Des étudiants dénoncent l’inaction de McGill dans le dossier des violences sexuelles

Quelques centaines d’étudiants ont manifesté mercredi après-midi pour fustiger la direction de McGill en la sommant de reconnaître le problème de harcèlement sexuel sur le campus.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Quelques centaines d’étudiants ont manifesté mercredi après-midi pour fustiger la direction de McGill en la sommant de reconnaître le problème de harcèlement sexuel sur le campus.

Des centaines d’étudiants se sont rassemblés sur le campus de l’Université McGill mercredi pour critiquer les ratés de cet établissement et ceux de l’Université Concordia dans la gestion de plaintes pour violence sexuelle.

Manifestant haut et fort leur exaspération, les étudiants ont particulièrement fustigé la direction de McGill, la sommant de reconnaître le problème, d’élaborer une vraie politique et de tenir une enquête indépendante sur les allégations d’agressions sexuelles visant des professeurs de la Faculté des arts.

Dans un ultimatum, ils ont demandé aux dirigeants de l’université de s’exécuter d’ici lundi, sans quoi ils s’adresseront directement à la ministre de l’Enseignement supérieur, Hélène David.

« Si vous ne reconnaissez pas d’ici lundi qu’il y a un problème avec les politiques, les procédures [de dépôt de plainte] et le climat sur le campus, et que vous ne vous engagez pas à lancer une enquête externe sur le bureau de la doyenne [de la Faculté] des arts, nous vous dénoncerons au cabinet de la ministre David pour avoir contrevenu au projet de loi 151. Et nous [lui] demanderons d’intervenir ! » a crié à une foule exaltée Connor Spencer, de l’Association étudiante de l’Université McGill.

Au cours de ce rassemblement, plusieurs femmes issues de groupes représentant les minorités visibles (noires, autochtones, etc.) sont venues spontanément prendre la parole pour déplorer l’attitude de certains de leurs professeurs masculins et « blancs ».

Étudiante de 3e année en économie, Chidera a raconté son malaise face à un professeur connu de la communauté étudiante et soupçonné de harcèlement sexuel.

« Son bureau a été déménagé hors du campus, ce qui est censé être techniquement “OK”, a-t-elle expliqué. Sauf que j’ai dû y aller et je me suis sentie vraiment mal à l’aise quand il a fermé la porte derrière moi. Ça a affecté mes notes dans son cours. » Après l’intervention de la jeune femme devant la foule, quelqu’un a demandé à chacun de lever la main s’il croyait savoir de qui il s’agissait. Plus d’une centaine de mains se sont levées.

Processus de plainte

Une lettre ouverte rendue publique la semaine dernière a reçu jusqu’à ce jour l’appui de 2000 personnes et de 85 groupes étudiants. On y critique la mauvaise gestion des plaintes pour harcèlement sexuel déposées à l’endroit de membres du corps professoral de cinq départements, soit histoire, philosophie, science politique, psychologie et études islamiques.

Ces professeurs continuent d’enseigner, a rappelé Connor Spencer. « Quand je suis entrée à McGill, en première année, on m’a donné une liste de professeurs desquels je devais me tenir loin… pour ma sécurité. »

Selon elle, la direction de McGill sait très bien de qui il s’agit mais ne fait rien. « On nous dit qu’il n’y a pas assez de preuves pour démarrer une enquête », a dit Mme Spencer.

Réponse de l’université

Pour l’année 2016-2017, l’université a reçu quatre plaintes pour harcèlement sexuel — en baisse de moitié par rapport à l’année précédente — et deux d’entre elles ont fait l’objet d’une enquête.

McGill dit qu’aucune plainte n’a été dirigée vers un professeur « dans le cadre de la politique sur le harcèlement », mais il se peut que des étudiantes se soient adressées directement à un doyen de faculté.

Plusieurs étudiants disent par ailleurs ne pas avoir confiance en ce processus et craignent les répercussions sur leur carrière post-académique.

Dans un courriel envoyé à sa communauté, la direction de l’Université McGill a dit reconnaître qu’il peut être « extrêmement difficile » de dénoncer la violence sexuelle ou de soumettre une plainte officielle.

Elle a toutefois rappelé que, dans la dernière année, elle a fait beaucoup pour « améliorer les réactions » à de telles situations sur les campus, notamment à travers son Comité de mise en oeuvre de la Politique contre la violence sexuelle et le Groupe d’étude sur la violence sexuelle sur les campus qui devront soumettre un rapport d’ici l’automne 2018.

Quant à l’Université Concordia, elle a consenti, au début du mois de janvier, à lancer une enquête à propos d’allégations d’inconduites sexuelles visant plusieurs de ses professeurs, et un examen du climat dans tous les secteurs de l’établissement.