Québec annule la fusion du CHUM et de Sainte-Justine

Depuis l'automne 2015, les employés de l’hôpital Sainte-Justine se sont mobilisés pour empêcher le «mariage forcé» de leur établissement avec le CHUM.<br />
 
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Depuis l'automne 2015, les employés de l’hôpital Sainte-Justine se sont mobilisés pour empêcher le «mariage forcé» de leur établissement avec le CHUM.
 

Trois ans après ce que les employés de Sainte-Justine qualifiaient de « mariage forcé » avec le CHUM, le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, est revenu sur sa décision vendredi en annulant leur fusion.

« Nous entrons dans une nouvelle ère où il m’apparaît opportun de disposer d’un modèle administratif légèrement modifié, en revenant à un modèle plus traditionnel de deux institutions comprenant leur propre conseil d’administration et leur propre direction », a annoncé dans un bref communiqué le ministre Barrette. Il n’a toutefois pas donné plus de détails sur les motifs qui l’ont amené à revoir sa position.

À l’automne 2015, les conseils d’administration des deux hôpitaux avaient été dissous puis « regroupés » pour être dirigés par un seul et même p.-d.g., Fabrice Brunet.

Une large coalition regroupant des associations de parents, des médecins, des infirmières et l’Association des pédiatres du Québec s’est rapidement formée pour réclamer une pleine autonomie pour l’établissement pédiatrique.

La coalition était même prête à aller devant les tribunaux pour faire annuler la fusion controversée. Le Devoir révélait le 6 avril dernier que la coalition avait en main un avis juridique jugeant illégal le regroupement administratif des deux établissements. Le cabinet du ministre de la Santé avait de son côté assuré avoir respecté la loi.

Soulagement

Vendredi, la coalition s’est réjouie d’avoir remporté ce « long combat ».

« Nous sommes heureux et soulagés que notre mobilisation ait permis de revoir la position du ministre », a commenté Dre Valérie Lamarre, présidente du Conseil des médecins, dentistes et pharmaciens (CMDP) de Sainte-Justine.

La Coalition craignait que l’autonomie de l’hôpital pédiatrique soit compromise sans une direction indépendante, qui se consacre « à temps plein » à sa mission.

Les conséquences « insidieuses » de cette fusion commençaient à se faire ressentir, selon elle, qui cite la perte de la gouvernance des laboratoires de l’établissement.

« Lorsque nous avons perdu leur gouvernance, on n’a pas eu l’impression que la spécificité pédiatrique a été défendue avec toute l’énergie qui aurait été souhaitable », a-t-elle expliqué.

L’existence de l’avis juridique a selon elle contribué à faire réfléchir le ministre de la Santé.

« Je crois que l’avis, combiné à l’ensemble des voix de différents horizons, a contribué à ce qu’il revienne sur sa décision », a-t-elle dit.

La Dre Lamarre a tenu à saluer la capacité de changer d’idée du ministre Barrette, qui jusqu’à tout récemment défendait le regroupement administratif des deux établissements.

« Ce n’est pas toujours facile de faire marche arrière, alors on salue le geste du ministre Barrette », a fait remarquer la Dre Lamarre.

La Coalition demande maintenant à Québec de tout faire pour rétablir rapidement un climat de confiance au sein des deux institutions.

Le ministre Barrette a indiqué qu’un décret sera soumis dans les prochaines semaines pour approbation au Conseil des ministres. Il estime que les membres des conseils d’administration pourraient être en fonction dès septembre.

Quant à la marche de protestation prévue le 6 mai prochain, elle n’a pour le moment pas été annulée. « On va se parler pour voir la suite à donner au rassemblement pour déterminer si on annule, on reporte ou on recentre l’événement selon les compléments d’infos qu’on va obtenir après avoir discuté avec le ministre », a indiqué Dre Lamarre.