Le visage des communautés francophones change

46 % des jeunes de moins de 18 ans qui habitent à London et dont le français est la langue maternelle font partie des minorités visibles.
Photo: Julio Cortez Associated Press 46 % des jeunes de moins de 18 ans qui habitent à London et dont le français est la langue maternelle font partie des minorités visibles.

Le visage des communautés francophones hors Québec commence à changer : une nouvelle analyse du dernier recensement montre en effet qu’une part importante des francophones de moins de 18 ans vivant dans plusieurs grandes villes du pays appartiennent à une minorité visible.

L’exemple le plus frappant du phénomène se voit à Toronto, note le chercheur Jack Jedwab dans une étude obtenue par Le Devoir.

Parmi les quelque 71 000 Torontois qui ont comme première langue officielle parlée (PLOP) le français, on compte 10 700 jeunes de moins de 18 ans. Et la moitié (51 %) d’entre eux disent appartenir à une minorité visible, révèle le croisement de données de M. Jedwab.

À l’inverse, les Torontois francophones âgés de 65 ans et plus sont très majoritairement blancs : 11 % d’entre eux seulement sont dans le groupe des minorités visibles.

La même situation s’observe un peu partout au Canada, illustre aussi l’analyse de M. Jedwab, directeur général de l’Association d’études canadienne.

Ainsi, 46 % des jeunes de moins de 18 ans qui habitent à London et dont le français est la langue maternelle font partie des minorités visibles. Edmonton et Oshawa ont des taux légèrement supérieurs à 40 %, alors que Regina, Hamilton, Calgary et Saskatoon ont toutes entre 35 % et 40 %. À Vancouver et à Windsor, c’est environ un jeune sur trois.

Dans ces villes de moyenne et grande taille, « ces immigrants disproportionnellement plus jeunes ont déjà modifié le profil démographique des communautés… et cela va continuer de manière importante à l’avenir », estime Jack Jedwab.

Liens à bâtir

Le chercheur voit apparaître « un écart intergénérationnel » important dans ces communautés : des membres âgés qui ont pour la plupart la peau blanche, et une nouvelle génération beaucoup plus métissée.

Cela pose-t-il des défis particuliers pour les communautés francophones ? Jean Johnson, président de la Fédération des communautés francophones et acadiennes (FCFA), répond que l’arrivée d’immigrants est « une source d’enrichissement pour les communautés francophones ». Mais oui, le changement appelle à des adaptations au fonctionnement de ces communautés souvent articulées autour des Canadiens français, reconnaît-il.

« Il y a toujours un peu de résistance à la notion de changement, notait-il vendredi en entretien depuis l’Alberta. La situation actuelle ne représente pas tant un défi qu’une occasion de modifier nos communautés. Mais ça prend un dialogue mutuel pour ça : chacun doit réaliser qu’il doit modifier certaines perceptions et notions. »

M. Johnson souligne que les immigrants francophones ont souvent « cette attente d’un Canada bilingue. Ils ont alors le choc d’une réalité différente quand ils arrivent. Pour qu’ils demeurent dans notre communauté [au fil du temps], il faut leur donner une place et une appartenance, trouver une manière qu’ils se sentent interpellés par cette communauté ».

Vitalité

Mais globalement, ces chiffres s’arriment à un constat que le gouvernement fédéral et la FCFA ont fait il y a un moment déjà : c’est par l’immigration que la vitalité des communautés francophones hors Québec va se maintenir.

Présenté en mars, le Plan d’action fédéral-provincial-territorial visant à accroître l’immigration francophone à l’extérieur du Québec constatait que non seulement « l’immigration francophone joue un rôle dans la préservation de la vitalité des communautés francophones et acadiennes partout au Canada, mais qu’elle aide aussi à répondre aux besoins du marché du travail et à préserver le caractère bilingue du Canada ».

C’est l’une des raisons pour lesquelles le Plan d’action 2018-2023 sur les langues officielles — dévoilé il y a deux semaines — consacre 40 millions pour favoriser l’immigration francophone. Le document de présentation d’Ottawa établit là aussi un lien entre l’avenir des communautés hors Québec et l’apport de l’immigration.

Le gouvernement fédéral y reconfirme sa volonté que d’ici 2023, au moins 4,4 % des immigrants qui arrivent au Canada et qui s’installent à l’extérieur du Québec soient francophones. Dans son rapport annuel déposé en 2016, le commissaire aux langues officielles rappelait toutefois que cet objectif énoncé en 2003 devait initialement être atteint en 2008…

11 commentaires
  • Jacques Dupé - Inscrit 14 avril 2018 07 h 36

    une part importante des francophones de moins de 18 ans vivant dans plusieurs grandes villes du pays appartiennent à une minorité visible.

    Combien de ces jeunes gens utiliseront-ils le français dans les années qui suivent ? Telle est la question ! Ils savent s’adapter eux aussi. Il faudrait une immigration massive hors Québec en effet...

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 14 avril 2018 13 h 02

      Imaginez 4.4%,c'est l'envahissement ,le Canada sera francophone sous peu !!!!

    • Serge Lamarche - Abonné 14 avril 2018 20 h 45

      Il y a un début à tout. Les anglais ne faisaient même pas 1% au départ.

  • Caroline Mo - Inscrite 14 avril 2018 07 h 49

    Le Canada n'est pas bilingue

    Le Canada n'est pas bilingue. Il faut cesser de colporter cette idée.

    Le Québec a, quant à lui, une langue officielle qui est bafouée, de moins en moins bien parlée et écrite.

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 14 avril 2018 13 h 35

      Enseigner et apprendre le français demande un effort et de la fierté :deux qualités ou vertus qui ne sont plus à la mode
      chez les jeunes et les analphabètes.
      Aussi quand le 1er minitre insiste pour que le travailleur au bas de l'échelle parle anglais au cas où le boss.....Ca sent
      la misère et le petit pain etc ...l'homme qui ne se tient pas debout.

    • Serge Lamarche - Abonné 14 avril 2018 20 h 42


      Le Canada est plus bilingue qu'on pense. De plus, même un petit nombre de francophones peut faire une énorme différence dans la société anglaise. Il faut de la résistance française.

  • Serge Lamarche - Abonné 14 avril 2018 20 h 49

    Le Canada est plus que bilingue

    Le Canada se déclare francophone même. Je rencontre des francophones pratiquement tous les jours et je vis en Colombie-Britannique. Tous les gains que les anglos ont au Québec devraient être applicables hors-Québec. Ça devrait être un règlement fédéral.

    • Diane Charest - Abonnée 15 avril 2018 08 h 03

      Sortez de Vancouver. La plupart de ces gens et leurs descendants seront assimilés en une génération.
      Quel gain!

    • Serge Lamarche - Abonné 15 avril 2018 14 h 38

      Mais non. J'habite dans les Rocheuses et les francophones y sont très nombreux. Il y a encore plus de francophones dans l'Okanagan. Contrairement aux africains, le francophone n'est pas visible par la couleur de peau. Il faut parler le français pour le reconnaitre. Et ça identifie aussi les anti-francophones!

  • Gilles Théberge - Abonné 15 avril 2018 09 h 45

    Ça fait une belle jambe au Canada de favoriser l’imigration Francophone.

    Dans une génération au plus tard, tout ce beau monde aura oublié le français.

    Ils nous prennent pour des naïfs.

    • Serge Lamarche - Abonné 15 avril 2018 14 h 59

      Ce n'est pas possible être aussi défaitiste.
      Avec les moyens de communications modernes, ce n'est plus facile d'être ignorant au point d'assimilation. L'assimilation prend maintenant plus d'efforts que la désassimilation.