondage Léger commandité par le Mouvement national des Québécois (MNQ) et la Fondation Lionel-Groulx. Une majorité presque aussi forte (73 %) estime même que « la connaissance minimale du français » devrait être une condition obligatoire pour demeurer au Québec, selon cette enquête.

« Ce sont 84 % des Québécois, dont 91 % des francophones [et 59 % des non francophones] qui jugent que la francisation devrait être obligatoire. Lorsqu’on est néo-Québécois, on se doit d’apprendre le français », a déclaré Étienne-Alexis Boucher, président du MNQ. Quand on leur demande si la francisation des immigrants est « un enjeu vital », encore là, les Québécois parlent d’une voix forte : ils sont 76 % à se dire tout à fait en accord ou plutôt en accord avec cette assertion.

La « quasi-unanimité » — autant chez les francophones que les non-francophones — a d’ailleurs surpris les représentants de ces organisations nationalistes. « Ce sont des chiffres qui sont impressionnants, alors que, dans une société plurielle comme la nôtre, on aurait pu croire que les opinions allaient être diversifiées », a ajouté M. Boucher.

76 %
C'est le pourcentage de Québécois qui jugent que la francisation est un « enjeu vital »

Car les deux organisations ne s’en cachent pas : certes, le sondage vise à tâter le pouls des Québécois depuis le rapport dévastateur de la vérificatrice générale sur la francisation en novembre dernier qui concluait ni plus ni moins à un fiasco, mais il sert aussi de prétexte pour que les partis politiques se prononcent. « Nous, c’est un signal d’alarme qu’on envoie aujourd’hui à la population, mais aussi aux partis politiques. On leur dit que cet enjeu-là doit être un enjeu central lors de la prochaine campagne et qu’ils doivent apporter des propositions concrètes, réalistes et efficaces », a dit Pierre Graveline, directeur général de la Fondation Lionel-Groulx.

Plateforme des partis

Imposer la francisation, le Regroupement des organismes en francisation du Québec (ROFQ) n’est pas très chaud à l’idée. « Ce n’est pas utile et c’est non nécessaire d’obliger. Les immigrants [suivent] déjà [des cours de français] avec beaucoup de plaisir », a indiqué Anait Aleksanian, vice-présidente du ROFQ, qui s’interroge sur la légalité d’une telle chose. Selon elle, une grande partie d’entre eux arrivent déjà francisés. « Honnêtement, ce qu’il faut, c’est favoriser la francisation en améliorant l’offre de services et en faisant la promotion de l’importance du français pour l’intégration sociale. »

Certaines formations politiques jonglent pourtant déjà avec l’idée. Dans un gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ), la francisation serait obligatoire pour les nouveaux arrivants. « Nous croyons qu’il faut ajouter 200 millions d’investissements supplémentaires pour l’accompagnement tout en bonifiant les allocations offertes », a indiqué Claire Samson, porte-parole en matière de promotion et de protection de la langue française.

Sans utiliser le mot « obligation », le Parti québécois propose plutôt que « le droit à la francisation » soit inscrit dans la loi. Un Québec dirigé par des péquistes s’assurerait de la connaissance intermédiaire ou avancée du français pour chaque travailleur qualifié et de rémunérer la francisation des réfugiés. Le Parti québécois prône aussi le retour des Centres d’orientation et de formation des immigrants (COFI) qu’il avait lui-même abolis, à l’époque de Lucien Bouchard.

À l’opposé, Québec solidaire ne veut rien obliger. Croyant que la francisation passe par les entreprises, le parti propose plutôt de mieux les soutenir en élargissant la portée de la Charte de la langue française aux entreprises de dix personnes et plus. « Il faut faciliter l’apprentissage du français en améliorant l’accès aux cours, notamment en réduisant les délais d’attente », a déclaré Gabriel Nadeau-Dubois, porte-parole de QS.

En novembre dernier, le gouvernement Couillard avait déposé un plan d’action s’étendant jusqu’en 2019 et proposant notamment l’implantation d’un guichet unique, notamment pour réduire les délais d’attente. La vérificatrice générale avait qualifié d’échec sa gestion des programmes rappelant qu’il n’y avait aucun contrôle de qualité, aucun suivi des nouveaux arrivants et qu’à peine le tiers des non-francophones suivaient des cours de français.

Le rôle de l’État

Le sondage Léger révèle aussi que 78 % des Québécois croient que le « principal responsable de la francisation » doit être l’État. « Les défis sont immenses et c’est l’État qui doit prendre en main ce dossier-là », a dit M. Boucher du MNQ. Pierre Graveline reconnaît que la francisation en milieu de travail fait « certainement partie de la solution », mais pas au point que le gouvernement « doit s’en laver les mains. » Plus d’une personne sur deux estime que l’apprentissage du français doit être la priorité, avant la recherche d’un emploi.

Ainsi, croient les commanditaires, le sondage exprime, encore une fois de manière très peu équivoque, l’attachement que les Québécois portent à la langue française « Ce qu’on entend très souvent, c’est que la question de la langue française n’intéresse plus personne et que c’est une question passéiste et ringarde. Le sondage nous dit l’inverse », poursuit-il.

Le sondage a été effectué fin mars auprès de 1021 résidents du Québec âgés de 18 ans ou plus.

12 commentaires
  • Serge Lamarche - Abonné 24 avril 2018 03 h 56

    Franciser le pays

    À mon avis, il faudrait faire plus d'efforts de francisation partout au pays. Et une sensibilisation à la francophonie, jouerait aussi en faveur des autochtones. plus on est ouvert aux différences, plus on est ouvert à tous.

  • Marguerite Paradis - Abonnée 24 avril 2018 06 h 11

    FRANCISATION et +

    La francisation, c'est aussi l'apprentisage des codes québécois du vivre-ensemble.
    Bizarrement, dans les AEC (attestion d'étude collégiale), offerts aux immigrantEs, les cours permettant l'intégration de ces codes relationnels sont enlevés...

  • Alain Lavallée - Abonné 24 avril 2018 06 h 26

    La francisation est un lien essentiel

    Tout à fait d'accord, la francisation est un lien essentiel.

    Cela ne devrait même pas faire débat. D'autant plus que """ chaque candidat à l’immigration ne connaissant pas le français a déjà signé une déclaration où il s’engage à apprendre le français et à respecter les valeurs communes de la société québécoise. Mais le gouvernement ne fait pas de suivi"

    https://www.lecourrierdusud.ca/francais-lien-essentiel/

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 24 avril 2018 07 h 02

    Avec le PLQ ou la CAQ, l’anglicisation du Québec se poursuivera inéluctablement

    Les cours de francisation offerts aux néoQuébécois ne comportent aucune obligation de réussite. Selon Statistique Canada, 60% d’entre eux choisissent de s’assimiler à l’anglais.

    Conséquemment, on assiste aux cours de français parce qu’on est rémunéré pour ce faire. Et quand l’allocation est terminée, on continue de parler l’anglais comme langue seconde à la maison, en plus de la langue maternelle parce qu’on croit que sa progéniture aura de meilleures chances de réussite en devenant anglophone.

    Selon l’article 23 de la Canadian Constitution, tout citoyen canadien (y compris les immigrants reçus) a le droit de s’assimiler au groupe linguistique de son choix. Conséquemment, un gouvernement de la CAQ n’aurait aucune base juridique pour expulser les néoQuébécois qui n’ont pas fait d’effort pour apprendre le français. D’autant plus que les délais pour obtenir la citoyenneté sont tellement longs qu’il est fréquent qu’ils aient enfanté en sol canadien.

    La seule solution efficace, c’est la solution du PQ, c’est à dire faire comme en Grande-Bretagne; au Québec, tout travailleur qualifié et son conjoint doivent parler français _avant_ de mettre les pieds ici. Aucun certificat de sélection ne serait émis à moins de respecter cette exigeante.

    De plus, il faut revenir à la Loi 101. Peu importe les avantages indéniables de la connaissance personnelle de l’anglais, la langue de travail au Québec doit être le français. Il doit être interdit d’exiger le bilinguisme à moins que cela soit strictement nécessaire selon la nature de l’emploi.

    D’où le projet du PQ d’étendre la Loi 101 à toutes les entreprises de taille moyenne au Québec, une mesure colossale dont ni le PLQ ni la CAQ veulent entendre parler.

    Bref, au chapitre de la francisation du Québec, le programme du PQ est à des années-lumières de celui des partis fédéralistes. Doit-on s’en surprendre ? Qui a fait adopter la loi 101 contre vent et marées ?

    • Brigitte Garneau - Abonnée 24 avril 2018 13 h 19

      Je suis entièrement d'accord avec vous M. Martel. Le Québec est le seul territoire francophone en Amérique du Nord, mais pour encore combien de temps? Allons-nous nous fondre doucement et tranquillement dans la masse uniforme anglophone? N'avons-nous aucun attachement à notre histoire et nos origines? Les Francophones semblent souffrir d'un tel complexe! En tant qu'enseignante de français aux adultes, je suis sidérée de voir à quel point mes élèves (peu importe leur contexte) éprouvent une grande gêne à parler une langue qui est la leur, mais qui leur est étrangère à la fois. Comment les blâmer? Nous ne sommes pas FIERS DU FRANÇAIS, nous semblons en avoir HONTE! Le tout avec la complicité de ceux qui nous gouvernent. D'ailleurs, ceux qui nous gouvernent ne prêchent pas toujours par l'exemple. Ce serait bien que, au Québec, toute personne voulant travailler dans un domaine dit «public» doive passer au préalable une évaluation parlée et écrite de français. Ce serait déjà un bon début. Maintenant, la question est de savoir si nous voulons toujours être identifiés comme francophones. Comme je le répète souvent à mes élèves, l'Anglais est nécéssaire dans la société actuelle, mais ce n'est pas en oubliant ou en ne voulant pas améliorer le français que nous maîtriserons mieux l'anglais...je me souviens de quoi au juste?

  • Caroline Mo - Inscrite 24 avril 2018 07 h 25

    Une question de survie !

    Imposer la francisation, le Regroupement des organismes en francisation du Québec (ROFQ) n’est pas très chaud à l’idée.

    60% des immigrants boudent les cours de français (si ce n'est davantage)

    Alors, oui, il est nécessaire d'obliger les immigrants à apprendre le français. Ça fait partie des responsabilités des gens qui ont choisi de venir vivre ici. Ce n'est pas une torture ; le français est une langue riche et belle. Elle donne accès à une culture extraordinaire (littérature, chanson, théâtres, poésie, humour).

    L'obligation d'apprendre la langue officielle existe dans d'autres pays. De plus, le français est une langue internationale qui est parlée sur les cinq continents.

    En ce qui nous concerne, il s'agit de notre survie comme peuple d'expression française en Amérique.