Scène d’horreur à Toronto

Photo: Aaron Vincent Elkaim La Presse canadienne Le corps d’une des victimes de l’attaque repose sous une couverture.

Une attaque à la fourgonnette en plein après-midi lundi a donné lieu à une des pires scènes d’horreur à Toronto. Au moins 10 personnes sont décédées et 15 autres ont été blessées après avoir été heurtées de plein fouet par un conducteur, a confirmé la police.

En fin de journée, les autorités ont dévoilé l’identité du conducteur présumé du véhicule, Alek Minassian.

Bien que les motifs du suspect n’aient pas été dévoilés, le chef de la police de Toronto, Mark Saunders, a indiqué que le geste semblait « assurément » délibéré. Il a souligné que toutes les pistes étaient sur la table à ce point-ci de l’enquête. Le policier a insisté pour dire que celle-ci était à un stade préliminaire.

Alek Minassian n’était pas connu des policiers de Toronto, selon M. Saunders.

« Nous cherchons très fort pour découvrir quelle était la motivation exacte pour que cet incident ait lieu, a-t-il déclaré. Nous avons besoin de chaque pièce de ce casse-tête pour avoir un portrait complet et un compte-rendu de ce qui s’est passé ici. »

C’est toujours la police de Toronto qui dirige l’enquête, mais les autorités provinciales et fédérales y collaborent, a expliqué M. Saunders.

Le ministre de la Sécurité publique du Canada, Ralph Goodale, a indiqué lors d’un point de presse qu’il n’y a pas eu de rehaussement du niveau d’alerte au pays. Le ministre était à Toronto lundi pour assister initialement à une réunion des ministres de la Sécurité publique du G7.

Piétons écrasés

Le suspect circulait à bord d’une camionnette blanche sur la rue Yonge vers 13 h 30 lorsqu’il a roulé sur le trottoir pour heurter des piétons sur plus de deux kilomètres.

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Nana Agyeman-Badu, un chauffeur de 56 ans, venait de déposer un client lorsqu’il a vu la camionnette foncer sur des passants sur la rue Yonge, dans le nord de Toronto.

« J’ai d’abord pensé à une livraison, mais il allait très vite, sur le trottoir », a raconté l’homme qui a vu une femme se faire projeter par le véhicule-bélier contre un abribus.

« Les vitres ont éclaté en morceau et se sont effondrées [sur la victime] », a-t-il relaté. L’horreur ne faisait que commencer. Le chauffeur de la camionnette, qui a écrasé sa première victime au coin des rues Yonge et Finch, a poursuivi sa course meurtrière.

Alek Minassian a fui les lieux de l’attaque, mais il a été arrêté peu après, une vingtaine de rues plus loin, a précisé la police.

Photo: Frank Gunn La Presse Canadienne La fourgonnette de location qu’a utilisée l’homme pour commettre ce carnage

Dans une vidéo de l’arrestation, partagée sur les réseaux sociaux, on y voit le suspect hurler à quelques reprises « tuez-moi », avant d’être arrêté par un policier.

Plusieurs témoins ont rapidement craint une attaque terroriste puisque l’événement n’est pas sans rappeler les attaques à la voiture-bélier survenues dans plusieurs grandes villes, notamment Barcelone, Nice et Berlin, où des individus radicaux ont fauché mortellement des piétons à l’aide de véhicules.

Sur le terrain, les premiers répondants sont vite arrivés pour soigner de multiples blessés.

Des dizaines de personnes se tenaient en silence près de la scène du drame, pendant que des hélicoptères survolaient le secteur. Les rues du secteur ont été bloquées et des véhicules de police se rendaient sur les lieux.

En fin d’après-midi, la rue Yonge, habituellement très achalandée, était pratiquement déserte. Des gants de premiers répondants abandonnés au sol, des chaussures gisant au milieu de la chaussée et, surtout, de trop nombreuses bâches orange couvrant les corps des victimes montraient la violence de l’attaque.

Noorani Barsat, gérant d’un restaurant situé à proximité du lieu de l’attaque, a raconté au Toronto Star avoir couru à l’extérieur après avoir entendu tout ce vacarme. Il a aperçu un homme grièvement blessé. « J’ai couru là-bas, j’ai apporté de l’eau et une serviette à cet homme blessé, mais il était inconscient », a-t-il soutenu.

Les autorités s’attendent à ce que l’enquête soit non seulement difficile, mais très longue en raison de l’important périmètre où s’est déroulé le drame ainsi que du nombre de témoins.

Le maire de Toronto, John Tory, a demandé aux gens d’éviter le secteur.

« Le quadrilatère sera fermé encore longtemps […] On demande aux entreprises de fermer leurs portes et de dire à leurs employés de rentrer à la maison. À ceux qui habitent le secteur, si vous êtes en mesure de l’éviter, faites-le. C’est une enquête difficile », a-t-il souligné.

Deux lignes téléphoniques ont été mises sur pied, une pour les proches des victimes et une pour les témoins du drame.

Lundi soir, l’identité des victimes n’avait pas été divulguée, mais les autorités ont précisé que toutes étaient adultes. Aucun enfant n’a été blessé dans l’événement.

La fourgonnette qui a servi à l’attaque serait un véhicule de location de la compagnie Ryder, qui a confirmé l’implication du véhicule. « Nous sommes attristés par cet événement tragique, et nos plus sincères condoléances vont aux personnes touchées. Nous prenons très au sérieux la sûreté et la sécurité liées à l’utilisation de toute notre flotte et nous coopérons pleinement avec les autorités », a expliqué au Devoir une porte-parole de l’entreprise, Claudia Panfil.

Avec l’Agence France-Presse, La Presse canadienne et la collaboration d’Annabelle Caillou

Ce que l’on sait sur Alek Minassian

- Âgé de 25 ans, l’homme est originaire de Richmond Hill, une municipalité ontarienne située au nord de Toronto.

- Il étudiait au collège Seneca, à Richmond Hill, d’après son profil LinkedIn.

- Il n’était pas connu des services policiers, a confirmé la police de Toronto.


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